‹ Histoire des origines de ChristianismeChapitre 50 sur 364 · Apulée, Afétam., XI, Î · texte numérisé non relu

Apulée, Afétam., XI, Î

%. Do Rossi, Piante iconografiche e prospeltiche di Roma (Homa, 1879), p. 46 et suiv. Lo mur de douane de Marc-Aurèle détermina la périphérie du mur d*Au rélien, c'est-à-dire de Tenceinte actuelle.

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exclusivement la langue de l'Église ; la liturgie, la prédication, la propagande se faisaient en grec*.

Anicet présidait l'Eglise avec une haute autorité. On le consultait de tout le monde chrétien. On admettait pleinement que l'Eglise de Rome avait été fondée par Pierre ; on croyait que cet apôtre avait transmis à son Eglise la primauté dont Jésus l'avait revêtu ; on appliquait à cette Église les fortes paroles par lesquelles on croyait que Jésus avait conféré à Céphas la place de pierre angulaire dans l'édifice qu'il voulait bâtir. Par un tour de force sans égal, l'Église de Rome avait réussi à rester en même temps l'Église de Paul. Pierre et Paul réconciliés, voilà le chef-d'œuvre qui fondait la suprématie ecclésiastique de Rome dans l'avenir. Une nouvelle dualité mythique remplaçait celle de Romulus et de Rémus. Nous avons déjà vu la question de la pâque, les luttes du gnostîcisme, celles de Justin et de Tatien aboutir à Rome. Toutes les controverses qui déchireront la conscience chrétienne vont suivre la même voie ; jusqu'à Constantin, les dissidents viendront demander à l'Eglise de Rome un arbitrage, sinon une solution. Les docteurs célèbres regardent comme un

4. De Rossi, Boliettino, 4865, p. 52. Au milieu du up siècle, es inscriptions sépulcrales des papes à la Gatacombe de saint Calliste sont en gréa

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devoir de visiter, pour leur instruction, celte Eglise, à laquelle, depuis la disparition de la première Eglise de Jérusalem, tous reconnaissent le prestige de l'ancienneté ^

Parmi les Orientaux qui vinrent à Rome soua Anicet, il faut placer un juif converti nommé Joseph ou Hégésippe, originaire sans doute de Palestine*. U avait reçu une éducation rabbinique soignée, savait l'hébreu et le syriaque, était très versé dans les traditions non écrites des juifs ; mais la critique lui man<^ quait* Comme la plupart des juifs convertis, il se ser« vait de l'Évangile des Hébreux. Le 2èle pour la pureté de la foi le porta aux longs voyages et à une sorte d'apostolat. 11 allait d'Église en Église, conférant avec les évêques, s'informant de leur foi, dressant la succession de pasteurs par laquelle ils se rattachaient aux apôtres. L'accord dogmatique qu'il trouva entre les évêques le remplit de joie. Toutes ces petites Églises des bords de la Méditerranée orientale se développaient avec une entente parfaite. A Corinthe, en particulier, Hégésippe fut singulièrement consolé par ses entretiens avec l'évéque Primus et avec les

4. Eù$4{{uvo; th i^x^^^^"^^^^ ^««{Aouttv ixxXTioiav {i%h. Paroles ^'Origèoe, dans Eusèbe, VI, xiv, 40.

9. Eusèbe, H. E,y IV, 22 ; saint Jérôme, D^ niriè UL, "kt Chron. d'Alex.^ p. 262, édit. Du Gaoge.

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fidèles qu'il trouva dans la direcLion la plus orthodoxe. Il s'embarqua de là pour Rome, ou il se mit en rapport avec Anicet et marqua soigneusement l'état de la tradition ^ Anicet avait pour diacre Ëleuthère, qui devait être plus tard évêque de Rome à son tour. Hégésippe, quoique judaïsant et même ébionite, se plaisait dans ces Églises de Paul, et il y avaitd'autant plusde mérite que son esprit était subtil et porté à voir partout des hérésies*, u Dans chaque succession d'évêques, dans chaque ville, dit-il, les choses se passent ainsi que l'ordonnent la Loi, les Prophètes et le Seigneur'. » Il se fixa & Rome comme Justin et y resta plus de vingt ans, fort respecte

4 . ài'i'i-i' (Eus., IT, XXII, 3 ; cf. S) ; c'est b [orl qu'on Bubstilae SiarpiSni, qui ne va pas aveciU^t.

