Penêëes, Xlt, 45. Cf. Xlt
%. Pensées, VU, 45.
[An 174] HARG-AURÊLE. S71
SOUS lesquelles il cherche à se représenter la vanité de toute chose S ces preuves souvent naïves de l'uni* verselle frivolité, témoignent des combats qu'il dut à livrer pour éteindre en lui tout désir. Parfois il en résulte quelque chose d'âpre et de triste; la lecture de Marc-Âuràle fortifie, mais ne console pas; elle laisse dans l'âme un vide à la fois délicieux et cri:3l, qu'on n'échangerait pas contre la pleine satisfaction. L'humilité, le renoncementi la sévérité pour soi-même n'ont jamais été poussés plus loin. La gloire, cette dernière illusion des grandes âmes, est réduite à néant. Il faut faire le bien sans s'inquiéter si personne le saura. Il voit que l'histoire parlera de lui ; mais de combien d'indignes ne parle-t-elle pas * ? L'absolue mortification oîi il était arrivé avait éteint en lui jusqu'à la dernière fibre de l'amourpropre. On peut même dire que cet excès de vertu lui a nui. Les historiens Tont pris au mot. Peu de grands règnes ont été plus maltraités par l'historiographie. Marins Maximus et Dion Gassius parlèrent de Marc avec amour, mais sans talent; leurs ouvrages, d'ailleurs, ne nous sont parvenus qu'en lambeaux, et nous ne connaissons la vie de l'illustre
4. Voir surtout Pensëes^Wl, 43, et aussi VIII, 24, 37; IX, 36} XI, 4.
«. Pensées j IX, «9.
m ORIGINES DO CBRtSTIANlSHE. [Ad 174)
souverain que par la médiocre biographie de Jules Capitolin, écrite cent ans après sa mort, grâce à l'admiralion que lui avait vouée l'empereur Dioclétien.
Heureusement la petite cassette qui reufermait les pensées des bords du Gran et la phîlosopliie de Carnonte Tut sauvée. Il en sortit ce livre incomparable, oît Épictète était surpassé, ce manuel de la vie résignée, cet Évangile de ceux qui ne croient pas au surnaturel, qui n'a pu être bien compris que de nos jours. Véritable Évangile éternel, le livre des Pensées ne vieillira jamais ; car il n'afTirme aucun dogme. L'Évangile a vieilli en certaines parties ; la science ne permet plus d'admettre la naïve conception du surnaturel qui en fait la base. Le surnaturel n'est dans les Pensées qu'une petite tache insignifiante, qui n'atteint pas la merveilleuse beauté du fond. La science pourrait détruire Dieu et l'âme, que le livre des Pensées resterait jeune encore de vie et de vérité. La religion de Marc- Aurèle, comme le fut par moments celle de Jésus, est la religion absolue, celle qui résulte du simple fait d'une haute conscience morale placée en face de l'univers. Elle n'est ni d'une race ni d'un pays. .\ucune révolution, aucun progrès, aucune découpourront la clianger.