Slrabon,X, iv, 3 ; Ptolemee, IH, xmi, 3- aujo
lAnCO] SAINT PAUL. ^»
connaissaient ces régions promettaient un bon mouillage. Un jour qu'il faisait une brise du sud, on crut le moment favorable. On leva l'ancre et l'on fit des bordées le long du flanc de l'île , jusqu'au cap Littinos ; puis on cingla vers Phœnix. •
L'équipage et les passagers se croyaient au bout de leurs peines, quand tout à coup un de ces ouragans subits venant de l'est, que les marins de la Méditerranée appellent euraguilon S vint s abattre sur l'île. Le navire fut bientôt hors d'état de tenir tète à l'orage; on le laissa fuir sous le vent. On passa près d'une petite île, nommée Claude ' ; on se mit un Lment à l'abri de cette île et l'on profita du court répit obtenu de la sorte pour remonter à grand peme la chaloupe, qui à chaque moment risquait de se briser. Alors on prit les précautions en vue d un naufrage que tous tenaient pour inévitable. On blinda la
,e PO. des SphaUotes. Voir f^;'^;:^;;^ :^ et sa carte; Smith, Sh.pwreck. p. M W rr II 259- Conybeare et Howson, II, p. 331 et suiv.
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Gaudo, ou Gaudonesi, ou Gozzo. Ne pas près de Malte.
552 ORIGINES DO CHRISTIANISME. lAn 60|
coque du navire avec des câbles', on plia les vergues, et on s'abandonna au vent. Le second jour, la tempête était toujours aussi forte ; on voulut alléger le navire; on jeta par-dessus bord tout le chargement. ■ Le troisième jour, on se débarrassa des meubles et ustensiles qui n'étaient pas nécessaires à la manœuvre. Les jours suivants furent affreux ; on ne vit pas un moment le soleil; on n'aperçut pas une seule étoile; on ne savait où l'on allait. Ailleurs semée d'îles , la Méditerranée présente entre la Sicile et Malte à l'ouest , le Péloponèse et la Crète à l'est, l'Italie méridionale et l'Épire au nord, la côte d'Afrique au sud, un grand carré de mer libre, où le vent se déchaîne sans obstacle et roule d'énormes tas de mer. C'était là ce que les anciens appelaient souvent l'Adriatique ^ L'opinion générale des gens du bord était que le navire courait sur les Syrtes de l'Afrique , où la perte des corps et des biens était certaine. Tout espoir semblait interdit; nul ne songeait à prendre de la nourriture ; il eût été d'ailleurs im-
i. Cf. Thucydide, 1, xxix, 8, et les dictionnaires grecs au mot 4ndCB|xa. Cf. Conybeare et Howson, II, 31 1 et suiv.
î. Ad., XXVII, 27; Jos., Vila,3; Hor., Od., I. m, 43; Ovide, Fastesjy, 501 ; Tristes, I, xi, 4; Ptolémée, Géogr., III, xv, 2; VIII, IX, 2; XII, 2; Pausanias, ▼, xxv, 3; Procope, Bell. Vand., l,a;Deœdif.. IV, 1.
[An eo]
possible d'en préparer. Paul seul gardait son assurance. Il était convaincu qu'il verrait Rome et qu'il comparaîtrait devant le tribunal de l'empereur. Il encourageait l'équipage et les passagers; il disa.it même, à ce qu'il paraît, qu'une vision lui avait révélé que personne ne périrait, Dieu lui ayant accordé la vie de tous, malgré la faute qu'on avait faite en quittant les Bons -Ports contre son avis.
La quatorzième nuit, en effet, depuis le. départ de ce port, vers le milieu de la nuit, les matelots crurent reconnaître la terre. On jette la sonde, on trouve vingt brasses ; un peu après, on trouve quinze brasses. On crut qu'on allait donner sur des récifs; à l'instant quati-e ancres sont jetées de la poupe ' ; on amarre les gouvernails, c'est-à-dire les deux larges pagaies qui sortaient des deux côtés du gaillard d'arrière * ;
1. Smith, Shipwreck, p. 92 et suiv. ; Conybeare et Howson, H,
2 Voir les représentations de navires si nombreuses sur les monuments figurés de l'antiquité, en particulier dans les peintures d-Herculanum, dans le Virgile du Vatican. Consulter, par exemple, Dicl. de l'Acad. des bea,ca:-arls. H, p. 337 ; Jal, Gloss. nautique aux mots barea duorum thimonorum, barre du goimr- ,L'. gouvernail ;V;. Smith, Dictionary of greek and roman antiguities, article navis; Martin et Cahier, .Met. d'areheol.W, pi r B Graser, De veterum re navali (Berlin, 1864), tab. iv et v;'le même, Die Gemmen des kœn. Muséum zu Berlin mit Darstellungen anliker Schiffe (Berlin, 1867), pi. i et ii.
