Matth., XI, 25; Luc, x
-7, Matth., X, 42; xviii, 5, 14; More, ix, 3C; Luc, xvii, 2.
le plus grand; celui qui est humble comme ce petit est le plus grand dans le royaume du ciel * . »
C'était l'enfance, en effet, dans sa divine spontanéité, dans ses naïfs éblouissements de joie, qui prenait possession de la terre. Tous croyaient à chaque instant que le royaume tant désiré allait poindre. Chacun s'y voyait déjà assis sur un trône * à côté du maître. On s'y partageait les places ' ; on cherchait à supputer les jours. Cela s'appelait « la bonne nouvelle » ; la doctrine n'avait pas d'autre nom. Un vieux mot , paradis y que l'hébreu , comme toutes les langues de l'Orient , avait emprunté à la Perse, et qui désigna d'abord les parcs des rois achéménides, résumait le rêve de tous : un jardin délicieux où l'on continuerait à jamais la vie charmante que Ton menait ici-bas*. Combien dura cet enivrement? On l'ignore. Nul, pendant le cours de cette magique apparition, ne mesura plus le temps qu'on ne mesure un rêve. La durée fut suspendue ; une semaine fut comme un siècle. Mais , qu'il ait rempli des années ou des mois , le rêve fut si beau que l'humanité en
VIE DE JÉSUS
a vécu depuis, et que notre consolation est encore d'en recueillir le parfum affaibli. Jamais tant de joie ne souleva la poitrine de l'homme. Un moment, dans cet effort, le plus vigoureux qu'elle ait fait pour s'élever au-dessus de sa planète , l'humanité oublia le poids de plomb qui l'attache à la terre, et les tristesses de la vie d'ici-bas. Heureux qui a pu voir de ses yeux cette éclosion divine, et partager, ne fût-ce qu'un jour, cette illusion sans pareille ! Mais plus heureux encore, nous dirait Jésus, celui qui, dégagé de toute illusion , reproduirait en lui-même l'apparition céle'ste, et, sans rêve millénaire, sans paradis chimérique, sans signes dans le ciel, par la droiture de sa volonté et la poésie de son âme, saurait de nouveau créer en son cœur le vrai royaume de Dieu!