‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 26 sur 1128 · Irénée, Adx). hœr., I, xxvi · texte numérisé non relu

Irénée, Adx). hœr., I, xxvi

2. L'expression de Logos (Apoc, xix, 43), et surtout celle d'Agneau de Dieu , communes au quatrième Évangile et à l'Apocalypse, en seraient des indices.

3. Comparez Col., i, 13 et suiv., aux épîtresauxThessalonicien*. les plus anciennes que nous ayons de Paul.

TTr^

VIE DE JÉSUS

h l'âme ardente et mobile, désabusé de la croyance à. une prochaine apparition du Fils de Thomme dans les nues , ait penché vers les idées qu'il trouvait autour de lui, et dont plusieurs s'amalgamaient assez bien avec certaines doctrines chrétiennes. En prêtant ces nouvelles idées à Jésus, il n'aurait fait que suivre un penchant bien naturel. Nos souvenirs se transforment avec tout le reste ; l'idéal d'une personne que nous avons connue change avec nous. Considérant Jésus comme l'incarnation de la vérité, Jean a bien pu lui attribuer ce qu'il était arrivé à prendre

pour la vérité.

Il est cependant beaucoup plus probable que Jean lui-même n'eut en cela aucune part, que le changement se fit autour de lui, et sans doute après sa mort, plutôt que par lui. La longue vieillesse de l'apôtre put se terminer par un état de faiblesse où il fut en quelque sorte à la merci de son entourage*. Un

il. A côté de lui, certaines traditions (Eusèbe, H. E., III, 39; placent dans ses derniers temps un homonyme, Presbyleros Joannes, qui semblerait quelquefois avoir tenu la plume pour lui et s'être substitué à lui. A cet égard, la suscription é irpe<j€6TCDoç des épîtres II et III de Jean , qui nous paraissent de la même main que rÉvangile et la première épître, donne bien à réfléchir. Cependant Vexistence de ce Presbyleros Joannes n'est pas suffisamment établie. Elle semble avoir été imaginée pour la commodité de ceux qui, par des scrupules d'orthodoxie, ne voulaient pas

secrétaire put profiter de cet état pour faire parler selon son style celui que tout le monde appelait par excellence « le Vieux », ô irpecêuTepoç. Certaines parties du quatrième Évangile ont été ajoutées après coup ; tel est le xxi' chapitre tout entier * , où l'auteur semble s'être proposé de rendre hommage à l'apôtre Pierre après sa mort et de répondre aux objections qu'on allait tirer ou qu'on tirait déjà de la mort de Jean lui-même (v. 21-23). Plusieurs autres endroits portent la trace de ratures et de corrections*. N'étant pas tenu de tous pour l'œuvre de Jean, le livre put bien demeurer cinquante ans obscur. Peu à peu on s'habitua à lui et on finit par l'accepter. Même avant qu'il fut devenu canonique, plusieurs

attribuer l'Apocalypse à Tapôtre (voir ci-dessous, p. 297, note 3). L'argument qu' Eusèbe tire en faveur de cette hypothèse d'un passage de Papias n'est pas décisif. Les mots ii ri IwàwYi; dans ce passage ont pu être interpolés. Dans ce cas, les mots irpeaCûrepoç twâvvYi;, sous la plume de Papias, désigneraient l'apôtre Jean luimême (Papias applique expressément le mot TcpeaCuripcç aux apôtres ; cf. ï Pétri , v, 4), et Irénée aurait raison contre Eusèbe en appelant Papias un disciple de Jean. Ce qui confirme cette supposition, c'est que Papias donne Presbyleros Joannes pour un disciple immédiat de Jésus.

4 . Les versets xx, 30-31 , forment évidemment l'ancienne conclusion.

2. IV, 2 (comp. III, 223 ; vu. 22. xii, 33 paraît de la même main que xxi, 49.

VIE DE JÉSUS

INTRODUCTION

LXXT

purent s'en servir comme d'un livre médiocrement autorisé, mais très-édifiant*. D'un autre côté, les contradictions qu'il offrait avec les Évangiles synoptiques, lesquels étaient bien plus répandus, empêchèrent longtemps de le faire entrer en ligne de compte dans la contexture de la vie de Jésus, telle qu'on se l'imaginait.

On s'explique ainsi la bizarre contradiction que présentent les écrits de Justin et les Homélies pseudoclémentines, où l'on trouve des traces de notre Évangile, mais oii certainement il n'est pas mis sur le même pied que les synoptiques. De là aussi ces espèces d'allusions, qui ne sont pas des citations franches, qu'on y fait jusque vers l'an 180. De là enfm cette particularité que le quatrième Evangile paraît émerger lentement des mouvements de l'Église d'Asie au if siècle, d'abord adopté par les gnostiques '' et n'obtenant dans l'Église orthodoxe qu'une

4. Ainsi, les valentiniens, qui Tacceptaient, et Fauteur des Homélies pseudo- clémentines s'écartent complètement de lui dans révaluation de la durée de la vie publique de Jésus. ( Irénée , Adv. hœr.. I, m, 3; II, xxii, 4 et suiv.; Ilomél. pseudo-clem.,

XVII, 19.) 2. Valentin,Ptolémée, Héracléon, Basilide, Apelle, les naassé-

niens, le^ pérates. (Irénée, Adv. hœr., I, viii, 5; III, xi, 7; Origène,

InJoann., Vï, 8, etc.; Epiph., Adv. hœr., xxxiii,3; voir surtout

les Philosophumena , livres VI et VIII. ) U reste douteux si, en

créance très -partielle, comme on le voit par la controverse de la Pâque, puis universellement reconnu. Je suis quelquefois porté à croire que c'est au quatrième Évangile que pensait Papias, quand il oppose aux renseignements exacts sur la vie de Jésus les longs discours et les préceptes étranges que d'autres lui prêtent*. Papias et le vieux parti judéo-chrétien devaient tenir dé telles nouveautés pour très -condamnables. Ce ne serait pas la seule fois qu'un livre d'abord hérétique aurait forcé les portes de l'ÉgUse orthodoxe et y serait devenu règle de foi.

