‹ Histoire des origines de ChristianismeChapitre 135 sur 364 · Voir ci-après, p. 345 etsuiv · texte numérisé non relu

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m ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 171]

Montan, de Priscille et de Maximille, quand un ardent Asiate, confesseur de la foi, Épigone, dit Praxéas, qui connaissait les sectaires mieux que les anciens de Rome, dévoila les faiblesses des prétendu.'^ prophètes, et montra au pape quMl ne pouvait approuver ces rêveries sans démentir ses prédécesseurs, qui lerf avaient condamnées*.

Le débat se compliquait de la question de la pénitence et de la réconciliation. Les évoques réclamaient le droit d'absoudre et en usaient avec une largeur qui scandalisait les puritains. Les illuminés prétendaient qu'eux seuls pouvaient remettre l'âme en grâce avec Dieu, et ils se montraient fort sévères. Tout péché mortel (homicide, idolâtrie, blasphème, adultère, fornication) fermait, selon eux, la voie au repentir. Si ces principes outrés fussent restés confinés dans les cantons perdus de la Catacécaumène, le mal eût été peu de chose. Malheureusement, la petite secte de Phrygîe servit de noyau à un parti considérable, qui offrit des dangers réels, puisqu'il fut capable d'arracher à l'Église orthodoxe son plus illustre apologiste, Tertullien. Ce parti, qui rêvait une

4. Tertullien, in Prax,, \ ; Philosoph.^ IX, 7. Pour l'idenlilé d'Épigone et de Praxéas, voir de Rossi, BulL, 48f6, p. 67 et suiv., 82. Le Prœdestioatus, ch. xxvi, parle d'un écrit de Scier contre les montanistes, ce qui n'est pas impossible; plus loin, le Prasdestinatus confond Sotcr et Zéphyrin.

[AnlTi] MARG-AURÈLE. 231

Eglise immaculée et n'arrivait qu'à un étroit conciliabule, réussit, malgré ses exagérations, ou plutôt à cause de ses exagérations mêmes, à recruter dans l'Église universelle tous les austères, tous les excessifs. II était si bien dans la logique du christia-» nisme! Nous avons déjà vu la môme chose arriver pour les encratites et pour Tatien. Avec ses abstinences contre nature, sa mésestime du mariage*, sa condamnation des secondes noces*, le montanisme n*était autre chose qu'un millénarisme conséquent, et le millénarisme, c'était le christianisme lui-même, « Qu'ont à démêler, dit Tertullien, des soucis de nourrissons avec le jugement dernier? Il fera beau voir des seins flottants, des nausées d'accouchée, des mioches qui braillent se mêler à l'apparition du juge et aux sons de la trompette*. Oh ! les bonnes sages femmes que les bourreaux de l'Antéchrist! » Les exaltés se racontaient que, pendant quarante jours, on avait vu chaque matin, suspendue au ciel, en Judée, une ville qui s'évanouissait quand on approchait d'elle. Ils invoquaient, pour prouver la réalité de cette vision, le témoignage des païens, et chacun

4. Tertullien, Ad uxarem, I, 5; Dé exkorL coit., 40, 44, it\Adv. Prax,, 40.

5. Voir Tertullien, surtout De monogamia. 3 TeriuWieny De monog., i6.

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supputait les délices qu il goûterait dans ce séjour céleste, en compensation des sacrifices qu'il avait faits ici- bas ^

L'Afrique, surtout, par son ardeur et sa rudesse*, devait donner dans ce piège. Montanistes, novatianistes, donatistes, circoncellions sont les noms divers sous lesquels se produisit l'esprit d'indiscipline, l'ardeur malsaine du martyre, l'aversion pour Tépiscopat, les rêveries millénaires, qui eurent toujours leur terre classique chez les races berbères. Ces rigoristes, qui se révoltaient d'être appelés une secte, mais qui, dans chaque Église, se donnaient comme l'élite, comme les seuls chrétiens dignes de ce nom, ces puritains implacables pour ceux qui voulaient faire pénitence, devaient être le pire fléau du christianisme. Tertullien traitera l'Eglise générale de caverne d'adultères et. de prostituées •. Les évêques, n'ayant ni le don de prophétie ni celui des miracles, seront, aux yeux des enthousiastes, inférieurs aux pneumatiques. Cest par ceux-ci, et non par la hiérarchie officielle, que se font la transmission des grâces sacra-

4 . M compensalionem eorum quœ in seculo vel desfjeximus Vêl amisimus. Tert., Adv. Marc, 111, 24.

i. Se rappeler Tertullien, surtout De fuga, 3; De anima, 9; De jej\, 9; les Actes de sainte Perpétue; Comnoodien.

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