5. Etienne Gobar, cité par Photius (cod. ccsxxn), semble prétendre que Hégësippe contredisait direcienent et arguait d'erreur le passage de saint Paul, 1 Cor., ii, 9- Si cela était vrai, on ne concevrait pasqu'Eusèbe et l'i tradition ecclésiastique n'eussent pas anathématisé Hégésipiie. Or Eusèbe le place parmi les dérenseurs de la vérité contre les hérétiques (IV, vu, 1d; viii, t ; cf. Sazom., I, 1). Si Pau! était un héréliquo aux yeux d'il ".-ésippe, comment expliquer la théorie de ce même Hégéeippo sui l'Ëglise vierge de tonte hérésie jusqu'aux gnosliqursT Comn-ent, d'ailleurs, dans ses voyagea, est-il en une si parfaite communion avec des Églises dont plusieurs évidemment révéraient Paul T E( à Rome, où Ilégé- «ppe vécut vingt ans en pleine harmonie avec l'Église, le culte ''"Pau! n'étail-il pas devenu inséparable de celui do PierreT M

]rait avoir l'endroit visé par Gobar pour bien juger. 3. Bnsèbe, H. £., IV, B, 14, SI.

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de tous, malgré la surprise que son christianisme oriental et la bizarrerie de son esprit devaient exciter. Comme Papias, il faisait, au milieu des rapides transformations de TËglise, l'effet d*un « homme ancien », d'une sorte de survivant de Tàge apostolique^

Une cause matérielle contribuait beaucoup h la prééminence que toutes les Eglises reconnaissaient à rËglise de Rome. Cette Église était extrêmement riche; ses biens, habilement administrés, servaient de fonds de secours et de propagande aux autres Églises Les confesseurs condamnés aux mines recevaient d'elle un subside'. Le trésor commun du christianisme était en quelque sorte à Rome. La collecte du dimanche, pratique constante dans l'Église romaine, était déjà probablement établie. Un merveilleux esprit de direction animait cette petite communauté, où la Judée, la Grèce et le Latium semblaient avoir confondu, en vue d'un prodigieux avenir, leurs dons les plus divers. Pendant que le monothéisme juif fournissait la base inébranlable de la formation nouvelle, que la Grèce continuait par le gnosticismo

4. Àpxoûoç Tt dirnp k%\ divo<yToXt)to$. Etienne Gobar, L c. Cf. saint Jérôme, l, c.

2. Denys de Gorinthe, dans Eus., IV, xxiii, 0-10; notez la ïx- Qexion d'Eusèbe. Comp. Denys d'Alexandrie, dans Eus., VII, v, 2; saint Basile, EpisL, 70 (220).

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son œuvre de libre spéculation, Rome s'attachait, ave« une suite qui étonne, à l'œuvre d'organisation et de gouvernement. Toutes les autorités, tous les artifices lui étaient bons pour cela. La politique ne recule pas devant la /'raude ; or la politique avait déjà élu domicile dans les conseils les plus secrets de l'Église de Rome. Il se produisit, vers ce temps, une veine nouvelle de littérature apocryphe, par laquelle la piété romaine chercha une fois de plus à s'imposer au monde chrétien.

Le nom de Clément fut le garant fictif que choisirent les faussaires pour servir de couverture à leurs pieux desseins. La grande réputation qu'avait laissée le vieux pasteur romain, le droit qu'on lui reconnaissait de donner en quelque sorte son apostille aux livres qui méritaient de circuler, le recommandaient pour ce rôle^ Sur la base des Cerygmata et des Periodi de Pierre*, un auteur inconnu, né païen et entré dans le christianisme par la porte esséno-ébionite, bâtit un roman dont Clément fut censé à la fois l'auteur et le héros. Ce précieux écrit, intitulé les

4. LinuS) autre successear de Pierre, ou du moins supposé lel, fut aussi pris pour garant d*actes apocryphes des apôtres. DibL max. Palrum, Lugd., Il, p. 67 et suiv.

2. Recognitiones, I, Î7-7J-, IV-VI. Notez surtout III, 75. Voir l'Église chrétienne, ch. xtil

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Heconnaisscmces^ j h cause des surprises du dénouement, nous est parvenu dans deux rédactions assez différentes l'une de Tautre, et dont probablement ni l'une ni l'autre n'est primitive *• Toutes deux paraissent provenir d'un écrit perdu % qui fit, vers le temps 011 nous sommes*, sa première apparition.

