Cami, sib,. Vil, 132 et suiv
508 ORIGINES OU CHHISTIANISHE.
cessé de compter des familles chrétiennes observant le sabbat et pratiquant la circoncision. Les chrétiens de Sait et de Kéralc paraissent être, de dos joui's, des espèces d'ébionites. Les Abyssins sont de vrais judéo-chrétiens, pratiquant tous les préceptes juirs, souvent avec plus de rigueur que les juifs euxmêmes. Le Coran et l'islamisme ne sont qu'un prolongen-ent de cette vieille foi-me du christianisme, dont l'essence était la croyance en la réapparition du Christ, le docétisme, la suppression de la croix*. D'un autre côté, en plein xu." siècle, les sectes communistes et apocalyptiques de l'Amérique font du miliénarisme et d'un prochain jugement dernier la base de leur croyance, comme aux premiers jours de la première génération chrétieime.
Ainsi, dans cette Église chrétienne de ta fin du
n* siècle, tout a déjà été dit. Pas une opinion, pas
une direction d'idées, pas une fable qui n'ait eu son
défenseur. L'arianisme était en germe dans les opi-
monarchiens*, des artémonites, de Praxéas,
lote de Byzance, et ceux-ci faisaient remar-
; raison, que leur croyance avait été celle de
laies de Hoavia et d'Abd-el-Mûlik (Lavoix, Art» m»- >.tO).Voirfe«Ëixinj7iin,p.4tl-iSS, 46ft-i63; VÉffUMe , p. 185-286.
, ci-deâBus, p. 86 cl sui*.
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la majorité deTEglise de Rome jusqu*au papeZéphyrin (vers Tan 200). Ce qui manque en cet âge de liberté sans frein, c'est ce qu'apporteront plus tard les conciles et les docteurs : savoir, la discipline, la règle, l'élimination des contradictoires. Jésus est déjà Dieu, et cependant plusieurs répugnent à l'appeler de ce nom. La séparation, d'avec le judaïsme est accomplie, et pourtant beaucoup de chrétiens pratiquent encore tout le judaïsme ^ Le dimanche a remplacé le samedi * , ce qui n'empêche pas que certains fidèles observent le sabbat. La pâque chrétienne est distinguée de la pâque juive ; et cependant des Églises entières suivent toujours Tancien usage. Dans la cène, la plupart se servent de pain ordinaire; plusieurs, néanmoins, surtout en Asie Mineure, n'emploient que l'azyme. La Bible et les écrits du Nouveau Testament sont la base de l'enseignement ecclésiastique, et, en même temps, une foule d'autres livres sont adoptés par les uns, rejetés par les autres'. Les quatre Évan-
4. Eberl, sur Gommodien, dans les AbhandL der Sàchs, Ges. der Wis8.,Y, phil.-hist. Classe, p. 393,444,415; ConstU.apoiti,, V, 42; Jeaa Ghrysost., Adv, judœos, i, 4, 3, 5, 7; u, 4, 2; ni, 4 , 3 ; IV, 4 ; vn, 6.
t. Pseudo-Ign., Ad Magn., 8, 9.
3. Gomp. Tertullien, Iréaée, le Canon dit do Murjlori, en ce qui touclie le Pasteur^ les épttres de Clément, les épUres de Pierre, l'Apocalypse de Pierre.
S)0 ORIGINES DD CRBISTIANISHE.
giles sont fixés S et pourtant beaucoup d'autres textes évangéliques circulent et obtiennent faveur. La plupart des fidèles, loin d'être des ennemis de l'empire romain, n'attendent que le jour de la réconciliation et admettent déjà la pensée d'un empire chrétien; d'autres continuent h. vomir contre la capitale du monde païen les plus sombres prédictions apocalyptiques. Une orthodoxie est formée et sert déjà de pierre de touche pour écarter l'hérésie i mais, si l'on veut abuser de cette raison d'autonté, les docteurs les plus chrétiens se raillent hautement de ce qu'ils appelleront « la pluralité de l'erreur ». La primauté de l'Église de Rome commence à se dessiner; mais ceux-là mêmes qui subissent cette primauté protesteraient si on leur disait que l'évêque de Rome doit un jour aspirer au titre de souverain de l'Église universelle. En somme, les dilTérences qui séparent de nos jours te catholique le plus orthodoxe et le protestant le plus libéral sont peu de chose auprès des dissentiments qui ex staient alors entre deux chrétiens qui n'en restaient pas moins en parfaite ^«,- i^^^'aimmiininn l'un avec l'autre.
