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le caractère de la spéculation désintéressée, rendait au christianisme cette large tolérance. Que l'on compare au patriotisme étroit d'un Celse, d'un Fronton, l'esprit ouvert d'un penseur tel que Numénius d'Apamée ; quelle différence ! Sans être précisément chrétien ni juif, Numénius admire Moïse et Philon. Il égale Philon k Platon; il appelle ce dernier un MoTse attique'. il connaît jusqu'aux compositions apocryphes sur Jamnès et Mambré*. A l'étude de Platon et de Pythagore, le philosophe doit, selon lui, unir la connaissance des institutions des brahmanes, des juifs, des mages, des Égyptiens *. Le résultat de l'enquête, on peut en être sûr d'avance, sera que tous ces peuples sont d'accord avec Platon. Comme Philon allégorise l'Ancien Testament, Numénius explique symboliquement certains faits de ta vie de Jlésus-Christ*. Il admet que la philosophie grecque est originaire de l'Orient, et doit la vraie notion de Dieu aux Égyptiens, aux Hébreux'; il proclame cette philosophie
I, HsGiriii ifruZ"'!. Porphyre, Db antro nymph., 40; Clément d'Alexandrie, SlTom., I, cb. xxii, mot répété par un grand nombre de Pères.
S. Ensèbe, Prœp. enang., IX. 8.
Dans Eusèbe, Prœp. evang., IX, 7, 8.
Origène, Contre Celse, I, 15; IV, 51 ; V, 57. Théodoret, De cur. Grtec. aff., sermo i, p. 466-i67 ; sermo ii, ); sermo v, p. 547 (Paris, 164S].
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insuffisante, même en ses maîtres les plus vénérés. Justin et Tauteur de TÉptire à Diognète n'en disaient guère davantage. Numénius n^apparttnt pas cependant à rÉglise ; la sympathie et radmiration pour une doctrine n'entraînent pas chez un éclectique Tadhésion formelle à cette doctrine. Numénius est un des précurseurs du néoplatonisme; c'est par lui que l'influence de Philon et une certaine connaissance du christianisme pénètrent dans l'école d'Alexandrie. Ammonius Saccas, à l'heure où nous finissons cette histoire, fréquente peut-être encore l'église, d'où la philosophie ne tardera pas à le faire sortir. Clément, Ammonius, Origène, Plotin ! Quel siècle va s'ouvrir pour la ville qui nourrit tous ces grands hommes, et devient de plus en plus la capitale intellectuelle de rOrient!
La Syrie comptait beaucoup de ces esprits indé* pendants, qui se naontraient fav(M*ables au christia-* nisme, sans pour cela l'embrasser. Tel fut ce Mara, fils de Sérapion ^, qui considérait Jésus comme un lé-^
4. Lettre de Mara« Çls de Sérapion, dansGureton, Spicil syr^, p. 73-74. Ckunparez Justin, DiaU^H, Voir VAnUchri$t, p. 65; lei Évangiles, p. 40^ note 3; Land, Anecchta syr,, p. 30. Ce singu* yer ouvrage cite Voracle sibyllin sur Samoa, et parle de la dispersion des Juifs comme ayant été la conséquence immédiate de la mort de Jésus. H est donc d'une époque où Tintervalle de 33 à 70 faisait l'effet de 0, el où la dispersion des Juifs était devenue un
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gislateur excellent, et admettait que la destruction de la nationalité des Juifs était venue de ce qu'ils avaient mis & mort « leur sage roi' ». Tel fut aussi Longin ou l'auteur quel qu'il soit du traité Du sublime, lequel a lu avec admiration les premières pages de la Genèse et place le verset « Que la lumière soi), et la lunaière fut n parmi les plus beaux traits qu'il connaisse *.
Le plus original parmi ces esprits mobiles et sincères que la loi chrétienne charma, mais non d'une façon assez exclusive pour les détacher de tout le reste et faire d'eux de simples membres de l'Église, fut Bardesane d'Édesse*. C'était, si l'on peut s' ex- Taie élabli (Jcpuiâ assez loDglemps. Cette façon de traiter Jdsus en législateur rappelle Lucien, Peregrinut, 43, et suppose un état des textes évaogéliques et des institutions chrétiennes qui ne convient qu'h la Soduu' siècle. Ce qui est dit des Romains (Cureton, p. xiii-xvj peut se rapporter à la campagne de Lucius Verus (16Î-165).
1. Le passage Carffi. sib.,Wl, 1t1, semble exprimer la même idée ; mais M. Alexandre corrige le texte avec bonheur.
S. De lubl., secl. w. Ce passage, interpolé ou non, a été écrit Sûrement & la Un du ii* siècle ou au m* siècle, par un païen qui
fit eu des relations avec de» juifs ou des chrétiens, platdt qu'il n le Pentnteuque (notez la forte inexactitude -[ivi'gll» pi; ^^s.,Anl., procem., 3; Galien, Deutu, part., xi, 44). Cela ^H bienà Lonf^in; mais on sait les difRcuttésqui s'opposent urs à ce que le ministre de Zënobie soit l'auteur de IIijî
jour de sa naissance est marqué dans lu Chroniqiw BU ^^ de lammuz de l'an i6& des Grecs = 453 de J.-C.
