‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 344 sur 1128 · Apoc, «I , iï · texte numérisé non relu

Apoc, «I , iï

WÊÀ'

VIE DE JESUS

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doctrines à part. Ces idées s'accordaient parfaitement avec rétat d'esprit où se trouva la communauté chrétienne, quand on^déses^éra de„yoir Jésus appai^îtr^^ dans les nues en Fils de l'homme^Un changement du même genre paraît s'être opéré dans les opinions de saint Paul. On sait la différence qu'il y a entre les premières épîtres de cet apôtre et les dernières.^ L'espérance de la prochaine venue du Christ, qui remplit les deux épîtres aux Thessaloniciens, par exemple, disparaît vers la fin de la vie de Paul; l'apôtre se tourne alors vers un autre ordre d'imagination^ La doctrine de l'épître aux Colossiens a de grandes analog^s avec celle du quatrième Évangile, Jésus étant présenté dans ladite épître comme l'image du Dieu inv sible, le premier-né de toute créature, par lequel tout a été créé, qui était avant toute chose et par lequel tout subsiste, dans lequel la plénitude de la Divinité habite corporellement *. N'est-ce pas là le Verbe de Philon? Je sais qu'on rejette l'authenticité de l'épître aux Colossiens, mais pour des raisons tout à fait insuffisantes, selon moi. Ces changements de théorie, ou plutôt de style, chez les hommes de ces temps pleins d'ardente passion, sont, dans certaines limites, une chose admissible. Pourquoi la crise qui s'était produite dans l'âme de saint Paul ne se serait-elle pas produite chez d'autres hommes apostoliques dans les dernières années du premier siècle? Quand le « royaume de Dieu », tel que le figurent les synoptiques et l'Apocalypse, fut devenu une chimère, on se jeta dans la métaphysique- La théorie du logos fut la conséquence des désappointements de la première génération chrétienne. On transporta dans l'idéal ce qu'on avait espéré voir se réaliser dans l'ordre des faits.

Chaque retard que lésus mettait à venir était un pas de plus vers sa divinisation; et cela est si vrai que c'est juste a rheure où le dernier rêve millénaire disparaît que la divinité de Jésus se proclame d'une manière absolue.

§ 2. Revenons à notre texte. Selon l'usage consacré, révangéliste commence son récit par la mission de Jean- Baptiste. Ce qu'il dit des rapports de Jean avec Jésus est parallèle sur beaucoup de points à la tradition des synoptiques- sur d'autres points, la divergence est considérable. Ici encore, l'avantage n'est pas en faveur du texte que nous examinons. La théorie, bientôt chère à tous les chrétiens, d'après laquelle Jean proclama le rôle divin de Jésus, est tout à fait exagérée par notre auteur. Les choses sont plus ménagées dans les synoptiques, où Jean conserve jusqu'à la fin des doutes sur le caractère de Jésus et lui envoie une ambassade pour le questionner*. Le récit du quatrième Évangile implique un parti pris tout à fait tranché, et nous confirme dans l'idée que nous avait inspirée le prologue, à savoir, que l'auteur vise à prouver plutôt qu'à raconter. Nous découvrons cependant, dès à présent, que l'auteur, tout en différant beaucoup des synoptiques , possède en commun avec eux plusieurs traditions. 11 cite les mêmes prophéties; il croit comme eux à une colombe qui serait descendue sur la tête de Jésus sortant du baptême. Mais son récit est moins naïf, plus avancé , plus mûr, si j'ose le dire. Un seul trait m'arrête, c'est le v. 28, fixant les lieux avec précision. Mettons que la désignation Betuania soit inexacte (on ne connaît pas de Béthanie dans ces parages, et les interprètes grecs y ont fort arbitrairement substitué Béthabara), qu'importe? Un théologien n'ayant rien de juif,

i. 1, 15 et suiv.; ii , 9 et Buif.

t Blatth., XI , 2 et suiv.; Luc, vu, 19 et su v.

