Orig., VIU
350 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 178]
penses et les peines futures paraissent à Celse des parties intégrantes d'une doctrine d'État ', Il faut se rappeler que la possibilité de la magie était alors presque un dogme. On était épicurien, athée, impie, on courait risque de la vie, si on se permettait de la nier'. Toutes les sectes, les épicuriens exceptés, en enseignaient la réalité '. Celse y croit sérieusement. Sa raison lui montre la fausseté des croyances surnaturelles généralement admises; mais l'insuffisance de son éducation scientifique et ses préjugés politiques l'empêchent d'être conséquent; il maintient, au moins en principe, des croyances tout aussi peu rationnelles que celles qu'il combat. La faible connaissance que l'on avait alors des lois de la nature rendait possibles toutes les crédulités. Tacite est sûrement un esprit éclairé, et pourtant il n'ose repousser nettement les prudiges les plus puérils'. Les apparitions
(. DansOri-., Vil, 6i, 68-70; VIII, S, H, it, 13,44, iS, îi, !8, 33, 35, 43, 48, 53, 55, 58, 60, 6i, 63. Cf. Minucius Félix, Oclavius, ch. vu.
t. Lucien, Alexandre, 85; PhUopseudéi, 10; Apulée, .ipologie, tout endèro,
3. Lucien, Philopseudès, 6, 7 et suiv. ; Vilarum auctio, ï. Plus lard, le cbristiani jme poursuivit la magie, non comme vaine, mais comine impliquant un commerce illicite entre l'homme et 1:;3 démons. Cf. Paul, Seul., V, xxiii, 9, H, 1J.
Tacite, tlist.. Il, 50. Comparei la mention des prés;i£i.M Suétone, DioQ Cassius, llérodien et les biogi~dpIjes de l'Ilis- \ugusie.
[An 178] MARC-AORÈLE. 35!
des temples» les songes divins étaient tenus pour des choses notoires. Élien va bientôt écrire ses livres pour ' démontrer, par de prétendus faits, que ceux qui nient les manifestations miraculeuses des dieux « sont plus déraisonnables que des enfants », que ceux qui croient aux dieux s'en trouvent bien, tandis que les plus atroces aventures arrivent aux incrédules, aux blas« phémateurs*.
Ce que Gelse est éminemment, c'est un sujet dé*
voué de l'empereur, un patriote. On le suppose Ro-»
main ou Italien ; il est certain que Lucien, tout loyal
qu'il est, n'a pas une sympathie aussi prononcée pour
l'empire. Le raisonnement fondamental de Celse est
celui-ci : La religion romaine a été un phénomène
concomitant de la grandeur romaine ; donc elle est
vraie. Comme les gnostiques, Celse croit que chaque
nation a ses dieux qui la protègent tant qu'elle les
adore ainsi qu'ils veulent être adorés. Abandonner ses
dieux est, pour une nation, l'équivalent d'un suicide.
Celse est ainsi l'inverse en tout d'un Tatien, ennemi
acharné de l'hellénisme et de la société romaine.
Tatien sacrifie entièrement la civilisation hellénique
au judaïsme et au christianisme. Celse attribue tout ce
qu'il y a de bon chez les juifs et cliez les chrétiens à
4. FtagmenU sur la Providence ei les Appariliom, édit. de Ilercher, fragm. 40, 43, 53, 62, 89, 98, 404.
352 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [Ad 178]
des emprunts faits aux Hellènes. Platon et Épictète sont pour lui les deux pôles de la sagesse. S*il n*a pas connu Marc-Aurèle, il Ta sûrement aimé et admiré. D'un tel point de vue, il ne pouvait envisager le christianisme que comme un mal ; mais il ne s*arrête pas aux calomnies ; il reconnatt que les mœurs des sectaires sont douces et bien réglées^; ce sont les motifs de crédibilité de la secte qu'il veut discuter. Gelse fit k ce sujet une véritable enquête, lut les livres des chrétiens et des juifs, causa avec eux *• Le résultat de ses recherches fut un ouvrage intitulé Discours véritable ^ qui, naturellement, n'est pas venu jusqu'à nous S mais qu'il est possible de reconstituer avec les citations et les analyses qu'en a données Origène'.
Il est hors de doute que Gelse a connu mieux qu'aucun autre écrivain païen le christianisme et les livres qui lui servaient de base*. Origène, malgré sa