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venir pères, à remplir les fonctioas de la vie; qu'ils s'en aillent tous ensemble loin d'ici, sans laisser la moindre semence d'eux-mêmes, et que la terre soit débarrassée de cette engeance. Mais, s'ils veulent se marier, avOir des enfants, manger des fruits de la terre, participer aux cboses de la vie, à ses biens comme à ses maux, il f^ut qu'ils rendent à ceux qui sont chargés de tout administrer les honneurs qui conviennent... Nous devons continuellement, et dans nos paroles et dans nos actions, et môme quand nous ne parlons ni n'agissons, tenir notre âme tendue vers Dieu. Gela posé, quel mal y a-t-il à rechercher la bienveillance de ceux qui ont reçu de Dieu leur pouvoir, et en particulier celle des rois et des puissants de la terre ? Ce n'est pas, en effet, sans l'intervention d'une force divine qu'ils ont été élevés au rang qu'ils occupent^.
En bonne logique, Gelse avait tort. Il ne se borne pas à demander aux chrétiens la confraternité politique; il veut aussi la confraternité religieuse. Il ne se borne pas à leur dire : « Gardez vos croyances; servez avec nous la même patrie, laquelle ne vous demande rien de contraire à vos principes. » Non; il veut que les chrétiens prennent part à des cérémonies opposées à leurs idées. Il leur fait de mauvais raisonnements, pour leur montrer que le culte polythéiste ne doit pas les choquer.
Sans doute, dit-il, si l'on voulait obliger un homme pieux à commettre quelque action impie ou à prononcer quelque
4 Gelse, dans Orig., VIU, 66, 63.
3(A ORIGINES DU CIIR1ST1AN1SHR. [An 178)
parole honteuse, il aurait raison d'endurer tous les supplices plulftt que de le faire * ; mai<{ il n'en est pas de mârae quand on vous commande de célébrer le Soleil on de chanier un bel hymne en l'honneur d'Athëné. Ce sont là des formes de la piété, et il ne peut y avoir trop de piété. Vous admettez les anges; pourquoi n'ad mettez-vous pas les démons ou dieux secondaires 7 Si les idoles ne sont rien, quel mal y a-l-il àprendre part aux fdtes publiques? S'il Y a des démons, ministres du Dieu tout-puissant, ne faut-il pas que les hommes pieux leur rendent hommage? Vous paraîtrez, en effet, d'autant plus honorer le grand Dieu que vous aurez mieux glorifié ces divinités secondaires. En s'appHquant ainsi h toute chose, la piété devient plus parfaite*.
A quoi les chrétiens avaient droit de répondre: 1 Cela regarde notre conscience ; l'État n'a pas à raisonner avec nous sur ce point. Parlez-nous de devoirs civils et militaires, qui n'aient aucun caractère religieux, et nous les remplirons. » En d'autres termes, rien de ce qui tient à l'État ne doit avoir de caractère religieux. Cette solution nous parait 1res simple; mais comment reprocher aux politiques du II' siècle de ne l'avoir pas mise en pratique, quand, de nos jours, on y trouve tant de difficultés?
'lus admissible assurément est le raisonnement
Com|i. Orij;., I, 8.
Ce'se, dans Orig., VUI, 14, 65, <>G.
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de notre auteur en ce qui regarde le serment au nom de l'empereur. C'était là une simple adhésion à Tordre établi, ordre qui n'était lui-même que la défense de la civilisation contre la barbarie, et sans lequel le christianisme eût été balayé comme tout le rester Mais Gelse nous parait manquer de générosité, quand il mêle la menace au raisonnement. « Vous ne préten* dez pas sans doute, dit-il, que les Romains abandonnent, pour embrasser vos croyances, leurs traditions religieuses et civiles, qu'ils laissent là leurs dieux pour se mettre sous la protection de votre Très* Haut, qui n'a pas su défendre son peuple? Les Juifs ne possèdent plus une motte de terre, et vous, traqués de toutes parts, errants, vagabonds, réduits à un petit nombre, on vous cherche pour en finir avec vous*. » Ce qu'il y a de singulier, en effet, c'est que, après avoir combattu à mort le christianisme, Celse, par moments, s'en trouve fort rapproché. On voit qu'au fond le polythéisme n'est pour lui qu'un embarras, et qu'il envie à l'Église son Dieu unique. L'idée qu un jour le christianisme sera la religion de Tempire 3t de l'empereur miroite à ses yeux comme aux yeux de Méliton. Mais il se détourne avec horreur d'une telle perspective. Ce serait la pire manière de mourir.