Jos., AîU,, XX, V, 4 ; B. J., Il, xii, 3; Vila
VIE DE JÉSUS
pelaient ce puits « le puits de Jacob » ; c'était probablement celui-là même qui s'appelle encore maintenant Bir-Iakoub. Les disciples entrèrent dans la vallée et allèrent à la ville acheter des provisions; Jésus s'assit sur le bord du puits, ayant en face de lui le Garizim.
Il était environ midi. Une femme de Sichem vint puiser de l'eau. Jésus lui demanda à boire, ce qui excita chez cette femme un grand étonnement, les Juifs s'interdisant d'ordinaire tout commerce avec les Samaritains. Gagnée par l'entretien de Jésus, la femme reconnut en lui un prophète, et, s'attendant à des reproches sur son culte, elle prit les devants : « Seigneur, dit-elle, nos pères ont adoré sur cette montagne , tandis que , vous autres , vous dites que c'est à Jérusalem qu'il faut adorer. — Femme, croismoi, lui répondit Jésus, l'heure est venue où l'on n'adorera plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem/ mais où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité*. »
1. Jean iv, 21-23. Il ne faut pas trop insister sur la réalité historique d'une telle conversation, puisque Jésus ou son interlocutrice auraient seuls pu la raconter. Mais l'anecdote du chapitre iv de Jean représonte certainement une des pensées les plus intimes de Jésus, et la plupart des circonstances du récit ont un cachet rappanfc de vérité. Le v. 22, qui exprime une pensée opposée à
Le jour où il prononça cette parole, il fut vraiment fils de Dieu. Il dit pour la première fois le mot sur lequel reposera Tédifice de la religion éternelle. Il fonda le culte pur, sans date, sans patrie, celui que pratiqueront toutes les âmes élevées jusqu'à la fin des temps. Non-seulement sa religion, ce jour-là, fut la bonne religion de l'humanité , ce fut la religion absolue; et si d'autres planètes ont des habitants doués de raison et de moralité, leur religion ne peut être différente de celle que Jésus a proclamée près du puits de Jacob. L'homme n'a pu s'y tenir; car on n'atteint l'idéal qu'un moment. Le mot de Jésus a été un éclair dans une nuit obscure; il a fallu dixhuit cents ans pour que les yeux de l'humanité (que dis-je ! d'une portion infiniment petite de l'humanité) s'y soient habitués. Mais l'éclair deviendra le plein jour, et, après avoir parcouru tous les cercles d'erreurs, l'humanité reviendra à ce mot-là, comme à l'expression immortelle de sa foi et de ses espéyances.
celle des versets 21 et 23, paraît une gauche addition de Tévangéliste effrayé de la hardiesse du mot qu'il rapporte. Cette circonstance, ainsi que la faiblesse de tout le reste du morceau, ne contribue pas peu à faire penser aue le mot des versets 21 e* 23 est bien de Jésus.
GUAPITRE XV.
COMMENCEMENT DE LA LÉGENDE DE JÉSUS. — IDÉE QD'IL a LCI-MÊMB DE SON RÔLE SURNATUBEL»
Jésus rentra en Galilée ayant complètement perdu sa foi juive, et en pleine ardeur révoliitionnaire. Ses /
meesmaintenant s'expriment avec une netteté parfaite. Les innocents aphorismes de son premier âge prophétique, en partie empruntés aux rabbis antérieurs, les belles prédications morales de sa seconde période aboutissent à une politique décidée. La Loi sera abolie; c'est lui qui l'abolira *j Le Messie est
1. Les hésitations des disciples immédiats de Jésus, dont une fraction considérable resta attachée au judaïsme, soulevèrent contre cette interprétation de graves difficultés. Mais le procès de Jésus ne laisse place à aucun doute. Nous verrons qu'il fut traité par le J^ o*-*!?sanhédrin comme « séducteur ». Le Talmud donne la procédure £^^^ x-^ïU^^tw suivie contre lui comme un exemple de celle qu'on doit suivre contrôles « séducteurs », qui cherchent à renverser la loi de Moïse. (Talm. de Jérus , Sanhédrin^ xiv, 16; Talm. de Bab., Sanhédrin, 43 fl, 67 a). Comp. Act., vi, 13-14.
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ORjlGllNES DU CHRISTIANISME.
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I venu; c'est lui qui l'est^. Le royaume de Dieu va / bientôt se révéler; c'est par lui qu'il se révélera. Il \ sait bien qu'il sera victime de sa hardiesse ; mais le royaume de Dieu ne peut être conquis sans violence; vi/^'est par des crises et des déchirements qu'il doit ""^J^^ s'établir-. Le Fils de l'homme, après sa mort, vieny^^ . ^dra avec gloire , accompagné de légions d'anges, et y^^y^ ceux qui l'auront repoussé seront confondus. ^^ J^ k L'audace d'une telle conception ne doit pas nous surprendre. Jésus s'envisageait depuis longtemps avec Dieu sur le pied d'un fils avec son père. Ce qui chez d'autres serait un orgueil insupportable ne doit pas chez lui être traité d'attentat.
Le titre de « fils de David » fut le premier qu'il accepta * , probablement sans tremper dans les fraudes innocentes par lesquelles on chercha à le lui assurer. La famille de David était, h ce qu'il semble, éteinte depuis longtemps* ; ni les Asmonéens, d'ori-
4. Le pro.î^rcs dos affirmations de Jésus à cet égard so voit bien, si Ton compare Matth., xvi, 13 et suiv.; Marc, i, 24, 23, 34; viii, 27 et suiv., xiv, 61 ; Luc, ix, 18 et suiv.