‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 247 sur 1128 · Luc, XIV · texte numérisé non relu

Luc, XIV

VIE DE JÉSUS

32e ORIGINES DU CHRISTIANISME.

oublié le plaisir de vivre, d'aimer, de voir, de sentir. Dépassant toute mesure, il osait dire : « Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il renonce à lui-niêniè et me suive! Celui qui aime son père et sa mère plus que moi n'est pas digne de moi; celui qui aime son lils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi. Tenir à, la vie, c'est se perdre; sacrifier sa vie pour moi et pour la bonne nouvelle, c'est se sauver. Que sert à un homme de gagner le monde entier et de se perdre lui-même*? » Deux anecdotes, du genre de celles qu'il ne faut pas accepter comme Historiques, mais qui se proposent de rendre un trait de caractère en l'exagérant, peignaient bien ce défi jeté h la nature. Il dit à un homme : « Suis-niôi! — Seighèiir, lui répond cet homme, laisse-moi d'abord aller ensevelir mon père. » Jésus reprend : « Laisse les morts ensevelir leurs morts ; toi , va et annonce le règne de Dieu. » Un autre lui dit : « Je te suivrai , Seigneur, mais permets -moi auparavant d'aller mettre ordre aux affaires de ma maison. » Jésus lui répond : « Celui qui met la main à la charrue et regarde derrière lui n'est pas' fait pour le royaume de tiîeii*. » Une assurance extraordinaire, et parfois des accents

4. Matth., X, 37-39; xvi, 24-26; Marc, vïii, 34-37; Luc, ix, «3-25; XIV, 26-27; xvii, 33; Jean, xii, 25. t. Matth., VIII, 21-22; Luc, ix, 56-62.

de singùlîèt-e douceur, renversant tomes nos idées, faisaient passer ces exagérations. « Venez à moi, criait-il , vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous soulagerai. Prenez mon joug sur vos épaules apprenez de moi qiie je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes; car mon joug est doux, et mon fardeau léger*. »

Un grand danger résultait pour l'avenir de cette morale exaltée, exprimée datis un langage hyperbolique et d'une effrayante énergie. A force de détacher l'homme de la tetre, on brisait la vie. Le chrétien sera loué d'être mauvais fils, mauvais patriote, si c'est pour le Christ qu'il résiste à son père et combat I sa patrie, ta cité antique, la république, mère de tous, l'État, loi commune de tous, sont constitués en hostilité avec le royaume de Dieu. Un germe fatal de thédëratie est introduit dans le monde.

Une autre conséquence se laisse dès à présent entrevoir. Transportée dans un état calme et au sein d'une société rassurée sur sa propre durée, cette morale, faite pouî- un moment de crise, devait sembler impossible. L'Évangile était ainsi destiné à devenir pour les chrétiens une utopie, que bien peu s'mquiéteraient de réaliser. Ces foudroyantes maximes de-

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