L'auteur part de l'hypothèse que Clément fut le successeur immédiat de Pierre dans la présidence de l'Église de Rome et reçut du prince des apôtres l'ordination épiscopale. De même que les Cerygmata étaient dédiés à Jacques, de même le nouveau roman porte en tête une épitre où Clément fait part à Jacques, « évêque des évêques et chef de la sainte Église des Hébreux à Jérusalem », de la mort violente de Pierre, et raconte comment cet apôtre, le

t. L'une n'existe que dans la traduction latine de RuGn ; ce sont les Recogniiiones (ÂvocYvtt^ofxot), divisées en dix livres. L'autre, conservée en grec, est divisée en vingt entretiens ou homélies. Les Recognittanes paraissent postérieures aux Homélies. L'auteur des Recogntttones avait sous les yeux le truite de Bardesane De fato. Voir Merx, Bardesanes, p. 88 et suîv; Hilgenfeld, Bardesanes, p. 433 et suiv. Voir ci-après, p. 439 et suiv.

3. Cet écrit perdu était probablement Fautre rédaction des Recogniiiones dont parle Rufln (Prœf. ad Gaudent.). Cf. Lipsius, Die Quellen der rœm, Peirussage; p. 43 et suiv.; Lagarde, Recogn. syr,, Leipzig, 4864.

4. Irénée (III, m, 3) parait avoir connu le livre, peut^tre sans l'admettre entièrement. Origène le possédait

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premier de tous, le vrai compagnon, le vrai ami de Jé5U3, constitué par Jésus base unique de l'Église, l'a établi, lui Clément, comme son successeur dans l'épiscopat de Rome, et lui a recommandé d'écrire en abrégé et d'adresser è. Jacques le récit de leurs voyages et de leurs prédications en commun'. L'ouvrage ne parle pas du séjour de Pierre h Rome ni des circonstances de sa mort. Ces derniers récits formaient sans doute le fond d'un second ouvrage qui servait de suite à celui qui nous a été conservé*. L'esprit ébionite, hostile h Paul, qui faisait le fond des premiers Cerygmala', est ici fort efTacé. Paul n'est pas nommé dans tout l'ouvrage. Ce n'est sûrement pas sans raison que l'auteur alTecte de ne connaître en fait d'apôtres que les douze présidés par Pierre et Jacques, et qu'il attribue à Pierre seul l'honneur d'avoir répandu le christianisme dans le monde païen. En une foule d'endroits, les injures des judéo-chrétiens se laissent encore entrevoir ; mais tout est dit à demi-mot ; un disciple de Paul

i. Lettre de Clément à Jacques, on tto du roman. On joignit ft cette leUre, comme introduction du roman, la leUre de Pierre i ''".ques et la Diamaylyria du Jacques, qui se trouvaient en (été ) anciens Cerygmata.

t. Epist. Ciem. ad Jac, 19.

3. Voir l'Égliae chrétienne, p. 324 et suiv.;E.We8terburg, Der tpnmg der Sage daa Seneca c/irùtgewetm tei (Berlin, iiSi),

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pouvait presque lire le livre sans être choqué. Peu à peu, en effet, cette histoire calomnieuse des luttes apostoliques, inventée par une école haineuse, mais qui avait des parties faites pour plaire à tous les chrétiens, perdit sa couleur sectaire, devint presque catholique et se fit adopter de la plupart des fidèles. Les allusions contre saint Paul étaient devenues assez obscures. Simon le Magicien restait chargé de tout Todieux du récit; on oubliait les allusions que son nom avait servi à voiler; on ne voyait plus en lui qu*un dédoublement de Néron dans le rôle infernal de l'Antéchrist ^

L'ouvrage est composé selon toutes les règles du roman antique. Rien n'y manque : voyages, épisodes d'amour, naufrages, jumeaux qui se ressemblent, gens pris par les pirates, reconnaissances de personnes qu'une longue série d'aventures avaient séparées. Clément, par suite d'une confusion qui se produisit dès une époque fort ancienne*, est considéré comme appartenant à la famille impériale ^ Mattidie, sa mère, est une dame romaine parfaitement chaste, mariée au noble Faustus. Poursuivie d'un amour cri-

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