‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 105 sur 1128 · V. Stobée, Florilegium, ch. lxii. lxxvii. lxxwi ni suiv · texte numérisé non relu

V. Stobée, Florilegium, ch. lxii. lxxvii. lxxwi ni suiv

labié est bieu plus dégagé de toute chaîne ; il est ici-bas un exilé; que lui importe le maître passager de cette terre, qui n'est pas sa patrie? La liberté Dour lui, c'est la vérité*. Jésus ne savait pas assez l'histoire pour comprendre combien une telle doctrine venait juste à son point, au moment où finissait la liberté républicaine et où les petites constitutions municipales de l'antiquité expiraient dans l'unité de l'empire romain. Mais son bon sens admirable et l'instinct vraiment prophétique qu'il avait de sa mission le guidèrent ici avec une merveilleuse sûreté. Par ce mot : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à, Dieu, » il a créé quelque chose d'étranger à la politique, un refuge pour les âmes au milieu de l'empire de la force brutale. Assurément, une telle doctrine avait ses dangers. Établir en principe que le signe pour reconnaître le pouvoir légitime est de regarder la monnaie, proclamer que ; l'homme parfait paye l'impôt par dédain et sans discuter, c'était détruire la république à la façon ancienne et favoriser toutes les tyrannies. Le christianisme, en ce sens, a beaucoup contribué à affaiblir le sentiment des devoirs du citoyen et à livrer le monde au pouvoir absolu des faits accomplis. Mais,

t. Jean, viu, 32 et sui»

Vk VIE DE JESUS.

^n conslHuant uiie iimneûse association libre, qui, I duraut troJs cents ans, sut se passer de politique, le -f christianisme compensa amplement le tort qu'il a fait ■ aux vertus civiles. Grâce à lui, le pouvoir de l'Etat a I été borné aux choses de la terre ; l'esprit a été affran- \ chi, ou du moins le faisceau terrible de l'omnipotence romaine a été brisé pour jamais.

L'homme surtout préoccupé des devoirs de la vie -iSublique ne pardonne pas aux autres hommes de * mettre quelque chose au-dessus de ses querelles de paru. Il blâme ceux qui subordonnent aux questions sociales les questions politiques et professent pour 'œlles-ci une sorte d'indifférence. Il a raison en un sens, car toute direction qui s'exerce à l'exclusion : des autres est préjudiciable au bon gouvernement des choses humaines. Mais quel progrès les partis ; ont-ils fait faire à la moralité générale de notre es- 3 pèce? Si Jésus, au lieu de fonder son royaume cél^este, était parti pour Rome, s'était usé h. conspirer -^ ? contre Tibère, ou à regretter Germanicus, que serait^ ' devenu lejnonde? Républicain austère, patriote zélé, il n'eût pas arrête le grand courant des affaires de son siècle, taadis qu'en déclarant la politique msignifaajite, il^ révélé au rooade cette .vérite que la patrie n'est pas tout, et que l'homme est antérieur et supérieur au citoyen. c ' *>t }**' ^

■ Nos principes de science positive sont blessés de la part de rêves que renfermait le programme de Jésus. Nous savons l'histoire de la terre; une révolution comme celle qu'attendait Jésus ne se produit que par des causes géologiques ou astronomiques, dont on n'a jamais constaté le lien avec les * choses morales. Mais, pour être "juste envers les

1 grands créateurs, il ne faut pas s'arrêter aux préju-

gés qu'ils ont pu partager. Colomb a découvert l'Amérique en partant d'idées très-fausses; Newton croyait sa folle explication de l'Apocalypse aussi certaine que sa théorie de la gravitation. Mettra-I^on tel homme médiocre de notre temps au-dessus d'un François d'Assise, d'un saint Bernard, d'une Jeanne d'Arc, d'un Luther, parce qu'il est exempt des erreurs que ces derniers ont professées? Voudrait-on mesurer les hommes à la rectitude de leurs idées en physique et à la connaissance plus ou moins exacte qu'ils possèdent du vrai système du monde? Comprenons mieux la position de Jésus et ce qui fit sa , forceî Le déisme du xviii' siècle et un certain pro- ' testantisme nous ont habitués à ne considérer le fon- •^ ^ I dateur de la foi chrétienne que comme un grand ^ 4L "^'z moraliste, un bienfaiteur de l'humanité.) Nous ne ~f J Sj voyons plus dans l'Évangile que de bonnes maxi- -i^ "v mes; nous jetons un voile prudent sur l'étrange éUt

VIE DE JESUS

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intellectuel où il est né. Il y a des personnes qui regrettent aussi que la révolution française soit sortie plus d'une fois des principes et qu'elle n'ait pas été faite par des hommes sages et modérés. N'imposons pas nos petits programmes de bourgeois sensés à ces mouvements extraordinaires si fort au-dessus de ^i i notre taille. Continuons d'admirer la « morale deT^i >:*» .^ l'Evangile »; supprimons dans nos instructions reli- aay^L -t*^

gieuses la chimère qui en fut l'âme; mais ne croyons pas qu'avec les simples idées de bonheur ou de moralité individuelle on remue le monde. L'idée de Jésus fut bien plus profonde ; ce fut l'idée la plus révolutionnaire qui soit jamais éclose dans un cerveau humain; l'historien doit la prendre dans son ensemble, " /^fc et non avec ces suppressions timides qui en retran- 1 ç^ WjLchent justement ce qui l'a rendue efficace pour lal'^'^i^^'"^ régénération de l'humanité.

Au fond, l'idéal est toujours une utopie. Quand nous voulons aujourd'hui représenter le Christ de la conscience moderne, le consolateur, le juge des temps nouveaux, que faisons -nous? Ce que fit Jésus luimême il y a 1830 ans. Nous supposons les conditions du monde réel tout autres qu'elles ne sont; nous peignons un libérateur moral brisant sans armes les fers du nègre, améliorant la condition du prolétaire, délivrant les nations opprimées. Nous oublions

que cela suppose le monde renversé, le climat de la Virginie et celui du Congo modifiés, le sang et ,a race de millions d'hommes changés, nos com^ plications sociales ramenées à une simplicité chimérique, les stratifications politiques de 1 Europe derlgées de leur ordre naturel. La « réforme de toutes choses^ « voulue par Jésus n était pas plus difficile. Cette terre nouvelle, ce ciel nouveau, cette Jérusalem nouvelle qui descend du ciel, ce en : .. Voilà que je refais tout à neuf ! » sont les traits communs des réformateurs. Toujours le contraste de ridéal avec la triste réalité produira dans 1 humanité ces révoltes contre la froide raison que les esprits «médiocres taxent de folie, jusqu'au jour ou elles triomphent et où ceux qui les ont combattues sont les premiers à en reconnaître la haute raison.

Qu'il y eût une contrav:::otion entre le dogme d une fin prochaine du monde et la morale habituelle de Jésus, conçue en vue d'un état .^abie de l'humanité, assez analogue h celui qui existe en efiet, c es^ ce qu'on n'essayera pas de nier^ Ce fut justemenl

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