Matth., XXVI, 47; Marc, xiv, 43; Jean, xviii
2. Matth., XXVI, 47; Marc, xiv, 43; Luc, xxii, 47; Jean, xviit, 3; Act., i, 16. I Cor., xi , 23, semble Timpliquer.
3. C'est la tradition des synoptiques. Dans le récit du quatrième Évangile, Jésus se nomme lui-môme.
4. Les deux traditions sont d'accord sur ce point. 6. Jean, xviii, 10.
.^méai
et Jean ne quittèrent pas de vue leur maître. Un autre jeune homme (peut-être Marc) le suivait couvert d'un vêtement léger. On voulut l'arrêter; mais le jeune homme s'enfuit, en laissant sa tunique entre les mains des agents ^
La marche que les prêtres avaient résolu de suivre contre Jésus était très-conforme au droit établi. La procédure contre le « séducteur » (mésith), qui cherche à porter atteinte à la pureté de la religion, est expliquée dans le Talmud avec des détails dont la naïve impudence fait sourire. Le guet-apens judiciaire y est érigé en partie essentielle de l'instruction criminelle. Quand un homme est accusé de « séduction », on aposte deux témoins, que l'on cache derrière une cloison ; on s'arrange pour attirer le prévenu dans une chambre contiguë, où il puisse être entendu des deux témoins sans que lui-même les aperçoive. On allume deux chandelles près de lui, pour qu'il soit bien constaté que les témoins « le voient »*. Alors, on lui fait répéter son blasphème. On l'engage à se rétracter. S'il persiste, les témoins qui l'ont entendu l'amènent au tribunal, et on le lapide. Le Tal-
4. Marc, xiv, 51-52. Marc était, en effet, de Jérusalem. AcL,
2. En matière criminelle, on n'admettait que des témoins oculaires. Mischna, Sanhédrin, iv, 5.
VIE DE JÊSOS. ^'
mud ajoute que ce fut de la sorte qu'on se comporta envers Jésus, qu'il fut condamné sur la foi de deux témoins qu'on avait apostés, que le crime de « séduction » est, du reste, le seul pour lequel on prépare ainsi les témoins*.
Les disciples de Jésus nous apprennent, en effet, que le crime reproché à leur maître était la « séduction »% et, à part quelques minuties, fruit de l'imagination rabbinique, le récit des Évangiles répond trait pour trait à la procédure décrite par le Talmud. LTplan des ennemis de Jésus était de le convaincre, par enquête testimoniale et par ses propres aveux, de J^^^blasphème et d^attentat contre la religion mosaïque/ x^o, de le condamner à mort selon la loi, puis de faire approuver la condamnation par Pilate. L'autorité sacerdotale, comme nous l'avons déjà vu, résidait tout entière de fait entre les mains de Hanan. L'ordre d'arrestation venait probablement de lui. Ce fut chez ce puissant personnage que l'on mena d'abord Jésus*. Hanan l'interrogea sur sa doctrine et ses dis-
^. Talm. de Jérus., Sanhédrin, xiv, 46; Talm. de Bab., même traité, 43 a, 67 a. Cf. Schabbath, 404 b.
% Matth., XXVII, 63; Jean, vu, 42, 47.
3 Jean xviii, 43 et suiv. Cette circonstance, que l'on ne trouve que dans le quatrième Évangile, est une forte preuve de la valeur historique de cet Évangile
ciples. Jésus refusa avec une juste fierté d'entrer dans de longues explications. Il s'en référa à son enseignement, qui avait été public ; il déclara n'avoir jamais eu de doctrine secrète ; il engagea Tex-grand prêtre à interroger ceux qui l'avaient écouté. Cette réponse était parfaitement naturelle ; mais le respect exagéré dont le vieux pontife était entouré la fit paraître audacieuse ; un des assistants y répliqua, diton, par un soufflet.
Pierre et Jean avaient suivi leur maître jusqu'à la demeure de Hanan. Jean, qui était connu dans la maison , se fit admettre sans difliculté ; mais Pierre .fut arrêté à l'entrée, et Jean dut prier la portière de le laisser passer. La nuit était froide. Pierre resta dans l'antichambre et s'approcha d'un brasier autour duquel les domestiques se chauffaient. Il fut bientôt reconnu pour un disciple de l'accusé. Le malheureux, trahi par son accent galiléen, poursuivi de questions par les valets, dont l'un était parent de Malchus et l'avait vu à Gethsémani, nia par trois fois qu'il eut jamais eu la moindre relation avec Jésus. Il pensait que Jésus ne pouvait l'entendre, et il ne songeait pas que cette lâcheté dissimulée renfermait une grande indélicatesse. Mais sa bonne nature lui révéla bientôt la faute qu'il venait de commettre. Une circonstance fortuite, le chant du coq, lui rappela un mot que
VIE DE jesus.
Jésus lui avait dit. Touché au cœur, il sortit et se mit à pleurer amèrement ^
Hanan, bien qu'auteur véritable du meurtre juridique qui allait s'accomplir, n'avait pas de pouvoirs pour prononcer la sentence de Jésus; il le renvoya à son gendre Kaïapha, qui portait le titre officiel. Cet homme, instrument aveugle de son beau-père, devait ' naturellement tout ratifier. Le sanhédrin était rassemblé chez lui*. L'enquête commença; plusieurs témoins, préparés d'avance selon le procédé inquisitorial exposé dans le Talmud, comparurent devant le tribunal. Le mot fatal, que Jésus avait réellement prononcé : « Je détruirai le temple de Dieu, et je le rebâtirai en trois jours, » fut cité par deux témoins. Blasphémer le temple de Dieu était, d'après la loi juive, blasphémer Dieu lui-même'. Jésus garda le silence et refusa d'expliquer la parole incriminée. S'il faut en croire un récit, le grand prêtre l'aurait adjuré de dire s'il était le Messie; Jésus l'aurait confessé et aurait même proclamé devant l'assemblée la prochaine venue de son règne céleste*. Le courage de
4. Maith., XXVI, 69 et suiv., Marc, xiv, 66 et suiv. ; Luc, xxii, 54 et suiv.; Jean, xviii , 45 et suiv., i5 et suiv.