‹ Histoire des origines de ChristianismeChapitre 3 sur 364 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce volume termine la série des essais que j'ai consacrés h l'histoire des origines du christianisme* Il contient Texposé des développements de T Eglise chrétienne durant le règne de Marc-Aurèle et le tableau parallèle des efforts de la philosophie pour améliorer la société civile. Le ii* siècle de notre ère a eu la double gloire de fonder définitivement le christianisme, c'est-à-dire le grand principe qui a opéré la réformation des mœurs par la foi au surnaturel, et de voir se dérouler, grâce à la prédication stoïcienne et sans aucun élément de merveilleux, la plus belle tentative d'école laïque de vertu que le monde ait connue jusqu'ici. Ces deux tentatives furent étrangères Tune à Tautre et se contrarièrent plus qu'elles

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ne s'aidèrent réciproquement ; mais le triomphe du christianisme n'est explicable que quand on s'est bien rendu compte de ce qu'il y eut dans la tentative philosophique de force et d'insufTisance. Marc- Aurèle est h cet égard le sujet d'étude auquel il faut sans cesse revenir. Il résume tout ce qu'il y eul de bon dans le monde antique, et il offre k la critique cet avantage de se présenter à elle sans voile, grâce à UD écrit intime d'une sincérité et d'une authenticité incontestées.

Plus que jamais je pense que la période des origines, l'embryogénie du christianisme, si l'on peut s'exprimer ainsi, finit vers la mort de Marc-Aurèle, en 180. A cette date, l'enfant a tous ses organes; il est détaché de sa mère ; il vivra désormais de sa vie propre. La mort de Marc-Aurèle peut d'ailleurs être conàdérée comme marquant ta fin de la civilisation antique. Ce qui se fait de bien après cela ne se fut plus par le principe hellénico-romain ; le principe judéo-syrien l'emporte, et, quoique plus de cent ans doivent s'écouler avant son plein triomphe, lit bien déjà que l'avenir est k lui. Le ni" siècle igonie d'un monde qui, au iv siècle* est plein e de vie et de force.

oin de moi la pensée de rabaisser les temps qui at l'époque 0(1 j'ai dû m'arrôler. Il y a dans

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l*hÎ8toiîe des jours tristes ; il n*y a pas de jours stériles et sans intérêt. Le développement du cht'istianisriie reste un spectacle hautement attachant tandis que les Églises chrétiennes comptent des honuti^ tels que saint Irénée, Clément d'Alexandrie, Tertullien, On* gène. Le travail d'organisation qui s'opère à Rome, en Afrique, au temps de saint Cyprien, du pape Corneille, doit être étudié avec le soin le plus extrême. Les martyrs du temps de Dèce et de Dioclétien ne le cèdent pas en héroïsme à ceux de Rome^ de Smyme et de Lyon au i""' et au !!• siècle. Mais c'est là ce qu'on appelle V histoire ecclésiastirjuey histoire éminemment curieuse, digne d'être faite avec amour et avec tous les raffinements de la science la plus attentive, mais essentiellement distincte cependant de l'histoire des origines chrétiennes, c'est-à-dire de l'analyse des transformations successives que le germe déposé par Jésus au sein de l'humanité a subies avant de devenir une Église complète et durable. II faut des méthodes toutes différentes pour traiter les âges divers d*une gfande formation, soit religieuse, soit politique. La recherche des origines suppose un esprit philosophique, une vive intuition de ce qui est certain, probable ou plausible, un sentiment profond de la vie et de ses métamorphoses, un art particulier pour tirer des rares textes que l'on possède tout ce qu'ils ren-

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ferment en fait de révélations sur des situations psychologiques fort éloignées de nous. A l'histoire d'une institution déjà complète, comme est l'Église chrétienne au m* siècle et à plus forte raison dans les siècles suivants, les qualités de jugement et de solide érudition d'un Tillemont suffisent presque. Voilà pourquoi le xtu* siècle, qui a fait faire de si grands progi-ès à l'histoire ecclésiastique, n'a jamais abordé le problème des origines. Le xvii* siècle n'avait de goilt que pour ce qui peut s'exprimer avec les apparences de la certitude. Telle recherche dont te résultat ne saurait être que d'entrevoir des possibilités, des nuances fugitives, telle narration qui s'interdit de raconter comment une chose s'est passée, mais qui se borne à dire : » Voici une ou deux des manières dont on peut concevoir que la chose s'est passée >>, ne oouvaient être de son goût. En présence des questions d'origine, le xvii* siècle ou prenait tout avec une crédulité naïve, ou supprimait ce qu'il ' ' ' m fabuleux. L'inteUigence des états obsiurs à la réflexion claire, c'est-à-dire jus- :tats où la conscience humaine se montre trice et féconde, est la conquête intellec- ' siècle. J'ai cherché, sans autre passion vive curiosité, à faire l'application des î critique qui ont prévalu de nos jours

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