‹ Histoire des origines de ChristianismeChapitre 285 sur 364 · LE CULTE ET LA DISCIPLINE · texte numérisé non relu

LE CULTE ET LA DISCIPLINE

L^histoire d'une religion n'est pas Thistoire d'une théologie. Les subtilités sans valeur qu'on décore de ce nom sont le parasite qui dévore les religions bien plutôt qu'elles n'en sont l'âme. Jésus n'eut pas de théologie; il eut le sentiment le plus vif qu'on ait içu des choses divines et de la communion filiale de l'homme avec Dieu. Aussi n*institua-t-il pas de culte proprement dit, en dehors de celui qu'il trouva déjà établi par le judaïsme. La « fraction du pain », accompagnée d'actions de grâces, ou eucharistie^ fut le seul rite un peu symbolique qu'il adopta, et encore Jésus ne fit-il que lui donner de l'importance et se l'approprier; car la beraka (bénédiction), avant de rompre le pain, a toujours été un usage juif. Quoi qu'il en soit, ce mystère du pain et du vin, considérés comme étant le corps et le sang de Jésus, si bien que

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ceux qui en mangent ou en boivent participent de Jésus, devint l'élément générateur de tout un culte. Vecclesia ou l'assemblée en fut la base. Jamais le christianisme ne sortit de là. Vecclesia^ ayant pour objet central la communion ou eucharistie, devint la messe; or la messe a toujours réduit le reste du culte chrétien au rang d'accessoire et de pratique secondaire.

On était loin, vers le temps de Marc-Aurèle, de la réunion chrétienne primitive, pendant laquelle deux ou trois prophètes, souvent des femmes, tombaient en extase, parlant en même temps et se demandant les uns aux autres, après l'accès, quelles merveilles ils avwent dites. Cela ne se voyait plus que chez les montanistes. Dans l'immense majorité des Églises, les anciens et Tévêque président l'assemblée, règlent les lectures, parlent seuls. Les femmes sont assises à part, silencieuses et voilées. L'ordre règne partout, grâce h un nombre considérable d'employés secondaires, ayant des fonctions distinctes*. Peu à peu le siège de Vépiscopos et les sièges des presbyteri constituent un hémicycle central, un chœur. L'eucharistie exige une table, devant laquelle le célébrant prononce les prières et les paroles mystérieuses. Bientôt on établit un ambon pour les lectures et les sermons, puis un

4, CcmiU. aposl.y VUI, ch. xi; Tertullien, Prœscr, 44,

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cancel de séparation entre le fyresbyterium et le reste de la salle. Deux réminiscences doofiinent tout cet enfantement de l'architecture chrétienne : d'abord un vague souvenir du temple de Jérusalem, dont une partie était accessible aux seuls prêtres; puis une préoccupation de la grande liturgie céleste par laquelle débute l'Apocalypse. L'influence de ce livre sur la liturgie fut de premier ordre. On voulut faire sur terre ce que les vingt- quatre vieillards et les chantres zoomorphes font devant le trône de Dieu. Le service de l'Église fut ainsi calqué sur celui du ciel. L*usage de l'encens* vint sans doute de la même inspiration. Les lampes et les cierges étdent surtout employés dans les funérailles*.

Le grand acte liturgique du dimanche était un chef-d* œuvre de mysticité et d'entente des sentiments populaires. C'était bien déjà la messe % mais la messe complète, non la messe aplatie, si j*ose le dire, écrasée comme de nos jours; c'était la messe vivante dans toutes ses parties, chaque partie conservant la signification primitive qu'elle devait plus tard si étrangement perdre. Ce mélange habilement com-

4, Saint Uippolyle, De comummalione mundi^ c. xxxiv.

5. Le passage Lactance, Instii. div., VI, 2, n'est pas une grs7e objection.

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