VIE DE JESUS

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n*ayant aucun souvenir direct ou indirect de Palestine, un pur théoricien comme celui que révélait le prologue, n'aurait pas mis ce trait-là. Qu'importait à un sectaire d'Asie Mineure ou d'Alexandrie ce détail topographique? Si Fauteur Ta mis, c'est qu'il avait une raison matérielle de le mettre, soit dans les documents qu'il possédait, soit dans des souvenirs. Déjà, donc, nous arrivons à penser que notre théologien peut bien nous apprendre sur la vie de Jésus des choses que les synoptiques ignorent. Rien certes ne prouve le témoin oculaire. Mais il faut supposer au moins que l'auteur avait d'autres sources que celles que nous avons , et que pour nous il peut bien avoir la valeur d'un original.

§ 3. A partir du v. 35, nous lisons une série de conversions d'apôtres, liées entre elles d'une façon peu naturelle, et qui ne répondent pas aux récits des synoptiques. Peuton dire que les récits de ces derniers aient ici une supériorité historique? Non. Les conversions d'apôtres racontées par les synoptiques sont toutes coulées dans un même moule; on sent un type légendaire et idyllique s' appliquant indistinctement à tous les récits de ce genre. Les petits récits du quatrième Évangile ont plus de caractère et des arêtes moins effacées. Ils ressemblent bien à des souvenirs mal rédigés d'un des apôtres. Je sais que les récits des gens simples, des enfants, sont toujours trèsdétaillés. Je n'insiste pas sur les minuties du v. 39. Mais pourquoi cette idée de rattacher la première conversion de disciples au séjour de Jésus près de Jean-Baptiste * ? D'où viennent ces particularités si précises sur Philippe, sur la

i. Je remarque, sans y attacher a importance, que les trois premiers apôtres nommés par Papias (dans Eusèbe, H. E., III, 39) sont rangés selon Tordre où ils figurent d'abord dans notre Évangilo.

patrie d'Audré et de Pierre, et surtout sur Nathanaël? Ce personnage est propre ^ notre Évangile Je ne peux temr pour des inventions faites vneçentaineJ^nne^aEreiJésu^ et fort loin de Palestine, les traits si précis qui se rapportent à lui. Si c'est un personnage symbolique pourquoi s'inquiéter de nous a^-prendre qu'il est de Cana de Gahlee , ville que notre évangéliste paraît particulieremen b.en connaître? Pourquoi aurait-on inventé tout cela? Nulle intention dogmatique ne se laisse entrevoir, si ce n est dans e V 51 placé dans la bouche de Jésus. Nulle intenUon symbolique surtout. Je crois aux intentions de ce genre Ind eues sont indiquées et, si j'ose le dire, soulignées Ir l'auteur. Je n'y crois pas quand l'allusion mystique ne se révèle pas d'elle-même. L'exégète allégonste ne parie jamais à demi-mot -, il étale son argument , y insiste avec complaisance. J'en dis autant des nombres sacramentels. Les adversaires du quatrième Évangile ont remarqué que les miracles qu'il rapporte sont au nombre de sept S, 1 auteur en faisait lui-même le compte, cela serait grave et prouverait le parti pris. L'auteur n'en faisant pas le compte, il ne faut voir là qu'un hasard.

La discussion est donc ici assez favorable à notre texte. Les versets 35-51 ont un tour plus historique que les pas- Ïircorrespondants des synoptiques. H semble que le quatrième évangéliste connaissait mieux que les aures narrateurs de la vie de Jésus ce qui concerne la vocation d pôWr^^^^^ que c'est à l'école de Jean-Baptiste que Jésus Attacha les premiers disciples dont le nom es resté célèbre; je pense que les principaux apôtres avaient SfdÏÏ^es de Jean-Baptiste avant de l'être de Jésus, et

i. Jean, x«, î*

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j'explique par là l'importance que toute la première gêné ration chrétienne accorde à Jean -«aptiste> Si , comme le veut la savante école hollandaise, cette importance était en partie factice et conçue presque uniquement pour appuyer le rôle de Jésus sur une autorité incontestée, pourquoi eûton choisi Jean-Baptiste, homme qui n'eut une grande réputation que dans la famille chrétienne? Le vrai, selon moi, est que Jean - Baptiste n'était pas seulement pour les disciples de Jésus un simple garant, mais qu'il était pour eux un premier maître, dont ils rattachaient indissolublement le souvenir aux commencements mêmes de la mission de Jésus ^( Un fait d'importance majeure, le baptême conservé par le christianisme comme l'introduction obligée à la vie nouvelle, est une marque d'origine qui atteste encore d'une façon *risible que le christianisme fut d'abord une branche détachée de l'école de Jean-Baptiste.)

