Justin, ApoL Hj
flÛ ORIGINES DU GORISTIANISME. (An 104]
La manie des explications détnonologiques est poussée chez Tatien jusqu'au comble de Tabsurdité. Parmi tous les apologistes, c'est le plus dénué d'es* prit philosophique. Mais sa vigoureuse attaque contre le paganisme lui fit beaucoup pardonner. Le discours contre les Grecs fut fort loué*, même par des hommes qui, comme Clément d'Alexandrie, étaient loin d'avoir de la haine contre la Grèce ; l'érudition charlatanesque que Fauteur avait mise dans son ouvrage fit école. iElius Aristide semble y faire allusion, quand, prenant exactement le contre-pied de la pensée de notre auteur, il présente les Juifs comme une triste race qui n'a rien créé, étrangère aux belles-lettres et à la philosophie, ne sachant que dénigrer les gloires helléniques, ne s'arrogeant le nom de « philosophes » que par un renversement complet du sens des mots*.
Les pesan'ls paradoxes de Tatien contre la civilisation ancienne devaient néanmoins triompher. Cette civilisation avait eu, en effet, Un grand tort, c'était de négliger Téducation intellectuelle du peuple. Le peuple, privé d'instruction primaire, se trouva livré à toutes les surprises de l'ignorance et crut toutes
4. Clém. d'Alex., Strom., I, 24 ; Origène, Contre Celsê, I, 46; Eusèbe, IV, xxix, 7; saint Jérôme, De virik iU., Î9. 2. iElius Aristide, Opp,, II, p. 402 et suiv.,- Dindorf.
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les chimères qu'on lui dit avec assurance et con* viction.
En ce qui concerne Talien, le bon sens eut, du moins, sa revanche. Ce Lamennais du ii® siècle suivit, à beaucoup d*égards, la ligne du Lamennais de notre ten;ips. L'exagération d'esprit et l'espèce de sauvagerie qui nous choquent dans son Discours, le jetèrent hors de l'Eglise orthodoxe. Ces apologistes à outrance deviennent presque toujours des embar-* ras pour la cause qu'ils ont dérendue.
Déjà, dans le discours contre les Grecs, Tatien est médiocrement orthodoxe. Comme Apelîe, il croit que Dieu, absolu en soi, produit le Verbe, qui crée la matière et produit le monde *. Comme Justin % il professe que l'âme est un agrégat d'éléments ; que, par son essence, elle est mortelle et ténébreuse ; que c'est uniquement par son union avec l'Esprit Saint qu'elle devient lumineuse et immortelle*. Puis son caractère fanatique le jeta dans les excès d'un rigorisme conixe nature. Par le genre de ses erreurs et par son style, à la fois spirituel et grossier, Tatien devait être le prototype de Tertullien. 11 écrivait avec l'abondance et l'entraînement d'un esprit sincère,