‹ Histoire des origines de ChristianismeChapitre 43 sur 364 · Voir lei Avôlrei, p. 355 et suiv · texte numérisé non relu

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58 ORIGINES DD CHRI8TIAMSHB. [Ad 163)

nioQ, d'associalioQ, de la presse. A la distance où nous sommes, nous voyons bien que Marc-Aurèle, en étant plus complètement libéral, eiti. été plus sage. Peut-^tre le christianisme, laissé libre, eût-il développé d'une façon moins désastreuse le principe tbéocratique et absolu qui était en lui. Maison ne saurait reprocher à un homme d'État de n'avoir pas provoqué une révolution radicale en prévision des événements qui doivent arriver plusieurs siècles après lui. Tiajan, Adrien, Marc-Aurèle ne pouvaient connaître des principes d'histoire générale et d'économie politique qui n'ont été aperçus qu'au xix' siècle et que nos dernières révolutions pouvaient seules révéler. En tout cas, dans l'application, la mansuétude du bon empereur fut à l'abri de tout reproche*. On n'a pas, h. cet égard, le droit d'être plus difTicile que Tertullien, qui fut, dans son enfance et sa jeunesse, le témoin oculaire de celte lutte funeste. « Consultez vos annales, dit-il aux magistrats romains, vous y verrez que les princes qui ont sévi contre nous sont de ceux qu'on tient è. honneur d'avoir eus pour persécuteurs. Au contraire, de tous les princes qui

i exagéré le nombre des victimes, àiita xirà cupùit xil f!S|ir,T«. Origène, Contre Celse, 111, 8. Les Acl«â de cilé sonl sans valeur liisUirique. Voir Aube, HiBl. de» . 439 ei suiv.

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ont -connu les lois divines et humaines, nommez-en un seul qui ait persécuté les chrétiens. Nous pouvons même en citer un qui s'est déclaré leur protecteur, le sage Marc-Aurèle. S'il ne révoqua pas ouvertement les édits contre nos frères, il en détruisit l'elTet par les peines sévères qu'il établit contre leurs accusateurs * . » Le torrent de l'admiration universelle entraîna les chrétiens eux-mêmes. « Grand et bon », tels sont les deux mots par lesquels un chrétien du m* siècle * résume le caractère de ce doux persécuteur.

Il faut se rappeler que l'empire romain était dix ou douze fois grand comme la France, et que la responsabilité de l'empereur, dans les jugements qui se rendaient en province, était très faible. Il faut se ra4)peler surtout que le christianisme ne réclamait pas simplement la liberté des cultes : tous les cultes qui toléraient les autres étaient fort à l'aise dans l'empire; ce qui fit au christianisme et d'abord au judaïsme une situation à part, c'est leur intolérance, leur esprit

4. Apol., 5. Gomp. Eus., Y, v, 5 et suiv. — Les textes qui sembleDt supposer un édit spécial de persécution émané de Maro- Âurèle (Sulp. Sév., II, 46) sont sans autorité. Ce que dit Terlullieo des peines contre les délateurs est confirmé par Eus., H, E., y, XXI, 3, bien que Tertullien l'emprunte à un document apocryphe, à la lettre censée écrite par Marc-Aurèle après le miracle de la prétendue Légion Fulminante. Voir ci-après, p. 277.

5. Carm, siô,, XII, 487 et suiv. L'^aAdç rt pi^ac ^s. Comp. Oroee, YH, 45.

m OBIGINBS DO CUnjSTlANISHE. r^n ISS)

d'exclusion. La liberté de penser était absolue. De Nérou à Constantin, pas un penseur, pas un gavant ne fut troublé dans ses rcciierches.

La loi était persécutrice ; mais le peuple l'était encore plus. Les mauvais bruits répandus par les juifs et entretenus par des missionnaires haineux, sorte de commis-voyageurs de la calomnie', indisposaient les esprits les plus modérés et les plus sincères. Le peuple tenait à ses superstitions, s'irritait contre ceux qui les attaquaient par le sarcasme. Même des gens éclairés, tels que Gelée et Apulée, croient que l'afTaiblissement politique du temps vient des progrès de l'incrédulité à la religion nationale. La position des chrétiens était celle d'un missionnaire protestant établi dans une ville très catholique d'Espagne et prêchant contre les saints, la Vierge et les processions. Les plus tristes épisodes de la persécution sous Marc-Aurèle vinrent de la haine du peuple. A chaque famine, à chaque inondation, & chaque e, le cri : « Les chrétiens au lion ! n retentisme une menace sombre*. Jamais règne n'avait

Un, ^po^/, 49; £Kal., <0, 17, 408, 117. Cr.Tertullien, [, U; Adv. Marc, lU, !3; Adv. Jud., 13, ti; Syaadaorum fonlei perteculionwn, Scorp., 10; BuBèbe, m, 1-S.

lullien, Apol., 40. Cf. Origèoe, In Matth. comm. ier„ lu, Ddarue, IQ, p. 8K7.

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VU autant de calamités; on croyait les dieux irrités; on redoublait de dévotion; on fît appel aux actes expiatoires ^ L'attitude des chrétiens, au milieu de tout cela, restait obstinément dédaigneuse, ou même provocatrice. Souvent ils accueillaient Tarrét de condamnation par des insultes au juge*. Devant un temple, une idole, ils soufflaient comme pour repousser une chose impure, ou faisaient le signe de la croix'. Il n'était pas rare de voir un chrétien s'arrêter devant une statue de Jupiter ou d'Apollon, l'interpeller, la frapper du bâton, en disant : « Eh bien, voyez, votre Dieu ne se venge pas! » La tentation était forte alors d'arrêter le sacrilège, de le crucifier et de lui dire : « Et ton Dieu se venge-t-il* ? » Les philosophes épicuriens n'étaient pas moins hostiles aux superstitions vulgaires, et cependant on ne les persécutait pas. Jamais on ne vit forcer un philosophe à sacrifier, à jurer par l'empereur, à porter des flambeaux *. Le

4. Capilolin, Ant. Phil., 43; Verus, 8; Kulrope, ViH, 48. Cf. Tertallien, Ad nat,, 1, 9.

t. a Quam pulchrum spectaculum Deo, quum cbrislianus... triumphator et victor, ipsi qui adversum se sententiam dixit insaltatl » Minucius Pelix, 37. « Vos estis de judicibus ipsis judicaturi. » Terlullien, Ad mort,, %.

3. Tertullien, Ad ux.. H, 5; De idoL. U ; Lettre de Julien, dans Y Hermès, 4875, p. 259.

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