5j^ Or.lGlNES DT3 CHRISTIANISME. [An 0^
le navire s'arrête; on attend le jour avec anxiété. Les matelots alors, profitant de leur habileté dans a
n^anœuvre, voulurent se sauver aux ^epensd s passagers. Sous prétexte de jeter les ancres d ava^, ils dirent la chaloupe à flot, et cherchèrent a s y pcer. Mais le centurion et les soldats, avertis, dit-on par Paul * de cette conduite déloyale, s'y opposeren . Les soldats coupèrent les amarres qui -ten-en Ua chaloupe, et la laissèrent aller à la derwe Pau ,
cependant , donnait de bonnes paroles à tous , asLait que nul n'aurait . souffrir en son corps Pendant ces crises de la vie maritime, l'existence est comme suspendue ; quand elles sont finies on s aperçoit qu'on est sale et qu'on a faim. Depuis quatorze jours presque personne n'avait pris de nourriture ioit par suite de l'émotion, soit par suit du ma
de mer. Paul, en attendant le jour, conseilla a tous
de manger, afin de se donner des forces en vue de
sa manœuvre qui restait . accomplir. Il donna 1^
même l'exemple, et, en juif pieux, rompit le pam, lelon l'usage, après une prière d'action de grâces
qu'il fit ostensiblement devant tous. Les passagers Ltèrent. et reprirent un peu de cœur. On allégea
,. Le narrateur cède à la tentation bien naturelle dV.agérer l'importance du rôle de Paul.
LAn CO]
encore le navire, en jetant à la mer tout le blé qui
restait.
Le jour parut enfin, et on vit la terre; elle était
déserte ; personne ne reconnut le pays oii l'on était. On avait devant soi une baie, ayant pour fond une plage de sable. On résolut d'échouer sur le sable. Le vent portait de ce côté. On coupa donc les câbles des ancres, qu'on laissa perdre dans la mer; on lâcha les amarres des gouvernails; on hissa la voile de misaines qu'on offrit au vent, et on gouverna vers la plage. Le navire tomba sur une langue de terre battue des deux côtés par la mer, et s'y échoua. La proue s'enfonça dans le sable et resta immobile; la poupe, au contraire, battue par la lame, talonnait et se disloquait à chaque coup de mer. Les sauvetages dans ces conditions sont assez faciles sur les côtes de la Méditerranée, parce que la marée y est peu considérable. Le navire échoué crée un abri, et il est aisé d'établir un va-et-vient. Mais l'état de
, sur le vrai sens d-àj.>»v, voir Henri Etienne Freund, Jal au. «ots .M-- arter.0., arUmon, etc. Voir -s. es monna^ de Commode, du type «.7,5 de Cohen md. ^,nv. I, P • ' ^ ;';
, I n «se • Convbeare et Howson, I, p. 56 , u, p. i»i ' . Glou. mut., I, p. 236 Cony ^^ ^ ^^^ ^^^^^ .
r:;;r:u:^ ^oi:;:; de n^mises monnaies d'Adrien, de Î:cir;rus%e commode, de •av;>eaeGadare,^aran un beaupré ou une hampe de drapeau. Comp. Graser, l. c; W. Sm>lh, l. c.
ti5"
prisonniers où étaient beaucoup de passagers aggravait la situation ; ils pouvaient se sauver à la nage et échapper à leurs gardiens ; les soldats proposaient de les tuer. L'honnête Julius repoussa cette idée barbare. Il ordonna à ceux qui savaient nager de se jeter les premiers à l'eau et de gagner la terre, pour aider au sauvetage des autres. Ceux qui ne savaient point nager s'échappèrent sur des planches et des épaves de toute sorte ; personne ne périt.
On apprit bientôt qu'on était à Malte *. L'île, depuis longtemps soumise aux Romains et déjà lort latinisée, était riche et prospère ^ Les habitants se montrèrent humains, et allumèrent un grand feu pour les malheureux naufragés. Ceux-ci, en eflet, étaient transis de froid, et la pluie continuait de tomber par torrents. Un incident très-simple, grossi par l'imagination des disciples de Paul, eut lieu alors'. En prenant une poignée de broussailles, pour la je-
,, La cala di san Paolo à Malle (voir la carte de l'amirauté anglaise, 1863) répond bien au récit des Actes, l-''-'^ ^''^''J"»neua ou Gzeier serait le .o«; S.eaX««,. \o.r SmUh, p. 91 et suiv.;ConybeareetHowson,lI, p.331etsu.v.
• Cicéron, In Verrem, II, iv, 46; D.od. de S.c, V, xii, -et *,
.11 -c-. c;rns Ualipus XIV, 2o4 ; Cor». ïKSC. Ovide. fas<es, m, o6r, isiliUS itaucus, Ai», * i /-
gr., n' 5754; Henzen, n» 61 Î4. Les inscriptions de Malle sont puniques, grecques et latines.