I. IX, 51 et suiv.; x, 25 et suiv., 38 et sui?.; xvii
APPENDICE
le même pied que les autres biographies de lésus, sauf ensuite à se décider dans le détail par des motifs de préférence? Un inventeur a priori d'une vie de Jésus, ou bien n'aurait rien de commun avec les synoptiques, ou bien les paraphraserait comme font les apocryphes. L'intention symbolique et dogmatique serait chez lui bien plus sensible. Tout dans ses récits aurait un sens et une intention. 11 n'y aurait pas de ces circonstances indifférentes, désintéressées en quelque sorte, qui abondent dans notre récit. Rien ne ressemble moins à la biographie d'un éon ; ce n'est pas ainsi que l'Inde écrit ses vies de Krischna, raconte les incarnations de Vischnou. Un exemple de ce genre de composition, dans les premiers siècles de notre ère, c'est la Pisté Sophia attribuée à Valentin *. Là, rien de réel, tout est vraiment symbolique et idéal. J'en dirai autant de « l'Évangile de Nicodème », composition artificielle, toute fondée sur des métaphores. De notre texte à de pareilles amplifications il y a un abîme, et, s'il fallait à tout prix trouver l'analogue de ces amplifications parmi les Évangiles canoniques, ce serait dans les synoptiques bien plus que dans notre Évangile qu'il faudrait
le chercher.
§ 6. Suit (n, 18 et suiv.) un autre incident, dont la relation avec le récit des synoptiques n'est pas moins remarquable. Ceux-ci, ou du moins Matthieu et Marc, rapportent, à propos du procès de Jésus et de l'agonie sur le Golgotha, un mot que Jésus aurait prononcé et qui aurait été l'une des causes principales de sa condamnation : « Détruisez ce temple , et je le rebâtirai en trois jours. » Les synoptiques ne disent pas que Jésus eût tenu ce propos; au
1. Retrouvée dans une version copte et traduite par M. Schwartiô (Berlin, 1851).
VIE DE JÉSUS
contraire, ils traitent cela de faux témoignage. Notre évangéliste raconte que Jésus prononça en effet le mot incriminé. A-t-il pris ce mot dans les synoptiques? C'est peu probable; car il en donne une version différente et même une explication allégorique (v. 21-22), que ne connaissent pas les synoptiques. Il semble donc qu'il tenait ici une tradition originale, plus originale même que celle des synoptiques , puisque ceux-ci ne citent pas directement le mot de Jésus , et n'en rapportent que l'écho. 11 est vrai qu'en plaçant ce mot deux ans avant la mort de Jésus, le rédacteur du quatrième Évangile obéit à une idée qui ne semble pas des plus heureuses.
Remarquez le trait d'histoire juive du v. 20; il est d'assez bon aloi et suffisamment d'accord avec Josèphe^
S 7. Les versets ii, 23-25 seraient plutôt défavorables à notre texte; ils sont lents, froids, traînants; ils sentent l'apologiste, le polémiste. Ils prouvent une rédaction réfléchie et bien postérieure à celle des synoptiques.
§ 8. Voici maintenant l'épisode de Nicodème (m, 1-21). Je sacrifie naturellement toute la conversation de Jésus avec ce pharisien. C'est un morceau de théologie apostolique et non évangélique. Une telle conversation n'aurait pu être racontée que par Jésus ou par Nicodème. Les deux hypothèses sont également invraisemblables. A partir du v. 12, d'ailleurs, l'auteur oublie le personnage qu'il a mis en scène, et se lance dans un développement général adressé à tous les juifs. C'est ici que nous voyons poindre un des caractères essentiels de notre écrivain , son goût pour les entretiens théologiques, sa tendance à rattacher de tels entretiens à des circonstances plus ou moins historiques.