‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 375 sur 1128 · Je sacrifierais cependant volontiers Ananie et Saphire · texte numérisé non relu

Je sacrifierais cependant volontiers Ananie et Saphire

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peu critique que de le suivre aveuglément. Quelques paragraphes, d'ailleurs, même en cette première partie, ont une valeur reconnue de tous et représentent des mémoires authentiques, extraits par le dernier rédacteur. Le chapitre xii, en particulier, est de trèsbon aloi, et paraît provenir de Jean-Marc.

On voit dans quelle détresse nous serions, si nous n'avions pour documents en cette histoire qu'un livre aussi légendaire. Heureusement, nous en avons d'autres, qui se rapportent, il est vrai, directement à la période qui fera l'objet de notre livre troisième, mais qui répandent déjà sur celle-ci de très-grandes clartés. Ce sont les épîtres de saint Paul. L'épître aux Galates surtout est un véritable trésor, la base de toute la chronologie de cet âge, la clef qui ouvre tout, le témoignage qui doit rassurer les plus sceptiques sur la réalité des choses dont on pourrait douter. Je prie les lecteurs sérieux qui seraient tentés de me regarder comme trop hardi ou comme trop crédule de relire les deux premiers chapitres de cet écrit singulier. Ce sont, bien certainement, les deux pages les plus importantes pour l'étude du christianisme naissant. Les épîtres de saint Paul ont, en effet, un avantage sans égal en cette histoire : c'est leur authenticité absolue. Aucun doute n'a jamais été élevé par la critique sérieuse contre l'authenticité

de l'épître aux Galates, des deux épîtres aux Corinthiens, de l'épître aux Romains. Les raisons par lesquelles on a voulu attaquer les deux épîtres aux Thessaloniciens et celle aux Philippiens sont sans valeur. En tête de notre livre troisième, nous aurons à discuter les objections plus spécieuses, quoique aussi peu décisives, qu'on a élevées contre l'épître aux Colossiens et le billet à Philémon; le problème particulier que présente l'épître aux Éphésiens ; les fortes preuves, enfin, qui portent à rejeter les deux épîtres à Timothée et celle à Tite. Les épîtres dont nous aurons à faire usage en ce volume sont celles dont l'authenticité est indubitable; ou, du moins, les inductions que nous tirerons des autres sont indépendantes de la question de savoir si elles ont été ou non dictées par saint Paul.

On n'a pas à revenir ici sur les règles de critique qui ont été suivies dans la composition de cet ouvrage; car on l'a déjà fait dans l'introduction de la Vie de Jésus. Les douze premiers chapitres des 4cto sont, en effet, un document analogue aux Évangiles synoptiques, et qui demande à être traité de la même façon. Ces sortes de documents, à demi historiques, à demi légendaires, ne peuvent être pris ni comme des légendes, ni comme de l'histoire. Presque tout y est faux dans le détail , et néanmoins il est permis d'en

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XLUl

induire de précieuses vérités. Traduire purement et simplement ces récits, ce n'est pas faire de l'histoire. Ces récits, en effet, sont souvent contredits par d'autrès textes plus autorisés. Par conséquent, même dans les cas où nous n'avons qu'un seul texte, on est toujours fondé à craindre que, s'il y en avait d'autres, la contradiction n'existât. Pour la vie de Jésus, le récit de Luc est sans cesse contrôlé et rectifié par les deux ^autres Evangiles synoptiques et par le quatrième. N'est-il pas probable, je le répète, que, si nous avions pour les Actes l'analogue des Évangiles synoptiques et du quatrième Évangile, les Actes seraient mis en défaut sur une foule de points où nous n'avons maintenant que leur témoignage? De tout autres règles nous guideront dans notre livre troisième , où nous serons en pleine histoire positive, et où nous aurons entre les mains des renseignements originaux et parfois autobiographiques. Quand saint Paul nous donne lui-même le récit de quelque épisode de sa vie qu'il n'avait pas d'intérêt à présenter sous tel ou tel jour, il est clair que nous n'avons qu'à insérer mot à mot dans notre récit ses paroles mêmes, selon la méthode de Tillemont. Mais, quand nous avons affaire h un narrateur préoccupé d'un système, écrivant pour faire prévaloir certaines idées, ayant ce mode de rédaction

