‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 343 sur 1128 · EN ÉCRIVANT L* VIE DE JÉSU · texte numérisé non relu

EN ÉCRIVANT L* VIE DE JÉSU

La plus grande difficulté qui se présente à l'historien de , Jésus est l'appréciation des sources sur lesquelles une telle histoire s'appuie. D'une part, quelle est la valeur des Evangiles dits synoptiques? De l'autre, quel emploi convient-il de faire du quatrième Évangile en écrivant la vie de Jésus? Sur le premier point, tous ceux qui s'occupent de ces études selon la méthode critique, sont d'accord pour le fond. Les synoptiques représentent la tradition, souvent légendaire, des deux ou trois premières générations chrétiennes sur la personne de Jésus. Cela laisse beaucoup d'incertitude dans l'application, et oblige à employer continuellement dans le récit les formules : « On disait que... », « Les uns racontaient que... », etc. Mais cela suffit pour nous renseigner sur la physionomie générale du fondateur, sur l'allure et les traits principaux de son enseignement, et même sur les circonstauces les plus importantes de sa vie. Les narrateurs de la

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vie de lésus qui se bornent à l'emploi des synoptiques ne diffèrent pas plus les uns des autres que les narrateurs de la vie de Mahomet qui font usage des hadiih. Les biographes du prophète arabe peuvent penser diversement sur la valeur de telle ou telle anecdote. Mais, en somme, tout le monde est d'accord sur la valeur des hadith; tout le monde les range dans la classe de ces documents traditionnels et légendaires, vrais à leur manière, mais non comme les documents précis de l'histoire proprement dite. { Sur le second point, je veux dire sur l'emploi qu'il convient de faire du quatrième Évangile, il y a désaccord.) J'ai fait usage de ce document , avec infiniment de réserves et de précautions. Selon d'excellents juges , j'aurais dû n'en faire aucun usage, à l'exception peut-être des chapitres xvra et XIX, renfermant le récit de la Passion. Presque toutes les critiques éclairées que j'ai reçues à propos de mon ouvrage sont d'accord sur ce point. Je n'en ai pas été surpris; car je ne pouvais ignorer l'opinion assez contraire à la valeur historique du quatrième Évangile qui règne dans les écoles libérales de théologie K Des objections venant d'hommes si compétents me faisaient un devoir de soumettre mon opinion à un nouvel examen. Laissant de côté la question de savoir qui a écrit le quatrième Évangile, je vais suivre cet Évangile paragraphe par paragraphe, comme s'il venait de sortir sans nom d'auteur d'un manuscrit nouvellement déconvert. Faisons abstraction de toute idée préconçue, et tâchons de nous rendre compte des impressions que produirait sur nous cet écrit singulier.

1. On peut voir tous les arguments que les mMtre» de ces écoles font yaloir contre ie quatrième Évangile, exposés avec force dans le travail de M. Scholten, traduit par M. Réville {Revut de théologii. 3' jérie, tomes II, III, IV).

APPENDICE

5 1. Le début (I, l-ih) nous jetterait tout d'abord dans de violente soupçons. Ce début nous transporte en pleine théologie apostolique, n'offre aucune ressemblance avec les synoptiques, présente des idées fort différentes assurément de celles de Jésus et de ses vrais disciples. Tout d'abord, ce prologue nous avertit que l'ouvrage en question ne peut être une simple histoire, transparente et impersonnelle comme le récit de Marc par exemple, que l'auteur a une théologie, qu'il veut prouver une thèse, à savoir que Jésus est le logos divin. De grandes précautions nous sont donc commandées. Faut-il, cependant, sur cette première page, rejeter le livre tout entier et voir une imposture dans ce verset lh\ où l'auteur déclare avoir été témoin des événements qui composent l'histoire de Jésus î

Ce serait, je crois, une conclusion prématurée. Un ouvrage rempli d'intentions théologiques peut renfermer de précieux renseignements historiques. Les synoptiques n'écrivent-ils pas avec la constante préoccupation de montrer que Jésus a réalisé toutes les prophéties messianiques? Renonçonsnous pour cela à chercher un fond d'histoire en leurs récits? La théorie du logos, si fort développée dans notre Evangile, n'est pas une raison pour le rejeter au milieu ou à la fin du II» siècle. La croyance que Jésus était le logos de la théologie alexandrine dut se présenter de bonne heure et d'une façon très -logique. Le fondateur du christianisme n'eut heureusement aucune idée de ce genre. Mais , dès l'an 68, il est déjà appelé « le Verbe de Dieu » ». Apollos, qm était d'Alexandrie, et qui paraît avoir ressemblé à Philon, passe déjà, vers l'an 57, pour un prédicateur nouveau, ayant des

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