‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 373 sur 1128 · Jos., Ant., XIX, VIII, 2; B. J., II, xii · texte numérisé non relu

Jos., Ant., XIX, VIII, 2; B. J., II, xii

LES APOTRES

Le second voyage de Paul ayant eu lieu au moins quatorze ans après sa conversion, si Paul avait réellement fait le voyage de Tan lik, cette conversion aurait eu lieu Tan 30, ce qui est absurde. Il est donc impossible de maintenir au voyage raconté Àct.^ xi, 30 et XII, 35, aucune réalité.

Ces allées et venues paraissent avoir été racontées par notre auteur d'une façon très-inexacte. En comparant Act., XVII, 14-16; xviii, 6,hIThess.^ m, 1-2, on trouve un autre désaccord. Mais, celui-ci ne tenant pas à des motifs dogmatiques, nous n'avons pas

à en parler ici.

Ce qui est capital pour le sujet qui nous occupe, ce qui fournit le trait de lumière à la critique en cette question difficile de la valeur historique des Actes, c'est la comparaison des passages relatifs à l'affaire de la circoncision dans les Actes (ch. xv) et dans l'épître aux Galates (ch. ii). Selon les Actes^ des frères de Judée étant venus à Antioche et ayant soutenu la nécessité de la circoncision pour les païens convertis, une députation composée de Paul, de Barnabe, de plusieurs autres, est envoyée d' Antioche à Jérusalem pour consulter les apôtres et les anciens sur cette question. Ils sont reçus avec empressement partout le monde; une grande assemblée ajieu. Le dissentiment se montre à peine, étouffé qu'il est sous les effusions

d'une charité réciproque et sous le bonheur de se trouver ensemble. Pierre énonce l'avis qu'on s'attendrait à trouver dans la bouche de Paul, à savoir < que les païens convertis ne sont pas assujettis à la loi de Moïse. Jacques n'apporte à cet avis qu'une très-légère restriction ^. Paul ne parle pas, et, à vrai dire, il n'a pas besoin de parler, puisque sa doctrine est mise ici dans la bouche de Pierre. L'avis des frères de Judée n'est soutenu par personne. Un décret solennel est porté conformément à l'avis de Jacques. Ce décret est signifié aux Eglises par des députés choisis exprès.

Comparons maintenant le récit de Paul dans l'épître aux Galates. Paul veut que le voyage qu'il fit cette fois-là à Jérusalem ait été l'effet d'un mouvement spontané et même le résultat d'une révélation. Arrivé

à Jérusalem, il communique son Evangile à qui de droit ; il a en particulier des entrevues avec ceux qui paraissent être des personnages considérables. On ne lui fait pas une seule critique ; on ne lui communique rien ; on ne lui demande que de se souvenir des pauvres de Jérusalem. Si Tite qui l'a accompagné consent à se laisser

1. La citation d'Amos (xv, 16-17), faite par Jacques conformément à la version grecque et en désaccord avec Thébreu , montre bien, du reste, que ce discours est une fiction de l'auteur.

xxxvi LES APOTRES.

circoncire *, c'est par égard pour « des faux frères intrus » . Paul leur fait cette concession passagère ; mais il ne se soumet pas k eux. Quant aux hommes importants (Paul ne parle d'eux qu'avec une nuance d'aigreur et d'ironie), ils ne lui ont rien appris de nouveau. Bien plus, Céphas étant venu plus tard à Antioche, Paul « lui résiste en face , parce qu'il a tort ». D'abord, en effet, Céphas mangeait avec tous indisthictement. Arrivent des émissaires de Jacques ; Pierre se cache, évite les incirconcis. « Voyant qu'il ne marchait pas dans la droite voie de la vérité de l'Évangile, » Paul apostrophe Céphas devant tout le monde et lui reproche amèrement sa conduite.

On voit la diiïérence. D'une part, une solennelle concorde ; de l'autre, des colères mal retenues, des susceptibilités extrêmes. D'un côté, une sorte de concile; de l'autre, rien qui y ressemble. D'un côté, un décret formel porté par une autorité reconnue ; de l'autre, des opinions diverses qui restent en présence, sans se rien céder réciproquement, si ce n'est pour la forme. Inutile de dire quelle est la version (jui mérite la préférence. Le récit des- Actes est à peine vraisemblable, puisque, d'après ce récit, le concile

1 . Nous établirons plus tard que c'est là le vrai sens. En tout cas, le doule sur la question de savoir si Tite fut ou ne fut pas circoncis impoMe peu au raisonnement que nous poursuivons ici.

INTRODUCTION

XXXVÏl

a pour occasion une dispute dont on ne voit plus de trace dès que le concile est réuni. Les deux orateurs y tiennent des discours en opposition avec ce que nous savons par ailleurs de leur rôle. Le décret que le concile est censé avoir porté est sûrement une fiction. Si ce décret, dont Jacques aurait fixé la rédaction, avait été réellement promulgué, pourquoi ces transes du bon et timide Pierre devant les gens envoyés par Jacques? Pourquoi se cache-t-il? Lui et les chrétiens d'Antioche agissaient en pleine conformité avec le décret dont les termes auraient été arrêtés par Jacques lui-même. L'affaire de la circoncision eut lieu vers 51. Quelques années après, vers l'an 56, la querelle que le décret aurait terminée est plus vive que jamais. L'Église de Galatie est troublée par de nouveaux émissaires du parti juif de Jérusalem^. Paul répond à cette nouvelle attaque de ses ennemis par sa foudroyante épître. Si le décret rapporté ^4 cL, xv, avait quelque réalité, Paul avait un moyen bien simple de mettre fin au débat, c'était de le citer. Or, tout ce qu'il dit suppose la non-existence de ce décret. En 57, Paul, écrivant aux Corinthiens, ignore le même décret et même en viole les prescriptions. Le décret ordonne de s'abstenir des viandes immolées aux

\, Comp. Act., XV, 1 ; Gai., i, 7; ii, 12.

LES APOTRES

INTRODUCTION

idoles. Paul, au contraire, est d'avis qu'on peut trèsbien manger de ces viandes si cela ne scandalise personne , mais qu'il faut s'en abstenir dans le cas où cela ferait du scandale^. En 58, enfin, lors du dernier voyage de Paul à Jérusalem , Jacques est plus obstiné que jamais 2. Un des traits caractéristiques des Actes, trait qui prouve bien que l'auteur se propose moins de présenter la vérité historique et même de satisfaire la logique que d'édifier des lecteurs pieux, est cette circonstance que la question de l'admission des incirconcis y est toujours résolue sans l'être jamais. Elle l'est d'abord par le baptême de l'eunuque de la candace, puis par le baptême du centurion Corneille, tous deux miraculeusement ordonnés, puis par la fondation de l'Église d'Antioche (xi, 19 et suiv.), puis par le prétendu concile de Jérusalem, ce qui n'empêche pas qu'aux dernières pages du livre (xxi, 20-21) la question est encore en suspens. A vrai dire, elle resta toujours en cet état. Les deux fractions du christianisme naissant ne se fondirent jamais. Seulement, l'une d'elles, celle qui garda les pratiques du judaïsme, resta inféconde et s'éteignit obscurément. Paul fut si loin d'être accepté de tous, qu'après sa mort une portion du chris-

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