Jbid.j XVI, 37 et suiv. ; xxii, 26 et suiv
quement à son récit au moment ds l'arrivée de Paul à Rome, peut-être pour éviter d'à 7oir à raconter les cruautés de Néron envers les chrétiens*. Le contraste avec l'Apocalypse est frappant. L'Apocalypse, écrite l'an 68, est pleine du souvenir des infamies de Néron; une horrible haine contre Rome y déborde. Ici, on sent un homme doux, qui vit à une époque de calme. Depuis l'an 70 environ, jusqu'aux dernières années du premier siècle, la situation fut assez bonne pour les chrétiens. Des personnages de la"^ famille flavienne appartinrent au christianisme. Qui sait si Luc ne connut pas Flavius Clemens, s'il ne fut pas de sa familia, si les Actes ne furent pas écrits pour ce puissant personnage, dont la position officielle exigeait des ménagements? Quelques indices ont porté à croire que le livre avait été composé à Rome. On dirait, en effet, que les principes de l'Eglise romaine ont pesé sur l'auteur. Cette Église, dès les premiers siècles, eut le caractère politique et hiérarchique qui l'a toujours distinguée. Le bon Luc put entrer dans cet esprit. Ses idées sur l'autorité ecclésiastique sont très-avancées; on y voit poindre le germe de l'épiscopat. Il écrivit l'histoire sur le ton
1. De semblables précautions n'étaient point rares. L'Apocalypse et l'épître de Pierre désignent Rome à mots couverts.
LES APOTRES
IMIIODUCTION.
d'apologiste à toute outrance qui est celui des liisloriens officiels de la cour de Rome. 11 fit comme ferait un historien ultramontain de Clément XIV, louant à la fois le pape et les jésuites, et cherchaiit à nous persuader, par un récit plein de componction, que, des deux côtés, en ce débat, on observe les règles de la charité. Dans deux cents ans, on établira aussi que le cardinal Antonelli et M. de Mérode s'aimaient comme deux frères. L'auteur des Actes fut, mais avec une naïveté qu'on n'égala plus, le premier de ces narrateurs complaisants, béatement satisfaits, décidés à trouver que tout dans l'Église se. passe d'une façon évangélique. Trop loyal pour condamner son maître Paul , trop orthodoxe pour ne pas se ranger à l'opinion officielle qui prévalait, il effaça les différences de doctrine pour laisser voir seulement le but commun, que tous ces grands fondateurs poursuivirent en effet par des voies si opposées et à travers de si énergiques rivalités.
On comprend qu'un homme qui s'est mis par svstème dans une telle disposition d'âme est le moins capable du monde de représenter les choses comme elles se sont passées, La fidélité historique est pour lui chose indifférente ; l'édification est tout ce qui importe. Luc s'en cache à peine ; il écrit « pour que Théophile reconnaisse la vérité de ce que ses
catéchistes lui ont appris ^ ». Il y avait donc déjà un système d'histoire ecclésiastique convenu, qui s'enseignait officiellement, et dont le cadre, aussi bien que celui de l'histoire évangélique elle-même 2, était probablement déjà fixé. Le caractère dominant des Actes, comme celui du troisième Évangile ^, est une piété
tendre, une vive sympathie pour les gentils^, un esprit conciliant, une préoccupation extrême du surnaturel, l'amour des petits et des humbles, un grand sentiment démocratique ou plutôt la persuasion que le peuple est naturellement chrétien, que ce sont les grands qui l'empêchent de suivre ses bons instincts 5, une idée exaltée du pouvoir de l'Église et de ses chefs, un goût très-remarquable pour la vie en commun 6. Les procédés de composition sont également les mêmes dans les deux ouvrages, de telle sorte que nous sommes à l'égard de l'histoire des apôtres comme nous serions à l'égard de l'histoire évangélique, si, pour esquisser cette dernière histoire, nous n'avions qu'un seul texte, l'Évangile de Luc.
On sent les désavantages d'une telle situation. La