^» 'Wl««*^^ Voilà ce qui fait l'intérétsans égal de celte période ■ - - * *--^*-""éatrice. Habituésàn'étudierque les périodes réflé-
1. Canon de Muratori, Iranée, Tertullien. Voir i'Église cArrfsiwe, p. 501.
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chiesde rhJBtoire, presque tous ceux qui, en France, ont émis des vues sur les origines du christianisme, n'ont considéré que le iir et le iv siècle, les siècles des hommes célèbres et des conciles œcuméniques, des symboles et des règles de foi. Clément d'Alexandrie et Origène, le concile de Nicée et saint Athanase, vpilè., pour eux, les sommets et les hautes figures, Nous ne pions l'importance d'aucune époque de l'histoire ; mais ce ne sont pas là des origines. Le christianisn^e était entièrement fait avant Origène et le concile de Nicée, Et qui Ta fait? Une multitude de grands anonymesi des groupes inconscients, des écrivains sans nom ou pseudonymes. L'auteur inconnu des épttres censées de Paul à Tite et à Timothée a plus contribué que n'importe quel concile à la coi)stitution de la disci*
plîne ecclésiastique. Les auteurs obscurs des Evangiles ont apparemment plus d'importance réelle que leurs commentateurs les plus célèbres. Et Jésus? On avouera, j'espère, qu'il y a eu quelque cause pour laquelld ses disciples l'aimèrent jusqu'au point de le croire ressuscité et de voir en lui Taccomplissemept de l'idéal messianique, l'être surhumain destiné à présider au renouvellement complet du ciel et de la terre.
Le fait, en pareille matière, est le signe du droit; le succès est le grand critérium* En religion et en
morale, Tinvention n'est rien; les maximes du ser-mon sur la montagne sont vieilles comme le monde ; personne n'en a la propriété littéraire. L'essentiel est de réaliser ces maximes, de les donner pour base à mie société. Voilà pourquoi, chez le fondateur religieux, le charme personnel est chose capitale. Le chef-d'œuvre de Jésus a été de s'être fait aimer d'une vingtaine de personnes, ou plutôt d'avoir fait aimer l'idée en lui, jusqu'à un point qui triompha de la mort. Il en fut de même pour les apôtres et pour la seconde et la troisième génération chrétienne. Les fondateurs sont toujours obscurs ; mais, aux yeux du philosophe, la gloire de ces innommés est la gloire véritable. Ce ne furent pas de grands hommes, ces humbles contemporains de Trajan et d'Antonin, qui ont décidé de la foi du monde. Comparés à eux, les personnages célèbres de l'Eglise du iir et du iv"" siècle font bien meilleure figure. Et pourtant ces derniers ont bâti sur le fondement que les premiers ont posé. Clément d'Alexandrie, Origène ne sont que des demi* chrétien$. Ce sont des gnostiques, des hellénistes» des spiritualistes^ ayant honte de TApocalypse et du règne terrestre du Christ, plaçant l'essence du christianisme dans la spéculation métaphysique, non ddtis l'appli* cation des mérites de Jésus ou dans la révélation biblique. Origène avoue que, si la loi de Moïse devait
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être entendue au sens propre, elle serait inférieure aux lois des Bomains, des Athéniens, des Spartiates*. Saint Paul eût presque dénié le titre de chrétien à un Clément d Alexandrie, sauvant le monde par une gnosis où ne joue presque aucun rôle le sang de Jésus-Christ.
La même réflexion peut être appliquée aux écrits que nous ont laissés ces âges antiques. Ils sont plats, simples, grossiers, naïfs, analogues aux lettres sans orthographe que s'écrivent de nos jours les sectaires communistes les plus dédaignés. Jacques, Jude, rappellent Gabet ou Babick, tel fanatique de i8liS ou de 1871, convaincu, mais ne sachant pas sa langue, exprimant à bâtons rompus, d'une façon touchante, sa naïve aspiration à la conscience. Et pourtant, ce sont ces bégayements de gens du peuple qui sont devenus la seconde Bible du genre humain. Le tapissier Paul écrivait le grec aussi mal que Babick le français*. Le rhéteur, dominé par la considération littéraire, pour qui la littérature française commence
4. Origène, In Levii.^ hom. vn, 5 : c Erubesco confiteri quia taies leges dederit Deus. » Cf. Deprinc., 47; InMaUh., tom. XIV, S3 ; In Episl. ad Rom., n, 9 et suiv. Voir aussi saint Jeao Ghrys., Adv. jud.j vil, 4.
2. Voir, dans uq journal de la Commune, la Nuàon «otivdfaine (vers le S5 avril 4874), une lettre de Babick, qui me rappela beaucoup, quand je la lus, les Ëpltres chrétiennes primitives.
514 ORIGINES DU CHRISTUNISME.
à VillQQ \ rhistorien doctrinaUe, qui n'esUme que les développements réfléchis, et pour qui la constitution française commence aux prétendues Constitutions de saint J>)uis, ne peuvent comprendre ces apparentes bizarreries,
L*âge des origines, c'est le chaos, mais un cbao« riche de vie; c'est la glaire féconde où un être se prépare à exister, monstre encore, mais doué d'un principe d'unité, d'un type assez fort pour écarter les impossibilités, pour se donner les organes esseq* tiels. Que sont tous les efforts des siècle^ copsciepts si on les compare aux tendances spontanées de T&ge en^bryonnaire, âge mystérieux où l'être en train de se faire se retranche un appendice inutile, se crée un système nerveux, se pousse un membre ? C'est à ces moments-là qqe l'Esprit de Dieu coqve son œuvre et que le groupe qui travaille pour l'humanité peut vraiment dire :
Eit D$u$ in mAbis, agitante calescitnns illo.