Le quatrième Évangile se bornerait donc à ce premier chapitre , qu'il faudrait le définir « un fragment composé de traditions ou de souvenirs écritsjard et engagés dans une théologie fort éloignée de l'esprit évangélique primitif, une page de biographie légendaire, où l'auteur accepte les faits traditionnels, les transforme souvent, mais n'invente rien ». Si l'on parle de biographie a priori, c'est bien plutôt dans les synoptiques que je trouve une biographie de cette sorte^Ce sont les synoptiques qui font naître Jésus à Bethléhem, qui le font aller en Egypte, qui lui amènent les mages, etc., pour les besoins de la cause.)C'est Luc qui crée ou admet des personnages qui n'ont peut-être jamais existé*. Les prophéties messianiques , en particulier, préoc-

i. Voir AcL, i, 21-22; x, 37 ; xiii, 24; xix, 4. ^

2. Les noms des parents de Jean-Baptiste, dans Luc, semblent fie**

cupent notre auteur moins que les synoptiques, et produLnt chez lui moins de récits fabuleux. En d'autres termes, nous arrivons déjà, en ce qui concerne le quatrième Évangile, yaiJslinciioiLdiLloninHr^^ doctrinal. (Le premier se montre à nous comme pouvant aïHi^'érieur en certains points à celui des synoptiques; mais le second est à une grande distance des vrais discours de Jésus, tels que les synoptiques et surtout Matthieu nous

les ont conservés.)

Une circonstance aussi nous frappe dès à présent. L au-, teur veut que les deux premiers disciples de Jésus aient été André et un autre disciple. André gagne ensuite Pierre, son frère, lequel se trouve ainsi rejeté un peu dans 1 ombre. Le second disciple n'est pas nommé. Mais , en comparant ce passage à d'autres que nous rencontrerons plus tard, on est amené à croire que ceiiscÎEleJnn^^ rauteur de l'Évangile, ou du moins celui que 1 on veut faire Yasser mnvl^^^ Dans les derniers chapitres du livre, en effet, nous verrons le narrateur parler de lui-même avec un certain mystère, et, chose frappante, affecter enœre de se mettre avant Pierre, tout en reconnaissant la supénonté hiérarchique de ce dernier. Remarquons aussi que, dans les synoptiques, la vocation de Jean est rattachée de trèsprès à celle de Pierre; que, dans les Actes. Jean figure habituellement, comme compagnon de Pierre. Une double difficulté s'offre donc à nous. Car, si le disciple innomé est vraiment Jean, fils de Zébédée, on est amené à penser que Jean fils de Zébédée , est l'auteur de notre Évangile; supposer qu'un faussaire, voulant faire croire que l'auteur est

tifs. Anne, fille de Phanuel, le vieillard Siméon, Zachée sont aussi dei personnage» douteux,

VIE DE JËSUS.

Jean, ait eu l'attention de ne pas nommer Jean et de le désigner d'une façon énigmatique, c'est lui prêter un artifice assez bizarre. D'un autre côté, comprend-on que, si l'auteur réel de notre Évangile a commencé par être disciple de Jean-Baptiste, il parle de ce dernier d'une façoh tellement peu historique que les Évangiles synoptiques sur ce point lui soient supérieurs?

S k. Le paragraphe li , 1-12, est un récit de miracle comme il s'en trouve tant dans les synoptiques. 11 y a dans l'agencement du récit un peu plus de mise en scène, quelque chose de moins naïf; néanmoins le fond n'a rien qui sorte de la couleur générale de la tradition. Les synoptiques ne parlent pas de ce miracle ; mais il est tout naturel que, dans la riche légende merveilleuse qui circulait, les uns connussent un trait, les autres un autre. L'explication allégorique, fondée principalement sur le verset 10, et d'après laquelle l'eau et le vin seraient l'ancienne et la nouvelle alliance, prête, je crois, à l'auteur une pensée qu'il n'avait pas. Le verset 11 prouve qu'aux yeux de ce dernier, tout le récit n'a qu'un but : naanifester la puissance de JJsus. La mention de la petite ville de Cana et du séjour qu'y fait la mère de Jésus n'est pas à négliger. Si le miracle de l'eau changée en vin avait été inventé par l'auteur du quatrième Évangile, comme le supposent les adversaires de la valeur historique dudit Évangile, pourquoi ce trait? Les versets 11 et 12 font une bonne suite de faits. Qu'importaient de pareilles circonstances topographiques à des chrétiens helléniques du u« siècle ? Les Évangiles apocryphes ne procèdent pas comme cela. Us sont vagues, sans circonstances locales , faits par des gens et pour des gens qui ne se soucient pas de la Palestine. Ajoutons qu'ailleurs notre évangéliste parie encore de Cana de Gali-

