Ibid
104 ORIGINES DD CHRISTIANISME. [An lU]
Justin avait pris pour base de son apologie un sentiment bien plus large. 11 avait rêvé une conciliation des dogmes chrétiens et de la philosophie grecque. C'était là cerlainement une grande illusion. Il ne fallait pas beaucoup d'efforts pour voir que la philosophie grecque, essentiellement rationnelle, et la foi nouvelle, procédant du surnaturel, étaient deux ennemies, dont l'une devait rester sur le carreau. La méthode apologétique de saint Justin est étroite et périlleuse pour la foi. Tatien le sent, et c'est sur les ruines mêmes de la philosophie grecque qu'il cherche à élever l'édifie? du christianisme. Comme son maître, Tatien possédait une érudition grecque étendue; comme lui, il n'avait aucune critique et mêlait de la façon la plus arbitraire t'authentique et l'apocryphe, ce qu'il savait et ce qu'il ne savait pas. Tatien est un esprit sombre, lourd, violent, plein de colère contre la civilisation et contre la philosophie grecque, à laquelle il préfère hautement l'Orient, ce qu'il appelle la philosophie barbare '. Une érudition de chétif aloi,
1 , i> ««Ta pap&ipwc «iXoAOv&i Tsnav»;. Adv. Gr., 4!. tfo^ti ), 30, 31, 3S. DanB JuHtin et dans Tatien, ce < sigoiGe OrJentsI, par opposition aux Grecs
Justio, ApoL I, 46; Clém. d'Alex., Strom., 'atien n'écrit les mots do t juifs n, de - chré-
>, Quand il coinpwa le discoure contra les ttait cependant toute ta Bible, § 36.
rànl(H] MARG-ÂURÈLE. 106
comme celle que losèphe avait déployée dans son ouvrage contre Apion, vient ici à son aide^ Moïse est, selon lui, bien plus ancien qu'Homère*. Les Grecs n'ont rien inventé par eux-mêmes ; ils ont tout appris des autres peuples, notamment des Orientaux*. Ils n'ont excellé que dans l'art d'écrire* ; pour le fond des idées, ils sont inférieurs aux autres nations*. Les grammairiens sont la cause de tout le mal * ; ce sont eux qui, par leurs mensonges, ont embelli l'erreur et créé cette réputation usurpée qui est le principal obslacle au triomphe de la vérité. Les écrivains assyriens, phéniciens, égyptiens ', voilà les vraies autorites!
Loin d'améliorer qui que ce soit, la philosophie grecque n'a pas su préserver ses adeptes des plus grands crimes. Diogène était intempérant; Platon,