Jean, .. U; Xix, 35; xx., M et suiv. Comp. la première
épitre de Jean, i, 3, 5.
ï. Quelques-uns de ces traits ne peuvent ayo.r une valeur •irieuse: i, 40; n. 6; .v, 5Î; v. 6, 19; vi, 9, <9; xx., 41.
INTHODCCTION.
LUI
ffere considérablement de celui des synoptiques. De l'autre, il met dans la bouche de Jésus des discours dont le ton, le style, les allures, les doctrines n'ont rien de commun avec les Logta rapportés par les synoptiques. Sous ce second rapport, la différence est telle, qu'il faut faire son choix d'une manière tranchée. Si Jésus parlait comme le veut Matthieu, il n'a pu parler comme le veut Jean. Entre les deux autorités, aucun critique n'a hésité, ni n'hésitera. A mille lieues du ton simple, désintéressé, impersonnel des synoptiques, l'Évangile de Jean montre sans cesse les préoccupations de l'apologiste, les arrièrepensées du sectaire, l'intention de prouver une thèse et de convaincre des adversaires*. Ce n'est pas par des tirades prétentieuses, lourdes, mal écrites, disant peu de chose au sens moral, que Jésus a fondé son œuvre divine. Quand même Papias ne nous apprendrait pas que Matthieu écrivit les sentences de Jésus dans leur langue originale, le naturel, l'ineffable vérité, le charme sans pareil des discours contenus dans 'les Évangiles synoptiques, le tour profondément hébraïque de ces discours, les analogies qu'ils
i. Voir, par exemple, chap. ix et xi. Remarquer surtout l'effet étrange que font des passages comme Jean, xix, 35; xx, 31 ; xxi, 20-23, 24-25, quand on se rappelle l'absence de louto réQexion qui distingue les synoptique».
VIE DE JÉSUS
INTRODUCTION
présentent avec les sentences des docteurs juifs du même temps, leur parfaite harmonie avec la nature de la Galilée, tous ces caractères, si on les rapproche de la gnose obscure, de la métaphysique contournée qui remplit les discours de Jean, parleraient assez haut. Gela ne veut pas dire qu'il n'y ait dans les discours de Jean d'admirables éclairs, des traits qui viennent vraiment de Jésus ^ Mais le ton mystique de ces discours ne répond en rien au caractère de l'éloquence de Jésus telle qu'on se la figure d'après les synoptiques. Un nouvel esprit a soufflé; la gnose est déjà commencée; l'ère galiléenne du royaume de Dieu est finie ; l'espérance de la prochaine venue du Ghrist s'éloigne; on entre dans les aridités de la métaphysique, dans les ténèbres du dogme abstrait. L'esprit de Jésus n'est pas là, et si le fils de Zébédée avait vraiment tracé ces pages , il faudrait supposer qu'il avait bien oublié en les écrivant le lac de Génésareth et les charmants entretiens qu'il avait entendus sur ses bords.
Une circonstance, d'ailleurs, qui prouve bien que les discours rapportés par le quatrième Evangile ne
4. Par exemple, iv, \ el suiv. ; xv, 12 et suiv. Plu'^ieurs mots rappelés par le quatrième Évangile se retrouvent dans les synoptiques (xii, 46; XV, 20 J.
sont pas des pièces historiques, mais qu'elles doivent être envisagées comme des compositions destinées à cou^^'rir de l'autorité de Jésus certaines doctrines chères au rédacteur, c'est leur parfaite harmonie avec l'état intellectuel de l'Asie Mineure au moment où elles furent écrites. L'Asie Mineure était alors le théâtre d'un étrange mouvement de philosophie syncrétique; tous les germes du gnosticisme y existaient déjà. Cérinthe, contemporain de Jean, disait qu'un éon nommé Ghristus s'était uni par le baptême à l'homme nommé Jésus, et l'avait quitté sur la croix*. Quelques-uns des disciples de Jean paraissent avoir bu à ces sources étrangères. Peut -on affirmer que l'apôtre lui-même ne subit pas de semblables influences ' , qu'il ne se passa pas chez lui quelque chose d'analogue au changement qui se fit dans saint Paul et dont l'épître aux Golossiens est le principal témoignage ' ? Non, sans doute. Il se peut qu'après les crises de l'an 68 ( date de l'Apocalypse ) et de l'an 70 (ruine de Jérusalem), le vieil apôtre,