CHAPITRE XXVIII
CAHACTÈRE ESSENTIEL DE L'OKCVRE DE JÉSUS*
Jésus, on le voit, n'étendit jamais son action en dehors du judaïsme. Quoique sa sympathie pour tous les dédaignés de l'orthodoxie le portât à admettre les païens dans le royaume de Dieu , quoiqu'il ait plus d'une fois résidé en terre païenne, et qu'une ou deux fois on le surprenne en rapports bienveillants avec des infidèles*, on peut dire que sa vie s'écoula tout entière dans le petit monde, très-fermé, où il était né. Les pays grecs et romains n'entendirent pas parler de lui ; son nom ne figure dans les auteurs profanes que cent ans plus tard, et encore d'une façon indirecte , à propos des mouvements séditieux provoqués par sa doctrine ou des persécutions dont ses disciples furent l'objet \ Dans le sein même du
4. Matth., viii, 5 et suiv. ; Luc, vu, 1 etsuiv. ; Jean, xii, 20 et suiv. Con^p. Jos., Ant., XVIII, m, 3.
î. Tacite, Ann., XV, 4b, Suétone, Claude, 25.
VIE DE JCSU&
judaïsme, Jésus ne fit pas une impression bien durable. Philon, mort vers l'an 50, n'a aucun soupçon de lui. Josèphe, né l'an 37, et écrivant sur la fin du siècle, mentionne son exécution en quelques lignesS comme un événement d'une importance secondaire ; dans l'énumération des sectes de son temps, il omet les chrétiens*. Juste de Tibériade, historien contemporain de Josèphe, ne prononçait pas le nom de Jésus\ La Mischna, d'un autre côté, n'ofl*re aucune trace de l'école nouvelle; les passages des deux Gémares où le fondateur du christianisme est nommé n'ont paâ été rédigés avant le iv* ou le r siècle*. L'œuvre essentielle de Jésus fut de créer autour de lui un cercle de disciples auxquels il inspira un attachement sans bornes, et dans le sein desquels il déposa le germe de sa doctrine. S'être fait aimer, « h ce point qu'après c sa mort on ne cessa pas de l'aimer, » voilà le chef- '