‹ Histoire des origines de ChristianismeChapitre 175 sur 364 · Comp. Lettre, § 47 et · texte numérisé non relu

Comp. Lettre, § 47 et

t, ÀvoXifiioîa.

M4 ORIGINES DtJ CHRIBTIANISHB, (U 11?]

sible'. On mit les confesseurs dans des cachote obscurs et insupportables ; on engagea leurs pieds dans les ceps, en les distendant jusqu'au cinquième trou ; on ne leur épargna aucune des cruautés que les gedliers avaient à leur disposition pour faire souffrir leurs victimes. Plusieurs moururent asphyxiés dans les cachots. Ceux qui avaient été torturés résistaient étonnamment. Leurs plaies étaient si aiïreuses, qu'on ne comprenait pas comment ils survivaient. Tout occupés h. encourager les autres, ils semblaient animés eux-mêmes par une force divine. Ils étaient comhie des athlètes émérites, endurcis à tor't. Au contraire, les derniers arrêtés, qui n'avaient pas encore souffert la question, mouraient presque tous, peu après leur incarcération. On les comparait à. des novices mat aguerris, dont les corps, peu habitués aux tourments, ne pouvaient supporter l'épreuve de la prison. Le martyre apparaissait de plus en plus comme une espèce de gymnastique, ou d'école de gladiateurs, à laquelle il fallait une longue préparation et une sorte d'ascèse préliminaire*.

'Quoique séquestrés du reste du monde, les

Compares Lucien, Toxarù, SI).

fotcz sartout § 11 : àn'ioipMi xat à-iû(ua«ni. Voir le mêle M. Le Blant sur la préparation au martyre, dans les Mém. ■adémie des intcr., t. XXVIII, 1" part., p. 63 et suiv.

(An 177) MARC-AURLB. US

pieux confesseurs vivaient de la vie de l'Église universelle avec une rare intensité. Loin de se sentir séparés de leurs frères, ils se souciaient de tout ce qui occupait la catholicité. L'apparition du montanisme était la grande affaire du monient. On ne parlait que des prophéties de Mon tan, de Théo-* dote, d'Alcibiade *. Les Lyonnais s'y intéressaient d'autant plus qu'ils partageaient beaucoup des idées phrygiennes, et que plusieurs des leurs, tels que Alexandre le médecin, Alcibiade l'ascète, étaient au moins les admirateurs et en partie les sectateurs du mouvement parti de Pépuze. Le bruit des dissentiments qu'excitaient ces nouveautés arriva jusqu'à eux. Ils n'avaient pas d'autre entretien, et ils occupaient les intervalles de leurs tourments à discuter ces phénomènes, que sans doute ils eussent aimé à trouver vrais*. Forts de l'autorité que le titre de prisonnier de Jésus-Christ donnait aux confesseurs, ils écrivirent sur ce sujet délicat plusieurs lettres, pleines de tolérance et de charité. On admettait que les détenus de la foi avaient, à leurs derniers jours, une sorte de mission pour pacifier les différends des Eglises et trancher les questions en suspens ; on leur attri-

4. Ne pas confondre cet Alcibiade d'Asie avec 1 Alcibiade ascète, établi à Lyon.

t. Kus., y, cil. m.

HO ORIGINES DU CHRISTIANISME. [Anl77|

buait il cet égard une gr&ce d'état et comme un privilège particulier'.

La plupart des lettres écrites parles confesseurs étaient adressées aux Églises d'Asie et de Phrygie, avec lesquelles les fidèles lyonnais avaient tant de liens spirituels ; une d'elles était adressée au pape Éleuthère, et deviiit être portée par Irénée. Les martyrs y faisaient le plus chaleureux éloge de ce jeune prêtre.

Nous le souhaitons joie en Dieu pour toutes choses et pour toujours, père Éleuthère. Nous avons char^ de (e porter ces lettres notre frère et compagnon Irénée, et nous te prions de l'avoir eu grande recommandaiiOD, émulateur qu'il est du testament de Christ. Si nous croyions que la position des gens est pour quoi que ce soit dans leur mérite, nous te l'aurions recommandé comme prêtre de notre Église, titre qu'il possède réellemeut*.

Irénée ne partit pas sur-le-champ ; on doit même supposer que la mort de Pothin, qui suivit de près, l'empêcha tout à fait de partir*. Les lettres des martyrs ne furent remises & leur adresse que plus tard, avec l'épltre qui renfermait le récit de leurs héroïques combats.

V bxlnaiûv iCpwnK luixti irpioSiâciTic. Eus., V, III, i.

, De anima, 36.

V, IV, 4, S; saint Jérôme, De virû ill., 35.

1,0:1 cITel, succéda immédialement à Polliiti. Eus. ,V,v,S.

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Le vieil évêque Pothin s'épuisait tous les jours; rage et la prison le minaient* ; seul, le désir du martyre semblait le soutenir. Il respirait k peine, le jour oii il dut comparaître devant le tribunal ; il eut ce* pendant assez de souffle pour confesser dignement le Christ, On voyait bien, aux respects dont l'entouraient les fidèles, qu'il était leur chef religieux ; aussi une grande curiosité s'attachait-elle à lui. Dans le trajet de la prison au tribunal, les autorités de la ville le suivirent ; l'escouade de soldats qui l'entou^ rait avait peine à le tirer de la presse ; les cris les plus divers éclataient. Comme les chrétiens étaient appelés tantôt les disciples de Pothin, tantôt les disciples de ChrisloSf plusieurs demandaient si c'était ce vieux qui était Christos. Le légat lui posa la question : u Quel est le dieu des chrétiens ? — Tu le connaîtras, si tu en es digne », répondit Pothin. On le traîna brutalement, on le roua de coups ; sans égard pour son grand âge, ceux qui étaient près de lui le frappaient avec les poings et les pieds ; ceux qui étaient éloignés lui jetaient ce qui leur tombait sous la main ; tous se seraient crus coupables du crime d'impiété, s'ils n'avaient fait ce qui dépendait d'eux pour le couvrir d'outrages ; ils croyaient par là ven-

4 . Il n'est pas dit clairement que Pothin ait été arrêté avecles autres; mais cela parait le plus probable.

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ger l'injure faite à leurs dieux. On ramena dans la prison le vieillard à demi mort ; au bout de deux jours, il rendit le dernier soupir.

Ce qui faisait un étrange contraste et rendait la situation tragique au premier chef, c'était l'attitude de ceux que la force des tourments avait vaincus et qui avaient renié le Christ. On ne les avait pas relâchés pour cela ; le fait qu'ils avaient été chrétiens impliquait Taveu de crimes de droit commun, pour lesquels on les poursuivait, même après leur apostasie S On ne les sépara pas de leurs confrères restés fidèles, et toutes les aggravations du régime de la prison dont souffrirent les confesseurs leur furent appliquées. Mais combien leur état était différent i Non seulement les renégats se trouvaient n'avoir tiré aucun avantage d*un acte qui leur avait été pénible; mais leur position était en quelque sorte pire que celle des fidèles. Ceux-ci, en effet, n'étaient poursuivis que pour le nom de chrétiens, sans qu'on formulât contre eux aucun crime spécial ; les autres étaient, par leur aveu même, sous le coup d'accusations d'homicide et de monstrueuses forfaitures. Aussi leur mine faisait-elle pitié. La joie du martyre*,

4 Souvent les choses se passaient autrement. Voir Minucius Félix, 28.

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