XI
narrateur qui dit « nous » aurait son style, ses expressions à part * ; il serait plus paulinien que le rédacteur général. Or, cela n'est pas; l'ouvrage présente une parfaite homogénéité.
On s'étonnera peut-être qu'une thèse en apparence si évidente ait rencontré des contradicteurs. Mais la critique des écrits du Nouveau Testament offre beaucoup de ces clartés qu'on trouve, à l'examen, pleines d'incertitudes. Sous le rapport du style, des pensées, des doctrines, les Actes ne sont guère ce qu'on attendrait d'un disciple de Paul. Ils ne ressemblent en rien aux épîtres de ce dernier. Pas une trace des fières doctrines qui font l'originalité de Tapôtre des gentils. Le tempérament de Paul est celui d'un protestant roide et personnel; l'auteur des Actes mus fait l'effet d'un bon catholique, docile, optimiste, appelant chaque prêtre « un saint prêtre », chaque évêque « un grand évêque », prêt à embrasser toutes les fictions plutôt que de reconnaître que ces saints prêtres, ces grands évoques se disputent et se font parfois une rude guerre. Tout en professant pour Paul une grande admiration, l'auteur des Actes évite
^.On sait que, chez les écrivains du Nouveau Testament, la pauvreté d'expression est grande, si bien que chacun a son petit dictionnaire à part. De là une règle précieuse pour déterminer rauteur d'écrits même très-courts.
lit
jj^ LES APOTRES.
de lui donner le titre d'apôtre S et il veut que l'initiative de la conversion des gentils appartienne à Pierre. On dirait, en somme, un disciple de Pierre plutôt que de Paul. Nous montrerons bientôt que, dans deux ou trois circonstances, ses principes de conciliation Font porté à fausser gravement la biographie de Paul ; il commet des inexactitudes 2 et surtout des omissions vraiment étranges chez un disciple de ce dernier K Il ne parle pas d'une seule des épîtres ; il resserre da la façon la plus surprenante des exposés de première importance \ Même dans la partie où il a du être compagnon de Paul, il est quelquefois singulièrement sec, peu informé, peu éveillé^. Enfin, la mollesse et le vague de certains récits, la part de convention que l'on y découvre, feraient penser à un écrivain qui n'aurait eu aucune relation directe ni indirecte avec les apôtres, et qui écrirait vers l'an
100 ou 120.
Faut-il s'arrêter à ces objections? Je ne le pense pas, et je persiste à croire que le dernier rédacteur
r L'emploi de ce mot, Ad., xiv, 4, U, est bien indirect.
2. Comparez, par exemple, ^c^.xvii, 14-16; xviii, 5,à I Thess.,
3. I Cor., XV, 32; II Cor., i, 8; xi, i^ et suiv.; Rom., xv, 19;
XVI, 3 et suiv.
4. Act., XVI, 6; xvni, 22-23, en comparant Fépître aux Galates.
5. Par exemple , le séjour à Césarée est laissé dans robscurité.