‹ Histoire des origines de ChristianismeChapitre 333 sur 364 · De /8. et Os · texte numérisé non relu

De /8. et Os

5Sf ORIGINES DU CHRISTIANISME.

Une religion fondée, comme celle d'Apollonius de Tyane, sur la croyance au voyage d*un Dieu sur la terre avait des chances particulières de succès. L*humanité cherche Tidéal ; mais elle veut que l'idéal soit une personne ; elle n'aime pas une abstraction. Un homme incarnation de l'idéal^ et dont la biographie pût servir de cadre à toutes les aspirations du temps^ voilà ce que demandait l'opinion religieuse. L*Évangile d'Apollonius de Tyane n'eut qu'un demi* succès; celui de Jésus réussit complètement. Les besoins d'imagination et de cœur qui travaillaient les populations étaient justement ceux auxquels le christianisme donnait une pleine satisfaction. Les objections que présente la croyance chrétienne à des esprits amenés par la culture rationnelle à l'impossibilité d'admettre le surnaturel n'existaient pas alors. En général, il est plus difficile d'empêcher l'homme de croire que de le faire croire. Jamais siècle, d'ailleurs, ne fut plus crédule que le ir siècle. Tout le monde admettait les miracles les plus absurdes; la mythologie courante, ayant perdu son sens primitif, atteignait les dernières limites de l'ineptie. La somme de sacrifices que le christianisme demandait à la raison était moindre que celle que supposait le paganisme. Se convertir au christianisme n'était donc pas un acte de crédulité ; c'était presque un acte de bon

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sens relatif. Môme au point de vue du rationaliste, le christianisme pouvait être envisagé comme un progrès ; ce fut l'homme religieusement éclairé qui Tadopta. Le fidèle aux anciens dieux fut le paganu8^, le paysan, toujours réfractaire au progrès, en arrière de son siècle ; comme un jour, au xx* siècle peut-être, les derniers chrétiens seront & leur tour appelés pagani^ « des ruraux ».

Sur deux points essentiels, le culte des idoles et les sacrifices sanglants, le christianisme répondait aux idées les plus avancées du temps, comme l'on dirait aujourd'hui, et faisait une sorte de jonction avec le stoïcisme *• L'absence d'images, qui valait au culte chrétien, de la part du peuple, l'accusation d'athéisme', plaisait aux bons esprits*, révoltés par l'idolâtrie officielle '. Les sacrifices sanglants impli'^ quaient aussi les idées les plus oQensantes pour la

4. Voir BulL délia oommis$ionê arch. eomunale di Roma, oct.-déc. 1877, p. 244 et suiv.

î. Cf. Bernays, Die heraklilischen Briefe (Berlin, 4869) p. 35-26, 30-37, 60. Saint Justin avait probablement lu les fhnsse» lettres d'Heraclite. Bernays, op. ciL, p. 36-36.

3. Judœa gens conlumelia numinum insignis, Pline, //. IV., XIII, 4 (9).

4. Voir Strabon, XVI, u, 35, 36. Cf. lellre apocryphe de Marc- Aurèle, à la suite de saint Justin.

6. Comme comble de sollise, voir Sénèque, Pragm., 36 (édit. Haase).

divinité ^ Les esséniens, les elkasaltes, les ébionites, les chrétiens de toute secte, héritiers en cela des anciens prophètes*, eurent sur ce point un admirable sentiment du progrès'. La chair se vit exclue même du festin pascal ^. Ainsi fut fondé le culte pun Le côté inférieur de la religion, ce sont les pratiques qui sont censées opérer d'elles-mêmes. Jésus, par le rôle qu'on lui a prêté, sinon par son fait personnel, a marqué la M des pratiques. Pourquoi parler de sacrifices? Celui de Jésus vaut tous les autres. De pâque? Jésus est le vrai agneau pascal. De la Thora? L'exemple de Jésus vaut beaucoup mieux*. Cest par ce raisonnement que saint Paul a détruit la Loi, que le protestantisme a tué le catholicisme. La foi en Jésus a ainsi tout remplacé. Les excès mêmes du christianisme ont été le principe de sa force ; par ce dogme que Jésus a tout fait pour la justification de son fidèle, les œuvres ont été frappées d'inutilité, tout culte autre que la foi a été découragé.

\ . Lucien, De sacri/iciis ; Théophraste, De pietate, edil. Bernays (Berlin, 4866); Galien, De usu part.. III, 40 (t. III, p. $37). Cf. De monarchia, attribuée Justin, % 4; Ciém. d'Alex., Strom,, V, 44; Eusèbe, Prœp. evang., XIII, 43 (fti^ iï 60t ^t« WXouc ^Mftio; «»v ).

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