Matlh., X, 20; Jean, xiv, 46 et suiv., 20, xv, 26; xvi
Une ardeur étrange anime tous ces discours, qui peuvent être en partie la création dejlenthoit siasme des disciples \ mais qui, même en ce cas, vrennent" indirectement de Jésus, puisqu'un tel enthousiasme était son ouvrage. Jésus annonce à ceux qui veulent le suivre de grandes persécutions et la haine du genre humain. Il les envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ils seront flagellés dans les synagogues, traînés en prison. Le frère sera livré par son frère, le fils par son père. Quand on les persécute dans un pays, qu'ils fuient dans un autre. « Le disciple, disait-il, n'est pas plus que son maître, ni le serviteur plus que son patron. Ne craignez point ceux qui Ôtent la vie du corps, et qui ne peuvent rien sur l'âme. On a deux passereaux pour une obole, et cependant un de ces oiseaux ne tombe pas sans la permission de votre Père. Les cheveux de votre tête sont comptés. Ne craignez rien; vous valez beaucoup de passereaux». » - « Quiconque, disait-il encore, me confessera devant les hommes, je le reconnaîtrai devant mon Père; mais quiconque aura rougi dermoi devant les hommes, je le renierai devant les anges,
1 . Les traits Matth., x, 38 ; xvi, 24 ; Marc, viii, 34;Lwc. xiv,27, doivent avoir été conçus après la mort de Jésus. t. Matlh., X, 24-31 ; Luc, xii, 4-7.
VIE DE JÉSUS
quand je viendrai entouré de la gloire de mon Père, qui est aux cieux*. »
Dans ces accès de rigueur, il allait jusqu'à supprimer la chair. Ses exigences n'avaient plus de bornes. Méprisant les saines limites de la nature de rhomme, il voulait qu'on n'existât que pour lui, qu'on n'aimât que lui seul. « Si quelqu'un vient à moi, disait-il, et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple*. » — « Si quelqu'un ne renonce pas h tout ce qu'il possède, il ne peut être mon disciple ^ » Quelque chose de plus qu'humain et d'étrange se mêlait alors à ses paroles; c'était comme un feu dévorant la vie à sa racine, et réduisant tout h un affreux désert. Le sentiment âpre et triste de dégoût pour le monde, d'abnégation outrée, qui caractérise la perfection chrétienne, eut pour fondateur, non le fin et joyeux moraliste des premiers jours, mais le géant sombre qu'une sorte de pressentiment grandiose jetait de plus en plus hors de l'humaniti. On dirait que, dans ces moments de guerre contre les besoins les plus légitimes du cœur, il avait