‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 37 sur 1128 · Isaïe, LU, 43 et suiv., et lui entier · texte numérisé non relu

Isaïe, LU, 43 et suiv., et lui entier

néant. C'est qu'il s'est chargé de nos souffrances; c'est qu'il a pris sur lui nos douleurs. Vous l'eussiei tenu pour un homme frappé de Dieu, tou( hé de sa main. Ce sont nos crimes qui l'ont couvert de blessures, nos iniquités qui l'ont broyé; le châtiment qui nous» a valu le pardon a pesé sur lui, et ses meurtrissures ont été notre guérison. Nous étions comme un troupeau errant, chacun s'était égaré, et léhovah a déchargé sur lui l'iniquité de tous. Ecrasé, humilié, il n'a pas ouvert la bouche ; il s'est laissé mener comme un agneau à l'immolation ; comme une brebis silencieuse devant celui qui la tond, il n'a pas ouvert la bouche. Son tombeau passe pour celui d'un méchant, sa mort pour celle d'un impie. Mais, du moment qu'il aura offert sa vie, il verra naître une postérité nombreuse, et les intérêts de Jéhovah prospéreront dans sa main. »

De profondes modifications s'opérèrent en même temps dans la Tliora. De nouveaux textes, prétendant représenter la vraie loi de Moïse, tels que le Deutéronome, se produisirent et inaugurèrent en réalité un esprit fort différent de celui des vieux nomades. Un grand fanatisme fut le trait dominant de cet esprit. Des croyants forcenés provoquent sans cesse des violences contre tout ce qui s'écarte du culte de Jéhovah ; un code de sang , édictant la peine de mort

iO OniGINES DU CHRISTIANISME.

pour des délits religieux, réussit h s'établir. La piété amène presque toujours de singulières oppositions de véhémence et de douceur. Ce zèle, inconnu à la grossière simplicité du temps des Juges, inspire des tons de prédication émue et d'onction tendre que le monde n'avait pas entendus jusque-là. Une forte tendance vers les questions sociales 'se fait déjà sentir ; des utopies, des rêves de société parfaite preni/ent place dans le code. Mélange de morale patriarcale et de dévotion ardente , d'intuitions primitives et de raffinements pieux comme ceux qui remplissaient l'âme d'un Ézéchias, d'un Josias, d'un Jérémie, le Pentateuque se fixe ainsi dans la forme où nous le voyons, et devient pour des siècles la règle absolue de l'esprit national.

Ce grand livre une fois créé , l'histoire du peuple juif se déroule avec un entraînement irrésistible. Les grands empires qui se succèdent dans l'Asie occidentale, en brisant pour lui tout espoir d'un royaume terrestre , le jettent dans les rêves religieux avec une sorte de passion sombre. Peu soucieux de dynastie nationale ou d'indépendance politique , il accepte tous les gouvernements qui le laissent pratiquer librement son culte et suivre ses usages. Israël n'aura plus désormais d'autre direction que celle de SOS enthousiastes religieux , d'autres ennemis que

VIE DE JÉSUS

ceux de l'unité divine, d'autre patrie que sa Loi." Et cette Loi , il faut bien le remarquer, était toute sociale et morale. C'était l'œuvre d'hommes pénétrés d un haut idéal de la vie présente et croyant avoir trouvé les meilleurs moyens pour le réaliser. La conviction de tous est que la Thora bien observée ne peut manquer de donner la parfaite félicité. Cette Thora n'a rien de commun avec les « Lois n grecques ou romaines, lesquelles, ne s'occupant guère que du droit abstrait, entrent peu dans les questions de bonheur et de moralité privés. On sent d'avance que les résultats qui sortiront de la loi juive seront d'ordre social, et non d'ordre politique, que l'œuvre à laquelle ce peuple travaille est un royaume de Dieu, non une république civile, une institution universelle, non une nationalité ou une patrie.

A travers de nombreuses défaillances, Israël soutint 'admirablement cette vocation. Une série d'hommes pieux , Esdras , Néhémie , Onias , les Macchabées , dévorés du zèle de la Loi , se succèdent pour la défense des antiques institutions. L'idée qu'Israël est un peuple de saints, une tribu choisie de Dieu et liée envers lui par un contrat, prend des racines de plus en plus inébranlables. Une immense attente remplit les âmes. Toute l'antiquité indo-européenne avait placé le paradis à l'origine; tous ses pontes

ORIGINES DU CIIUISTIANISME.

avaient pleuré un âge d'or évanoui. Israël mettail l'âge d'or dans l'avenir. L'éternelle poésie des âmes religieuse., les Psaumes éclosent de ce piétisme exalté , avec leur divine et mélancolique harmonie. Israël devient vraiment et par excellence le peuple de Dieu , pendant qu'autour de lui les religions païennes se réduisent de plus en plus , en Perse et en Babylonie, â un charlatanisme officiel, en Egypte et en Syrie, k une grossière idolâtrie, dans le monde grec et latin, â des parades. Ce que les martyrs chrétiens ont fait dans les premiers siècles de notre ère, ce que les victimes de l'orthodoxie persécutrice ont'fait dans le sein même du christianisme jusqu'à notre temps , les Juifs le firent durant les deux siècles qui précèdent l'ère chrétienne. Ils furent une vivante protestation contre la superstition et le maaérialisme religieux. Un mouvement d'idées extraordinaire, aboutissant aux résultats les plus opposés, faisait d'eux, à cette époque, le peuple le plus frappant et le plus original du monde. Leur dispersion sur tout le littoral de la Méditerranée et l'usage de la langue grecque., qu'ils adoptèrent hors de la Palestine, préparèrent les voies à une propagande dont les sociétés anciennes , coupées en petites nationalités , n'avaient encore offert aucun exemple.

Jusqu au temps des Macchabées , le judaïsme ,

VIE DE JÉSCS.

malgré sa persistance à annoncer qu'il serait un jour la religion du genre humain , avait eu le caractère de tous les autres cultes de l'antiquité : c'était un culte de famille et de tribu. L'Israélite pensait bien que son culte éUit le meilleur, et parlait avec mépris des dieux étrangers. Mais il croyait aussi que la religion du vrai Dieu n'étatt faite que pour lui seul. On embrassait le culte de Jéhovah quand on entrait dans la famille juive ' ; voilà tout. Aucun Israélite ne songeait à convertir l'étranger à un culte qui était le patrimoine des fils d'Abraham. Le développement de l'esprit piétiste, depuis Esdras et Néhémie, amena une conception beaucoup plus ferme et plus logique. Le judaïsme devint la vraie religion d'une manière absolue ; on accorda à qui voulut le droit d'y entrer* ; bientôt ce fut une œuvre pie d'y amener le plus de monde possible'. Sans doute, le généreux sentiment qui éleva Jean-Baptiste, Jésus, saint Paul, au-dessus des mesquines idées de races n'existait

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