I. Anttq., XX,ix
APPENDICE
Les morceaux de ce genre ne nous apprennent rien de plus sur la doctrine de Jésus que les dialogues de Platon sur la pensée de Socrate. Ce sont des compositions artificielles, non traditionnelles. On peut encore les comparer aux harangues que les historiens anciens ne se font p'jI scrupule de prêter à leurs héros. Ces discours sont fort éloignés du style de Jésus et de ses idées; au contraire, ils offrent une similitude complète avec la théologie du prologue (i, 1-1Z|), où l'auteur parle en son propre nom. La circonstance à laquelle l'auteur rattache cet entretien est-elle historique ou est-elle de son invention? C'est ce qu'il est difficile de dire. J'incline cependant pour le premier parti; car le fait est rappelé plus bas (xix, 39), et Nicodème est mentionné ailleurs (vn, 50 et suiv.). Je suis porté à croire que Jésus eut en réalité des relations avec un personnage considérable de ce nom, et que l'auteur de notre Évangile, qui savait cela, a choisi Nicodème, comme Platon a choisi Phédon ou Alcibiade, pour interlocuteur d'un de ses grands dialogues théoriques.
§ 9. Les V. 22 et suiv. jusqu'au v. 2 du chap. iv nous transportent, selon moi , en pleine histoire. Ils nous montrent de nouveau Jésus près de JeaivBaptiste, mais cette fois avec une troupe de disciples autour de lui. Jésus baptise comme Jean, attire la foule plus que ce dernier et a de plus grands succès que lui. Les disciples baptisent comme leur maître, et une jalousie, à laquelle les deux chefs de secte restent supérieurs, s'allume entre leurs écoles. Ceci est extrêmement remarquable, car les synoptiques n'ont rien de pareil. Pour moi, je trouve cet épisode très-vraisemblable. Ce qu'il a d'inexpliqué en certains détails est loin d'infirmer la valeur historique de l'ensemble. C'étaient là de£ choses qu'on entendait à demi-mot et qui vont bien dans
VIE DE JESUS
APPENDICE
l'hypothèse de mémoires personnels écrits pour un cercle réduit. De telles obscurités, au contraire, ne s'expliquent pas dans un ouvrage composé uniquement en vue de faire prévaloir certaines idées. Ces idées perceraient partout; il n'y aurait pas tant de circonstances singulières et sans signification apparente. La topographie, d'ailleurs, a ici de la précision (v. 22-23). On ignore, il est vrai, où était Salim; mais AivcSv est un trait de lumière. C'est le mot jEnawan, pluriel chaldéen de Ain ou jEn, « fontaine ». Comment voulez-vous que des sectaires hellénistes d'Ephèse eussent deviné cela? Ils n'eussent nommé aucune localité, ou ils en eussent nommé une très-connue, ou ils eussent forgé un mot impossible sous le rapport de l'étymologie sémitique. Le trait du v. 2U a aussi de la justesse et de la précision. Le v. 25, dont la liaison avec ce qui précède et ce qui suit ne se voit pas bien, écarte l'idée d'une composition artificielle. On dirait que nous avons ici des notes mal rédigées, de vieux souvenirs décousus, mais par moments d'une grande lucidité. Quoi de plus naïf que la pensée du V. 26 répétée au v. 1 du chap. iv? Les v. 27-36 sont d'un tout autre caractère. L'auteur retombe dans ses discours, auxquels il est impossible d'attribuer aucun caractère d'authenticité. Mais le v. 1 du ch. iv est de nouveau d'une rare transparence, et quant au v. 2, il est capital. L'auteur, se repentant en quelque sorte de ce qu'il a écrit, et craignant qu'on ne tire de mauvaises conséquences de son récit, au lieu de le biffer, insère une parenthèse en fiac;ranle contradiction avec ce qui précède. 11 ne veut plus que Jésus ait baptisé ; il prétend que ce furent seulement ses disciples qui baptisèrent. Mettons que le v. 2 ait été ajouté plus tard. Il eu restera toujours que le récit ni, 22 et suiv. tf est nullement un morceau de théologie a priori, puis-
nu'au contraire le théologien a priori prend la plume au ;. 2 pour contredire ce récit et lui ôter ce qu'il pouvait avoir d'embarrassant.
6 10. Nous arrivons à l'entrevue de Jésus et de la Samaritaine et à la mission chez les Samaritains (.v, l-/,2 • Luc connaît cette mission», qui probablement fut réelle, le. pourtant, la théorie de ceux qui ne voient dans notre Evangile qu'une série de fictions destinées à amener des exposés de principes pourrait s'appliquer. Les détails du dialogue sont évidemment fictifs. D'un autre côté, la topographie des r -6 est satisfaisante. Un juif de Palestine ayant passé Lvent à l'entrée de la vallée de Sichem a pu seul ecnre cIlcs versets 5-6 ne sont pas exacts; mais la tradition aui y est mentionnée a pu venir de Gen., xxxni, 19; XLViu. 22; Jos.. XXIV. 32. L'auteur semble employer un jeu d^Ls Sickar pour SicHe.'), P- lequel >es lui s croya. déverser sur les Samaritains une amère ironie' Je ne pense pa Tu'on se fût si fort soucié à Éphèse de la hame qui dmsa t les Juifs et les Samaritains, et de l'interdit réciproque ; xLtait entre eux (v. 0). Les al™s qu'on a voulu vo^
Ls les versets 16-18 à l'histoire religieuse de la Samadans les ve , jj ^^^^ ^^
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deux le mot admirable: «Femme, ^-s-nio. le temp es venu .. et exprime une pensée tout opposée. C est la. ce mbl^ une correction analogue au v. 2 de ce même cha- Te où soit l'auteur, soit un de ses disciples, corrige une 'plnl^e qu'il trouve dangereuse ou trop hardie. En tout cas.