Une chose au moins que je regarde comme très-probable, c'est que le livre fut écrit avant l'an 100, c'està-dire à une époque où les synoptiques n'avaient pas encore une pleine canonicité. Passé cette date, on ne concevrait plus que l'auteur se fût affranchi à ce point du cadre des « Mémoires apostoliques » . Pour Justin et, ce semble, pour Papias, le cadre synoptique constitue le plan vrai et unique de la vie de Jésus. Un faussaire écrivant vers l'an 120 ou 130 un Évangile de fantaisie se fût contenté de traiter à sa guise la version reçue, comme font les Évangiles apocryphes, et n'eût pas

prêtant des citations du quatrième Évangile à Basilide et à Valentin, les Pères n'ont pas attribué à ces fondateurs d'écoles les sentiments qui régnèrent après eux dans leurs écoles. 4. Dans Eusèbe, Hist, eccl.» III, 39.

„„, VIE DE JESDS.

bouleversé de fond en comble ce qu'on regardait comme les lignes essentielles de la vie de Jésus. Cela est si vrai que, dès la seconde moitié du II' siècle, ces contradictions deviennent une difficulté grave entre les mains des aloges et obligent les défenseurs du quatrième Évangile à imaginer des solutions fort embarrassées». Rien ne prouve que le rédacteur du quatrième Évangile eût, en écrivant, aucun des Évangiles synoptiques sous les yeux». Les frappantes ressemblances de son récit avec les trois autres Évangiles en ce qui touche la Passion portent à supposer qu'il y avait dès lors pour la Passion comme pour la Cène ' un récit h. peu près fixé, que

l'on savait par cœur.

Il est impossible , à distance , d'avoir le mot de tous ces problèmes singuliers, et sans doute bien des surprises nous seraient réservées, s'il nous était donné de pénétrer dans les secrets de cette mystérieuse école d'Ephèse, qui plus d'une fois paraît s'être complu aux voies obscures. Mais une expd-

«. Epiph., Adv. hœr.. li; Eus., Hist. eccl., 111, 24.

8. Les concordances entre Marc, ii, 9, et Jean, v, 8, 9 ; Marc, vi, 37, et Jean, vi, 7; Marc, xiv, 4, et Jean, xii, 5 ; Luc, xxiv, 4, S, 1î', et Jean, xx, i , 4, 5, 6 , quoique singulières, s'expliquent suf- Gsamment par des souvenir».

a. I Cor., XI, 23 et suiv.

INTRODUCTION. ixivii

rience capitale est celle-ci. Toute personne qui se mettra à écrire la vie de Jésus sans théorie arrêtée sur la valeur relative des Évangiles, se laissant uniquement guider par le sentiment du sujet, sera ramenée dans bien des cas à préférer la narration du quatrième Évangile à celle des synoptiques. Les derniers mois de la vie de Jésus en particulier ne s'expliquent que par cet Évangile ; plusieurs traits de la Passion, inintelligibles chez les synoptiques S reprennent dans le récit du quatrième Evangile la vraisemblance et la possibilité. Tout au contraire, j'ose défier qui que ce soit de composer une vie de Jésus qui ait un sens en tenant compte des discours que le prétendu Jean prête à Jésus. Cette façon de se prêcher et de se démontrer sans cesse, cette perpétuelle argumentation, celte mise en scène sans naïveté, ces longs raisonnements à la suite de chaque miracle, ces discours roides et gauches, dont le ton est si souvent faux et inégal», ne seraient pas soufferts par un homme de goût à côté des délicieuses sentences qui, selon les synoptiques, formaient l'âme de l'enseignement de Jésus. Ce sont ici évidemment

<. Par exemple, ce qui concerne l'annonce de la trahison do Jiidss

2. Voir, par exemple, n. 25; m. 32-3S, et les longues dispute» des chap. vu, viii, ix.

^li^

VIE DE JESUS

des pièces artificielles \ qui nous représentent les prédications de Tésus comme les dialogues de Platon nous rendent les entretiens de Socrate. Ce sont en quelque sorte les variations d'un musicien improvisant pour son compte sur un thème donné. Le thème, au cas dont il s'agit, peut n'être pas sans quelque authenticité; mais, dans l'exécution, la fantaisie de l'artiste se donne pleine carrière. On sent le procédé factice, la rhétorique, Tapprêt ^ Ajoutons que le vocabulaire de Jésus ne se retrouve pas dans les morceaux dont nous parlons. L'expression de « royaume de Dieu » , qui était si familière au maître % n'y figure qu'une seule fois *. En revanche, le style des discours prêtés à Jésus par le quatrième Évangile offre la plus complète analogie avec celui des parties narratives du même Évangile et avec celui de l'auteur des épîtres dites de Jean. On voit qu'en écrivant ces discours , l'auteur du quatrième Évangile suivait, non ses souvenirs, mais le mouvement assez monotone de sa propre pensée. Toute une nouvelle

< . Souvent on sent que l'auteur cherche des prétextes pour placer des discours (ch. m, v, viii, xiii et suiv.).

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