Lampride, Commode
va ORIGINES DU CHRISTIANISHB. f^ 1»)
père le fit imperator, consul, auguste. Ce fui sûrement une imprudence; mais on étut lié par les actes antérieurs; Commode, d'ailleurs, se contenait encore. Vers la fin de la vie de Marc-Aurèle, le mal se décela tout à fait; à chaque page des derniers livres des Pensées, nous voyons la trace des souffrances intérieures du père excellent, de l'empereur accompli, qui voit un monstre grandir à cdté de lui, prêt à lui succéder, et décidé à prendre en toute chose par antipathie le contre-pied de ce qu'il avait vu faire aux gens de bien.
La pensée de déshériter Commode dut sans doute venir alors plus d'une fois à Marc-Aurèle. Mais il était trop tard. Après l'avoir associé à l'empire, après l'avoir proclamé tant de fois parfait et accompli devant les légions, venir à la face du monde le déclarer indigne était un scandale. Marc-Aurèle fut pris par ses propres phrases, par ce style d'une bienveillance convenue qui lui était trop habituel. Et, après tout, Commode avait dix-sept ans; qui pouvait être sur qu'il ne s'améliorerait pas' ? Même après la mort de Marc-Aurèle, on put l'espérer. Commode montra ord l'intention de suivre les conseils des pères de mérite dont son père l'avait entouré',
Dion Cassius, LXXII, <■ Hérodion, 1, ch. v, vi.
[An 180) MARC-AURÈLE. 477
N'élait-il pas évident, d'ailleurs, que, si Pompéien ou Pertinax succédait à Marc-Aurèle, Commode devenait sur-le-champ le chef du parti militaire, continuation de celui d'Avidius, qui avait en horreur les philosophes et les amis du sage empereur ?
Nous croyons donc qu'il faut se garder de juger légèrement la conduite de Marc-Aurèle en cette circonstance. II eut moralement raison ; mais les faits lui donnèrent tort. A la vue de ce misérable, perdant l'empire par sa vie crapuleuse, traînant honteusement parmi les valets du cirque et de l'amphithéâtre un nom consacré par la vertu, on maudissait la bonté de Marc; on regrettait que l'optimisme exagéré qui l'avait amené à prendre Verus pour collègue, et qui peut-être ne lui permit jamais de voir tous les torts de Faustine, lui eût fait commettre une faute beaucoup plus grave. Selon la voix publique, il pouvait d'autant mieux déshériter Commode qu'une légende se formait d'après laquelle Marc aurait été déchargé envers ce dernier de tout devoir paternel. Par un sentiment de pieuse indignation, on ne voulait pas admettre que Commode fût le fils de Marc-Aurèle. Pour absoudre la Providence* d'une telle absurdité? on calomnia la mère. Quand on voyait l'indigne fils du meilleur des hommes combattre dans l'amphithéâtre ot se comporter en histrion de bas étage :
Hl ORIGINES DU CHRISTUNISUB. (Au ISO]
a Ce n'est pas ud prince, disait-on, c'est un gladiateur*. Non, ce n'est pas Ib le Tils de Marc-Aurèie. > Bientôt on découvrit dans la troupe des gladiateurs queli^ue individu avec qui on lui trouva dfe la ressemblance, et l'on aflinna que c'était là te vrai père de Commode. T>e fait est que tolis les monuments attestent la ressemblance de Commode avec Marc'j et confirment [ leinement à cet égard le témoignage de FroMtttn.
Sanâ reprocher à Marc-Aurèle de n'avoir pas déshérité Commode, on peut donc regretter qu'ilne l'ait pas fait. La perfection de l'homme nuisit à l'inllexibilité du souverain. Capable d'une dureté, il eût peutêtre sauvé le monde, et il n'eût porté en rien la responsabilité de l'affreuse décadence qui suivit. Son tort fut d'avoir un fils. Il oublia que le césar n'est pas tui homme comme un autte, que son premier devoir est d'entrer en arrangement avec le destin, de savoir deviner celui que le temps a marqué d'un signe; L'hérédité des dynasties féodales est, dans le césaristne, de nulle application. Ge régime est de tous celui qui produit les fruits les meilleurs ou les plus mauvais.