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primer ainsi*, un homme du monde, riche, ai-
(Assémani, Bibl. or., I, p. 389; cf. Chron. eccl. de Barhebras'js, édit. Abbeloos et Lamy, p. 1 45 et sui v.)- Eusèbe, saint Ëpiphane, Théodoret le font fleurir sous Marc-Aurèle. Un passage du dialogue D« /a<o (Eusèbe, Prœp,, VI, ch. x, p. 279; Cureton, S;nct7. 9yr,, p. 30) préseute la conquôle de l'Arabie par les Romains comme un fait récent (xOtc). Or il s'agit là de la campagne de Lucius Yerus, 462-465 (cf. Ghron. d'Édesse, p. 390), à moins qu'il ne s'agisse de la campagne qui valut à Septime Sévère le titre d'Arabique vers l'an 200. Une grande partie des conquêtes de Lucius Yerus, par exemple Hatra, pouvait s'appeler Arabie, La Chronique d'Édesso (p. 390, 393) place la chute de Marcioa on 437, la naissance de Bardesane en 453, la naissance de Manès en 239. A peu près d'accord avec cette Chronique, le Kitdb eU fihrist met Bardesane trente ans après Marcion et soixante-dix ans avant Manès (Fluegel, Mani, p. 85, 450-454; cf. Masoudi, t. IX, p. 337; Land, Anecd. syr,^ I, p. 48; Aboulfaradj, Dyn,, p. 79, Poe). Il ne faut pas nier cependant que d'autres autorités feraient de Bardesane un contemporain d'Héracléon et de saint Hippolyte. Voir Philosophum., VI, 35; VII, 31, en comparant Tert., Adv, VaL^ 4. Porphyre et Moïse de Khorène (supposé qu'ils parlent du môme personnage) le font vivre sous Héliogabale. Eusèbe et Épiphane ont pu confondre Marc-Aurèle avec Caracalla ou Héliogabale, dont le titre impérial était Blarcus Aurelius Antoninus. Ajoutons que l'Abgar chrétien avec lequel Bardesano fut en rapport paraît avoir été Abgar VIII bar Manou, qui régna de 202 à 217. Cf. Eusèbe, Chron., Schœne, p. 478-479.
4. Philosoph., VI, 35; VU, 34 ; Origène (?), Dial. de recta in Deumfide,sect.iy\ Eus., ^. £,, IV,ch.xxx; Prœp. ^\l,ch. ix,x; Épiphane, lvi; Théodoret, Ilœr. fab., I, 22; Hist. eccl,, IV, 26; saint Jérôme, De viris ill., 33; Chron., an 42 de Blarc-Aurèle ; In Osée, 40; Pseudo-Aug., haer., 35; Sozom., III, ch. xvi; saint Ëphrem, Hymnes contre les fufrésies, 0pp., t. H de la partie syriaque, p. 438 et suiv., 554 et suiv. (Rome, 4740); Moïsa de Kho-
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mable', libéral, instruit, bien posé k la cour, versé à la fois dans la science chatdéenne et dans la culture hellénique, une sorte de Numénius, au courant de toutes les philosopbies, de toutes les religioog, de toutes les sectes. li fut sincèrement chrétien ; ce fut même un prédicateur ardent du christianisme, presque un missionnaire*; mais toutes les écoles chrétiennes qu'il traversa laissèrent quelque chose dans son esprit; aucune ne le retint. Seul, Marcion, avec son austère ascétisme, lui déplut tout à fait*. Le valentinianisme, au contraire, dans sa forme orientale, fut la doctrine b laquelle it revint toujours. Il se complut aux syzygies des éons et nia ta résurrection de la chair. Il préférait k cette conception matérielle les vues du spiritualisme grec sur la préexistence et la survivance de l'&me*. L'âme, selon lui, ne naissait ni ne mourait ; le corps n'était que son instrument pas-
rèoe, Hi$t.. U, 66; Photius, cod. ccxxiii; Philoièao de Maboug, dans CureloD, Spic., p. ?-vr.
t. SaiDt Ëphrem, Hymntt, p. 438 r; Philoxàne de Haboug,
dans Cureton, Spicil. syr., p. v, en observant pourtant que l'as-
eertiOD de Philoiène n'a probablement pour base que ks Dia-
^f'I^TT' {TTh " iVi.A"^ Bardesane s'explique en effet avec beaucoup d'aménilé.
At'**^ Uj \^ i f À' ' ' ' '^ffiEusèba, IV, xxx, < ; Moïse de Kborène, 0, ««.
^Eusèbe, H. £., IV, xxx, I ; Pkilos., VII, 3t ; Uoïse d« 'le, Hist., II, 66.
Kalogue, p. i3, Cureton. Harmonios alla plus loin en^^ore sens. Sozom., m, 16.
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sager. Jésus n'a pas eu de corps véritable ; il s'est uni à un fantôme. Il semble que, vers la fin de sa vie» Bardesane se rapprocha des catholiques ; mais, en définitive, l'orthodoxie le repoussai Après avoir enchanté sa génération par une prédication brillante, par son ardent idéalisme et par son charme personnel, il fut accablé d'anathèmes; on le classa parmi les gnostiques*, lui qui n'avait jamais voulu être classé. Un seul des traités de Bardesane trouva grâce auprès des lecteurs orthodoxes : ce fut un dialogue dans lequel il combattait la pire erreur de l'Orient, l'erreur chaldéenne, le fatalisme astrologique. La forme des entretiens socratiques plaisait à Bardesane. Il aimait à poser pour le public environné de ses amis et discutant avec eux les plus hauts problèmes de la philosophie*. Un des disciples nommé Philippe rédigeait ou était censé rédiger Tentretien*. Dans le dialogue sur la fatalité, l'interlocuteur principal de
4. Eusèbe, H, E., IV, 30, parait avoir mieux saisi qo^Épipbaoe (/. c.} ia vraie marche de Tesprit de Bardesane.
2. Voir surtout les ardentes réfutations de saint Éphrem (Hymnes, i, u, m, lu, lui, lv, lvi), entachées sans doute du même défaut que celles de saint Épiphnne, c'est-à-dire d*une tendance à faire rentrer la doctrine en question dans les cadres généraux des erreurs gnostiques.