Tertullien, Apol
SS ORIGINES DD CHRISTIANISME. [An tez)
philosophe eût coDsenli à ces vaines formalités, et cela suffisait pour qu'on ne les lui demandât pas.
Tous lespasteurs, tous les hommes graves détournaient les fidèles d'aller s'offrir eux-mêmes au martyre' ; mais on ne pouvait commander à un fanatisme qui voyait dans la condamnation le plus beau des triomphes et dans les supplices une manière de volupté. En Asie, cette soif de la mort était confagieuse et produisait des phénomènes analogues h ceux qui, plus tard, se développèrent sur une. grande échelle chez les circoncel lions d'Afrique. Un jour le proconsul d'Asie, Arrius Antoninus*, ayant ordonné de rigoureuses poursuites contre quelques chrétiens, vit tous les fidèles de la ville se présenter en masse h. la barre de son tribunal, réclamant le sort de leurs coreligionnaires élus pour le martyre ; Arrius Antoninus, furieux, en fil conduire un petit nombre au supplice et renvoya les autres en leur disant : o Allez-vousen, misérables ! Si vous tenez tant à mourir, vous avez des précipices, vous avez des cordes'. »
Quand, au sein d'un grand État, une faction a
l. Voir, par exemple, Cléra. d'Alex., Strom., IV, 9, 10. NoIbï ut le passage très sensé d'Héracléon, cilé par Clément. Mé^ î8 de M. Le Blanl, Acad. des inscr., t. XXVIII, 1 ™ et S* partie. , Vers l'an i8iou485. Waddington, Fastes, p. !39-a4(. . Tertullien, Ad Scap., 5. Comp. Acles do saint Cyprieo, et 5 {Acia sine., p. S17).
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des intérêts opposés h ceux de tout le reste, la haine est inévitable. Or les chrétienâ désiraient, au fond, que tout allât pour le plus mal. Loin de faire cause commune avec les bons citoyens et de chercher à conjurer les dangers de la patrie, les chrétiens en triomphaient. Les montanistes, la Phrygie tout entière, allaient jusqu'à la folie dans leurs haineuses prophéties contre l'empire. On pouvait se croire revenu aux temps de la grande Apocalypse de 69. Ces sortes de prophéties étaient un crime prévu par la loi * ; la société romaine sentait instinctivement qu'elle s'affaiblissait; elle n'entrevoyait que vaguement les causes de cet affaiblissement; elle s'en prenait, non sans quelque raison, au christianisme. Elle se figurait qu'un retour aux anciens dieux ramènerait la fortune. Ces dieux avaient fait la grandeur de Rome ; on les supposait irrités des blasphèmes des chrétiens. Le procédé pour les apaiser n'était-il pas de tuer les chrétiens? Sans doute ceux-ci ne s'interdisaient pas les railleries sur l'inanité des sacrifices et des moyens qu'on employait pour conjurer les fléaux. Qu'on se figure, en Angleterre, un libertin éclatant de rire en public un jour de jeûne et de prière ordonné par la reine !
D'atroces calomnies, des railleries sanglantes,