CHAPITRE III
LB KÈGSE DBB PHILOSOPHES.
Jamais on n'avait vu jusque-lb le problème du bonheur de l'humanité poursuivi avec autant de suite et de volonté. L'idéal de Platon était réalisé : le monde était gouverné par les philosophes. Tout ce qui avait été à l'état de belle phrase dans la grande âme de Sénèque arrivait à être une vérité. Raillée pendant deux cents ans par les Romains brutaux^ la philosophie grecque triomphe à force de patience*. Déjà, sous Ântonin, nous avons vu des philosophes privilégiés, pensionnés *, jouant presque le râle de fonctionnaires publics*. Maintenant, l'empereur en
t. N()to;t encore la malveillaDce de Quinlitian, Insi., proœm., 4; Xll, I, ).
lir les Évangile», p. 38S ut suiv.
les Capit., Ant. Pius, 11: Digeste. XXVII, 1,6; Arlé- Oneirocr., V, 83.
lir l'Êgliie chrétienne, p. 596.
[An ICI] MâRC-AORSLB. 83
esty à la lettre, entourée Ses anciens mailres sont devenus ses ministres, ses hommes d*État. II leur prodigue les honneurs, leur élève des statues, place leurs images parmi ses dieux lares, et, à l'anniversaire de leur mort, va sacrifier sur leur tombe, qu'il tient toujours oraée de fleurs*. Le consulat, jusque-là réservé à l'aristocratie romaine, se voit envahi par des rhéteurs, par des philosophes. Hérode Atticus, Fronton, Junius Rusticus, Glaudius Severus, Proculus, deviennent consuls ou proconsuls à leur jour *. Marc-Aurèle avait, en particulier, pour Rusticus l'afTection la plus tendre ; il le Ht deux fois consul, et toujours il lui donnait l'accolade avant de la donner au préfet du prétoire. Les importantes fonctions de préfet de Rome furent , durant des années, comme immobilisées entre ses mains'.
Il était inévitable que cette faveur subite, accordée par l'empereur à une classe d'hommes où se mêlaient l'excellent et le méprisable , amenât bien
4. Hérodien, I, t; Gapitolin, ilnl. lePhiL, 2, 3; Dion Cassius, LXXI, 36.