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lée«. petite ville tout à fait obscure. Pourquoi s être plu a crée après coup une célébrité à cette bourgade dont certe îStiens demi-gnostiques d'Asie Mineure devaiea. peu

"§Tce qui suit à partir du verset 13 est d'un haut intérêt et constitue pour notre Évangile un triomphe dec.si selon les synoptiques, Jésus, depuis le commencement de ï vie publique ne fait qu'un voyage à Jérusalem Le séjou 1 Jésus en cette ville dure peu de jours, après lesquels d ^t mis à mort. Cela souffre d'énormes difficultés que je ne SlèTpas ici, les ayant touchées dans la « Vie de Jésus ... Sue semaines en supposant que l'intention des synopdques aille jusqu'à prêter cette durée à l«lle qu s'Lule entre l'entrée triomphale et la mort) ne suffisent paTplr tout ce que Jésus dut faire à "em' Beaucoup des circonstances placées par les synoptiques en Galirsurtout les luttes avec les pharisiens, n'ont guère de sens qu'à Jérusalem. Tous les événements qui suivent la mo t de Jésus prouvent que sa secte avait de fortes racme r érusalem. Si les choses s'étaient passées comme le veulent Matthieu et Marc, le christianisme se fût surtout développé en Galilée. Des transplantés depuis quelques jours n'eussent pas choisi Jérusalem pour leur capitale . Smt Ll n'a pas un souvenir pour la Galilée; pour lui la reh- !Sn nouvelle est née à Jérusalem. Le quatrième Évangue ^Tadmet plusieurs voyages et de longs séjours de Jesu Ls la capitale, paraît donc bien plus dans le vrai. Luc

V Sbs^rU"!;» exemple, combien .es faits des chapitres xm-«, de Jiuv, 49-, Act., I, -4).

VIE DE JÉSOS.

semble ici avoir une secrète harmonie avec notre écrivain , ou plutôt flotter entre deux systèmes opposés*. Cela est très-important; car nous relèverons bientôt d'autres circonstances où Luc côtoie Fauteur du quatrième Évangile et semble avoir eu connaissance des mêmes traditions.

Mais voici qui est bien frappant. La première circonstance des séjours à Jérusalem rapportée par notre Évangile est aussi rapportée par les synoptiques et placée par eux presque à la veille de la mort de Jésus. C'est la circonstance des vendeurs chassés du temple. Est-ce à un Galiléen, au lendemain de son arrivée à Jérusalem, qu'on peut attribuer avec vraisemblance un tel acte, qui pourtant dut avoir quelque réalité, puisqu'il est rapporté par les quatre textes? Dans l'agencement chronologique du récit, l'avantage appartient tout entier à notre auteur. Il est évident que les synoptiques ont accumulé sur les derniers jours des circonstances que leur fournissait la tradition et qu'ils ne savaient pas où placer.

Maintenant, se pose une question qu'il est temps d'éclaircir. Déjà nous avons trouvé notre évangéliste possédant beaucoup de traditions en commun avec les synoptiques (le rôle de Jean-Baptiste, la colombe du baptême, Tétymologie du nom de Céphas, les noms de trois au moins des apôtres, les vendeurs chassés). Notre évangéliste puise-t-il cela dans les synoptiques? Non , puisque sur ces circonstances mêmes il présente avec eux des différences importantes. D'où lui viennent donc ces récits communs? De la tradition évidemment, ou de ses souvenirs. Mais que veut dire cela, sinoh que l'auteur nous a légué une version originale de la vie de Jésus, que cette vie doit être mise tout d'abord sur

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