enfantin, aux contours vagues et mous, aux couleurs absolues -et tranchées, qu offre toujours la légende, le devoir du critique n'est pas de s'en tenir au texte; son devoir est de tâcher de découvrir ce que le texte peut receler de vrai, sans jamais se croire assuré de l'avoir trouvé. Défendre à la critique de pareilles interprétations serait aussi peu raisonnable que si l'on commandait à l'astronome de ne s'occuper que de l'état apparent du ciel. 'L'astronomie, au contraire, ne consiste-t-elle pas à redresser la parallaxe causée par la position de l'observateur et à construire un état réel véritable d'après un état apparent trompeur ?

Comment, d'ailleurs, prétendre qu'on doit/ suivre à la lettre des documents où se trouvent des impossibilités? Les douze premiers chapitres des Actes sont un tissu de miracles. Or, une règle absolue de la critique, c'est de ne pas donner place dans les récits historiques à des circonstances miraculeuses. Cela n'est pas la conséquence d'un système métaphysique. C'est tout simplement un fait d'observation. On n'a jamais Constaté de faits de ce genre. Tous les faits prétendus miraculeux qu'on peut étudier de près se résolvent en illusion ou en imposture. Si un seul miracle était prouvé, on ne pourrait rejeter en bloc tous ceux des anciennes histoires ; car, après tout, en

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admettant qu'un très-grand nombre de ces derniers fussent faux, on pourrait croire que certains seraient vrais. Mais il n'en est pas ainsi. Tous les miracles discutables s'évanouissent. N'est-on pas autorisé à conclure de là que les miracles qui sont éloignés de nous par des siècles, et sur lesquels il n'y a pas moyen d'établir de débat contradictoire, sont aussi sans réalité? En d'autres termes, il n'y a de miracle que quand on y croit; ce qui fait le surnaturel, c'est la foi. Le catholicisme, qui prétend que la force miraculeuse n'est pas encore éteinte dans son sein, subit r lui-même l'influence de cette loi. Les miracles qu'il prétend faire ne se passent pas dans les endroits où il faudrait. Quand on a un moyen si simple de se prouver, pourquoi ne pas s'en servir au grand jour? Un miracle à Paris, devant des savants compétents, mettrait fin à tant de doutes! Mais, hélas! voilà ce qui n'arrive jamais. Jamais il ne s'est passé de miracle devant le public qu'il faudrait convertir, je veux dire devant des incrédules. La condition du miracle, c'est la crédulité du témoin. Aucun -miracle ne s'est produit devant ceux qui auraient pu le discuter et le critiquer. 11 n'y a pas à cela une seule exception. Cicéron l'a dit avec son bon sens et sa finesse ordinaires: «Depuis quand cette force secrète a-t-elle disparu ? Ne serait-ce pas depuis

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(lue les hommes sont devenus moins crédules ^ ? » (( Mais, dit-on, s'il est impossible de prouver qu'il y ait jamais eu un fait surnaturel, il est impossible aussi de prouver qu'il n'y en a. pas eu. Le savant positif qui nie le surnaturel procède donc aussi gratuitement que le croyant qui l'admet. » Nullement. C'est à celui qui affirme une proposition de la prouver. Celui devant qui on l'affirme n'a qu'une seule chose à faire, attendre la preuve et y céder si elle est bonne. On serait venu sommer Buffon de donner une place dans son Histoire naturelle aux sirènes et aux centaures, Buffon aurait répondu : « Montrez-moi un spécimen de ces êtres, et je les admettrai ; jusque-là, ils n'existent pas pour moi. — Mais prouvez qu'ils n'existent pas. — C'est à vous de prouver qu'ils existent.» La charge de faire la preuve, dans la science, pèse sur ceux qui allèguent un fait. Pourquoi ne croit-on plus aux anges, aux démons, quoique d'innombrables textes historiques en supposent l'existence? Parce que jamais l'existence d'un ange, d'un démon ne s'est prouvée.

Pour soutenir la réalité du miracle, on fait appel à des phénomènes qu'on prétend n'avoir pu se passer selon le cours des lois de la nature, la création de l'homme, par exemple. «La création de l'homme.

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