FORME PÉFINITIVE DES IDÉES DE JÉSUS SDR LE ROYAUME DE DIEU
Nous supposons que cette dernière phase de l'activité de Jésus dura environ dix-huit mois, depuis son retour du pèlerina-ge pour la Pâque de l'an 31 jusqu'à son voyage pour la fête des Tabernacles de l'an 32 ^ Dans cet espace de temps, la pensée de
4. Jean, v, 4 ; vu, 2. Bans le système de Jean, la vie publique de Jésus semble durer deux ou trois ans. Les synoptiques n'ont à cet égard aucune désignation précise, bien que leur intention paraisse être de grouper tous les faits dans le cadre d'une année. Comparez Topinion analogue des valentiniens, dans Irénée, Adv. hœr., I, m, 3; II, xxii, 4 et suiv., et celle de l'auteur des Homélies pseudo-clémentines, xvii, 49. Si, comme il semble, Jésus est mort l'an 33, on obtient, d'après Luc, m, 4, une durée de cinq ans. En tout cas, Pilate ayant été destitué avant Pâques de l'an 36, la durée de la vie publique ne peut avoir été de plus de sept ans. Le malentendu à ce sujet vient sans doute de ce que le commencement de la vie publique ne fut pas un fait aussi tranché au'on le suppose d'ordinaire.
Jésus ne s'enrichit d'aucun élément nouveau; maïs
tout ce qui était en lui se développa et se produisit
\vec un degré toujours croissant de puissance et
d'audace.
^ Ç 3^ L'idée fondamentale de Jésus fut, dès son premier
\ \rr^ ^*^'^^^' l'établissement du royaume de Dieu. Mais ce
jy^ ^rj royaume de Dieu, ainsi que nous lavons déjà dit,
Jésus paraît l'avoir entendu dans des sens trèsdivers./Par moments, on le prendrait pour un chef démocratique , voulant tout simplement le règne des pauvres et des déshérités.ND'autres fois, le royaume de Dieu est l'accomplissement littéral des visions apocalyptiques relatives au Messie. Souvent, enfin, le royaume de Dieu est le royaume des âmes, et la délivrance prochaine est la délivrance par l'esprit. La révolution voulue par Jésus est alors celle qui a eu lieu en réalité, l'établissement d'un culte nouveau, plus pur que celui de Moïse. — Toutes ces pensées paraissent avoir existé à la fois dans la conscience de Jésus. La première, toutefois, celle d'une révolution temporelle, ne paraît pas l'avoir beaucoup arrêté. Jésus ne regarda jamais la terre, ni les richesses de la terre, ni le pouvoir matériel comme valant la peine qu'il s'en occupât. Il n'eut aucune ambition extérieure. Quelquefois, par uhe conséquence naturelle, sa grande importance religieuse était sur le point de
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VIE DE JÉSUS
se changer en importance sociale. Des gens venaient lui demander de se constituer juge et arbitre dans des questions d'intérêts. Jésus repoussait ces propositions avec fierté, presque comme des injures*. Plein de son idéal céleste, il ne sortit jamais de sa dédaigneuse pauvreté. Quant aux deux autres conceptions du royaume de Dieu, Jésus paraît toujours les avoir gardées simultanément. S'il n'eût été qu'un enthousiaste, égaré par les apocalypses dont se nourrissait l'imagination populaire, il fût resté un sectaire obscur, inférieur à ceux dont il suivait les idées. S'il n'eût été qu'un puritain, une sorte de Channing ou de « Vicaire savoyard » , il n'eût obtenu sans contredit aucun succès. Les deux parties de son système, ou, pour mieux dire, ses deux conceptions du royaume de Dieu se sont appuyées l'une l'autre, et cet appui réciproque a fait son incomparable succès. Les premiers chrétiens sont des visionnaires, s' agitant dans un cercle d'idées que nous qualifierions de rêveries; mais en même temps ce sont les héros de la guerre sociale qui a abouti h l'affranchissement de ^ la conscience et h l'étabHssement d'une religion d'où --^ V le culte pur, annoncé par le fondateur, finira à la %^ longue par sortir.