‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 30 sur 1128 · xxiii, 56; XXIV, 53; Act., i · texte numérisé non relu

xxiii, 56; XXIV, 53; Act., i

5. u, 21, 22, 39, 41, 42. C'est un trait ébionite. Cf. Ph%los(h

phumena, VIT, vi, 34.

INTRODUCTION

Lx&xvli

VIE DE JÉSUS

ébionite exalté , c'est-à-dire très-opposé à la propriété et persuadé que la revanche des pauvres va venir * ; il affectionne par-dessus tout les anecdotes mettant en relief la conversion des pécheurs, l'exaltation des humbles * ; il modifie souvent tes anciennes traditions pour leur donner ce tour*. Il admet dans ses premières pages des légendes sur l'enfance de Jésus, racontées avec ces longues amplifications, ces cantiques, ces procédés de convention qui forment le trait essentiel des Évangiles apocryphes. Enfin, il a dans le récit des derniers temps de Jésus quelques circonstances pleines d'un sentiment tendre et certains mots de Jésus d'une rare beauté*, qui ne se trouvent pas dans les récits plus authentiques, et où l'on sent le travail de la légende. Luc les empruntait probablement à un recueil plus

4. La parabole du riche et de Lazare. Voir aussi vi, 20 et suiv., 24 et suiv. (comp. les sentences bien plus modérées de Matthieu, V, 3 et suiv.); x, 7; xii, 43 et suiv.; xvi entier; xxii, 35; Actes, II, 44-45; V, 4 et suiv.

2. La femme qui oint les pieds, Zachée, le bon larron, la parabole du pharisien et du publicain , Tenfant prodigue.

3. Par exemple, la femme qui oint les pieds devient chez lui une pécheresse qui se convertit.

4. Jésus pleurant sur Jérusalem, la sueur de sa^g, la rencontre des saintes femmes, le bon larron, etc. Le mot aux femmes de Jérusalem (xxiii, 28-29) ne peut guère avoir été conçu qu'après le giége de l'an 70.

récent, où l'on visait surtout h. exciter des sentiments de piété.

Une grande réserve était naturellement commandée à l'égard d'un document de cette nature. Il eût été aussi peu critique de le négliger que de l'employer sans discernement. Luc a eu sous les yeux des originaux que nous n'avons plus. C'est moins un évangéliste qu'un biographe de Jésus, un « harmoniste » , un correcteur à la manière de Marcion et de Tatien. Mais c'est un biographe du premier siècle, un artiste divin qui, indépendamment des renseignements qu'il a puisés aux sources plus anciennes, nous montre le caractère du fondateur avec un bonheur de trait, une inspiration d'ensemble, un relief que n'ont pas les deux autres synoptiques. Son Évangile est celui dont la lecture a le plus de charme; car, à l'incomparable beauté du fond commun, il ajoute une part d'artifice et de composition qui augmente singulièrement l'efl'et du portrait, sans nuire gravement à sa vérité.

En somme , on peut dire que la rédaction synoptique a traversé trois degrés : 1^ l'état documentaire original (^oyia de Matthieu, T^exôevra ^ irpa^esyTa de Marc), premières rédactions qui n'existent plus; 2^ l'état de simple mélange , où les documents originaux sont amalgamés sans aucun effort de compo-

txxxv.lt VIE DE JÊS03.

Bition, sans qu'on voie percer aucune vue personnelle de la part des auteurs (Évangiles actuels de Matthieu et de Marc) ; 3° l'état de combinaison , de rédaction voulue et réfléchie, où l'on sent l'effort pour concilier les différentes versions ( Évangile de Luc, Évangiles de Marcion, de Tatien, etc.). L'Évangile de Jean, comme nous l'avons dit, forme une composition d'un autre ordre et tout h. fait à

part. ,

On remarquera que je n'ai fait nul usage des

Évangiles apocryphes. Ces compositions ne doivent être en aucune façon mises sur le môme pied que les Évangiles canoniques. Ce sont de plates et puériles amplifications, ayant le plus souvent les cano- . niques pour base et n'y ajoutant jamais rien qui ait du prix. Au contraire, j'ai été fort attentif à recueillir les- lambeaux, conservés par les Pères de l'Église, d'anciens Évangiles qui existèrent autrefois parallèlement aux canoniques et qui sont maintenant perdus, comme l'Évangile selon les Hébreux, l'Évangile selon les Égyptiens, les Évangiles dits de Justin, de Marcion, de Tatien ' . Les deux premiers sont surtout importants en ce qu'ils étaient rédigés en araméen comme

t. Pour plus de détails, voir Michel Nicolas, Études sur les Évangiles apocryphes ( Paris, Lévy , 1 866 ) .

INTRODUCTION

les Logia de Matthieu, qu'ils paraissent avoir constitué une variété de l'Évangile attribué à cet apôtre, et qu'ils furent l'Évangile des ébionim, c'est-à-dire de ces petites chrétientés de Batanée qui gardèrent l'usage du syro-chaldaïque, et qui paraissent à quelques égards avoir continué la ligne de Jésus. Mais il faut avouer que, dans l'état où ils nous sont arrivés, ces Évangiles sont inférieurs, pour l'autorité critique, à la rédaction de l'Évangile de Matthieu que

nous possédons.

On comprend maintenant, ce semble, le genre de valeur historique que j'attribue aux Évangiles. Ce ne sont ni des biographies à la façon de Suétone, ni des légendes fictives h la manière de Philostrate; ce sont des biographies légendaires. Je les rapprocherais volontiers des légendes de Saints, des Yies de Plotin , de Proclus, d'Isidore, et autres écrits du même genre, où la vérité historique et l'intention de présenter des modèles de vertu se combinent à des degrés divers. L'inexactitude, qui est un dos traits de toutes les compositions populaires , s'y fait particulièrement sentir. Supposons qu'il y a quinze ou vingt ans, trois ou quatre vieux soldats de l'Empire se fussent mis chacun de leur côté à écrire la vie de Napoléon avec leurs souvenirs. Il est clair que leurs récits offriraient de nombreuses erreurs, de fortes

xe

VIE DE JËSOS.

discordances. L'un d'eux mettrait Wagram avant Marengo ; l'autre écrirait sans hésiter que Napoléon chassa des Tuileries le gouvernement de Robespierre; un troisième omettrait des expéditions de la plus haute importance. Mais une chose résulterait certainement avec un haut degré de vérité de ces naïfs récits, c'est le caractère du héros, l'impression qu'il faisait autour de lui. En ce sens, de telles histoires populaires vaudraient mieux qu'une histoire solennelle et officielle. On en peut dire autant des Évangiles. Uniquement attentifs à mettre en saillie l'excellence du maître, ses miracles, son enseignement, les évangélistes montrent une entière indifférence pour tout ce qui n'est pas l'esprit même de Jésus. Les contradictions sur les temps, les lieux, les personnes, étaient regardées comme insignifiantes; car, autant on prétait à la parole de Jésus un haut degré d'inspiration, autant on était loin d'accorder cette inspiration aux rédacteurs. Ceux-ci ne s'envisageaient que comme de simples scribes et ne tenaient qu'à une seule chose : ne rien omettre de ce

qu'ils savaient*.

Sans contredit, une part d'idées préconçues dut se mêler à de tels souvenirs. Plusieurs récits, surtout

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