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CHAPITRE XIII

PREHIBftES TENTATIVES SUR JÉRUSALEM.

Jésus, presque tous les ans, allait à Jérusalem pour la fête de Pâque. Le détail de chacun de ces voyages est peu connu ; car les synoptiques n'en parlent pas S et les notes du quatrième Évangile sont

4. Ils les supposent cependant obscurément. Ils connaissent aussi bien que le quatrième Évangile la relation de Jésus avec Joseph d'Arimathie. Luc même (x, 38-42) connaît la famille de Béthanie. Luc a un sentiment vague du système du quatrième Évangile sur les voyages de Jésus. En effet, l'itinéraire de Jésus dans cet Évangile, depuis ix, 51 , jusqu'à xviii, 34 , est si bizarre, qu'on est porté à supposer que Luc a fondu dans ces chapitres les incidents de plusieurs voyages. La scène des morceaux, x, 25 et suiv.; X, 38 et suiv.;xi, 29 et suiv.; xi, 37etsuiv.;xii, \ etsuiv., XIII, 40 et suiv.; xiii , 31 et suiv.; xiv, 1 et suiv.; xv, 1 et suiv., semble être Jérusalem ou les environs. L'embarras de cette partie du récit paraît venir de ce que Luc renferme de force ses matériaux dans le cadre synoptique, dont il n'ose pas s'écarter. La plupart des discours contre les pharisiens et les sadducéens, tenus selon les synoptiques en Galilée , n'ont guère de .sens qu'à Jérusalem. Enfin , le laps de temps que les synoptiques permettent de placer entre l'entrée de Jésus à Jérusalem et la Passion, bien qu'il

ici très-confuses*. C'est, à ce qu'il semble, Tan 31, et certainement après la mort de Jean, qu'eut lieu le plus important des séjours de Jésus aans la capitale. Plusieurs des disciples le suivaient. Quoique Jésus attachât dès lors peu de valeur au pèlerinage, il s'y prêtait pour ne pas blesser l'opinion juive, avec laquelle il n'avait pas encore rompu. Ces voyages, d'ailleurs, étaient essentiels à son dessein ; car il sentait déjà que, pour jouer un rôle de premier ordre, il fallait sortir de Galilée , et attaquer le judaïsme dans sa place forte, qui était Jérusalem.

La petite communauté galiléenne était ici fort dépuisse nller à quelques semaines (Matth., xxvi, 55; Marc, xiv, 49 ), est insuffisant pour expliquer tout ce qui dut se passer entre l'arrivée de Jésus dans cette ville et sa mort. Les passages Matth., xxiii, 37 et Luc, xiii, 34, semblent prouver la même thèse ; mais on peut dire que c'est là une citation, comme Matth., xxiii, 34, se rapportant en général aux efforts que Dieu a faits par ses prophètes pour sauver le peuple.

1. Deux pèlerinages sont clairement indiqués (Jean, ii, 13 et V, 4), sans parler du dernier voyage (vu, 10), après lequel Jésus ne retourne plus en Galilée. Le premier avait eu lieu \)endant que Jean baptisait encore. Il coïnciderait, par conséquent avec la Pâque de l'an 29. Mais les circonstances données comme appartenant à ce voyage sont d'une époque plus avancée (comp. surtout Jean, II, 14 et suiv., et Matth., xxi, 12-13; Marc, xi, 15-17; Lus xix, 45-46). n y a évidemment des transpositions de dates Jans les crémiers chapitres du quatrième Évangile, ou plutôt Fauteur a mêlé les circonstances de divers voyages.

yiE DE JÉSUS.

paysée. Jérusalem était alors à peu près ce qu elle est aujourd'hui, une ville de pédantisme, d'acrimonie, de disputes, de haine, de petitesse d'esprit. Le fanatisme y était extrême ; les séditions religieuses renaissaient tous les jours . Les pharisiens dominaient ; l'étude de la Loi , poussée aux plus insignifiantes minuties, réduite à des questions de casuiste, était l'unique étude. Cette culture exclusivement théologique et canonique ne contribuait en rien h polir les esprits. C'était quelque chose d'analogue à la doctrine stérile du faquih musulman, à cette science creuse qui s'agite autour d'une mosquée, grande dépense de temps et de dialectique faite en pure perte et sans que la bonne discipline de l'esprit en profite. L'éducation théologique du clergé moderne, quoique très-sèclie, ne peut donner aucune idée de cela • car la Renaissance a introduit dans tous nos enseignements, même les plus rebelles, une part de belles-lettres et de bonne méthode, qui fait que la scolastique a pris plus ou moins une teinte d'humanités. La science du docteur juif, du sofer ou scribe, était purement barbare, absurde sans compensation, dénuée dejout élément morale Pour comble de

1 . On en i)eut juger par le Talmud, écho d« la scolastique juive de ce temps.

'ii

ili "

VIE DE JÉSUS

malheur, elle remplissait celui qui s'était fatigué à. racquérir d'un ridicule orgueil. Fier du prétendu savoir qui lui avait coûté tant de peine, le scribe juif avait pour la culture grecque le même dédain que le savant musulman a de nos jours pour la civilisation européenne, et que le théologien catholique de la vieille école a pour le savoir des gens du monde. Le propre de ces cultures scolastiques est de fermer l'esprit à tout ce qui est délicat, de ne laisser d'estime que pour les difficiles enfantillages où l'on a usé sa vie et qu'on envisage comme l'occupation naturelle des personnes faisant profession de gravité*. Ce monde odieux ne pouvait manquer de peser fort lourdement sur l'âme tendre et la conscience droite des Israélites du Nord. Le mépris des Hiérosolymites pour les Galiléens rendait la séparation encore 'plus profonde. Dans ce beau temple, objet de tous leurs désirs, ils ne trouvaient souvent que l'avanie.

! Un verset du psaume des pèlerins*, « J'ai choisi de

me tenir à la porte dans la maison de mon Dieu, »

i ? semblait fait exprès pour eux. Un sacerdoce dédai-

'S vgneux souriait de leur naïve dévotion, à. peu près

-^ comme autrefois en Italie le clergé, familiarisé avec

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