II Cor., XI
[An 57]
S' armant de raccusation de folie que ses adversaires élevaient contre lui, il accepte pour un moment ce rôle qu'on lui prête, et, sous le masque d'une ironie oratoire, il fait le fou pour lancer à la face de ses adversaires les plus hardies vérités ^
« Je suis fou , c'est convenu ; eh bien , supportez un moment ma foHe. Vous êtes des sages, cela doit vous rendre indulgents pour les fous. Et puis, vous montrez tant de tolérance pour des gens qui vous mettent en servitude, qui vous mangent, qui soutirent votre argent, et qui, après cela, tout bouffis d'orgueil, vous frappent au visage. Allons, puisqu'il est de mode de chanter sa propre gloire, chantons la nôtre. Tout ce qu'ils peuvent dire en ce genre de folie, je le peux dire comme eux. lis sont Hébreux; moi aussi, je le suis. Ils sont Israélites; moi aussi, je le suis. Ils sont de la race d'Abraham; moi aussi, j'en suis. Ils sont ministres de Christ (ah ! pour le coup, je vais parler en insensé!), je suis bien plus. Plus qu'eux j'ai accompli de travaux ; plus qu'eux j'ai été en prison ; plus qu'eux j'ai subi de coups; plus souvent qu'eux j'ai affronté la mort. Les juifs m'ont appliqué cinq fois leurs trente -neuf coups de fouet; trois fois j'ai été bâtonné ; une fois j'ai été lapidé; trois fois j'ai fait naufrage ; j'ai passé un jour et une nuit dans la mer. Voyages sans nombre, dangers au passage des fleuves , dangers des voleurs , dangers de la part des
4. II Cor., XI, 1 et suiv. Une traduction littérale de ce morceau serait inintelligible. On a cherché à en rendre exactement la pensée et le mouvement.
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450 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 57J
juifs, dangers de la part des gentils, dangers dans les villes, dangers dans le désert , dangers sur mer, dangers de la part des faux frères; labeurs, fatigues, veilles innombrables, faim, soif, jeûnes, froid, nudité, j'ai tout souffert. Et en dehors de ces accidents, rappellerai-je mes tracasseries quotidiennes, le souci de toutes les Églises ? Qui est infirme sans que je sois infirme? Qui est* scandalisé sans que je sente le feu en moi?... Je pourrais me glorifier de mes visions, de mes révélations'... Mais je ne veux me glorifier que dé mes faiblesses,... car c'est dans nos faiblesses que se montre le mieux la force de Christ. C'est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les injures, les nécessités, les persécutions, les angoisses pour Christ, car c'est, quand je suis faible selon la chair que je suis fort en
Christ.
« Vraiment , je viens de faire l'insensé ; vous m'y avez
forcé. J'en aurais été dispensé, si vous aviez bien voulu vous
charger de mon apologie auprès de ceux qui m'attaquent.
Je ne suis rien ; mais je ne le cède en rien aux archiapô-
très. Les signes de l'apôtre, miracles, prodiges, actes de
puissance surnaturelle , je vous en ai rendus témoins, sans
que ma patience se soit jamais lassée. Qu'avez-vous donc à
envier aux autres Églises, si ce n'est que je ne vous ai pas
importunés de mes besoins? Pardonnez-moi cette injustice-
à. Voici la troisième fois que je vous annonce ma prochaine
arrivée -. Cette fois-ci encore, je ne vous importunerai pas;