Jos., A7it., XVIII, IV
[An 37]
(le père de celui qui fut empereur) était alors légat impérial de Syrie. 11 cherchait à gagner les bonnes grâces des populations, et il fit rendre aux Juifs les vêtements pontificaux qui, depuis Hérode le Grand, étaient gardés dans la tour Antonia ^. Loin de soutenir Pilate dans ses actes de rigueur, il donna raison aux plaintes des indigènes, et renvoya Pilate à Rome pour répondre aux accusations de ses administrés (commencement de ran 36) . Le principal grief de ceux-ci était que le procurateur ne se prêtait pas assez complaisamment à leurs désirs d'intolérance 2. Vitellius le remplaça provisoirement par son ami Marcellus , qui fut sans doute plus attentif à ne pas mécontenter les Juifs, et par conséquent plus facile à leur accorder des meurtres religieux. La niort de Tibère (le mars de Tan 37) ne fit qu'encourager Vitellius dans cette politique. Les deux premières années du règne de Caligula furent une époque d'afl'aiblissement général de l'autorité romaine en Syrie. La politique de ce prince, avant qu'il eut perdu l'esprit, fut de rendre aux peuples de l'Orient leur autonomie et des chefs indigènes. C'est ainsi qu'il établit les royautés ou principautés d'Antiochus de Comagène, d'Hérode
4. Jos., AnU. XV, XI, 4; XVIII, iv, 2. Comp. XX, i, 4, 8. î. Tout le procès de Jésus le prouve. Comparez Ad., xxiv, 27; XXV, 9.
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Agrippa, de Soheym, de Cotys, de Polémon II, et qu'il laissa s'agrandir celle de Hâreth*. Quand Pilate arriva à Rome, il trouva le nouveau règne déjà commencé. Il est probable que Cajigula lui donna tort, puisqu'il confia le gouvemement de Jérusalem à un nouveau fonctionnaire, Marullus, lequel paraît n'avoir pas excité de la part des Juifs les violentes récriminations qui accablèrent d'embarras le pauvre Pilate et Tabreuvèrent d'ennuis 2.
Ce qu'il importe, en tout cas^ de remarquer, c'est qu'à l'époque où nous sommes, les persécuteurs du christianisme ne sont pas les Romains; ce sont les Juifs orthodoxes. Les Romains conservaient, au milieu de ce fanatisme, un principe de tolérance et de raison. Si on peut reprocher quelque chose à l'autorité impériale, c'est d'avoir été trop faible et de ne pas avoir tout d'abord coupé court aux conséquences civiles d'une loi sanguinaire, ordonnant la peine de mort pour des délits religieux. Mais la domination romaine n'était pas encore un pouvoir complet comme elle le fut plus tard ; c'était une sorte de protectorat
h. Suétone, Caius, 16; Dion Cassius, LIX, 8, 12; Josèphe, Ani., XVIII, V, 3; VI, fb; II Cor., xi, 32.
2. Ventidius Cumanus éprouva des aventures toutes semblables. Il est vrai que Josèphe exagère les disgrâces de tous ceux qui ont été opposés à sa nation.
144 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 37)
OU de suzeraineté. On poussa la condescendance jusqu'à ne pas mettre la tète de Temperéur sur les monnaies frappées sous les procurateurs, afin de ne pas choquer les idées juives ^ Rome ne cherchait pas encore, en Orient du moins, à imposer aux peuples vaincus ses lois, ses dieux, ses mœurs; elle les laissait dans leurs pratiques locales, en dehors du droit romain. Leur demi-indépendance était comme un signe de plus de leur infériorité. Le pouvoir impérial en Orient, à cette époque, ressemblait assez à l'autorité turque, et l'état des populations indigènes h celui des raïas. L'idée de droits égaux et de garanties égales pour tous n'existait pas. Chaque groupe provincial avait sa juridiction, comme aujourd'hui les diverses Églises chrétiennes et les juifs dans l'empire ottoman. Il y a peu d'années , en Turquie , les patriarches des diverses communautés de rdias^ pour peu qu'ils s'entendissent avec la Porte, étaient souverains à regard de leurs subordonnés, et pouvaient prononcer contre eux les peines les plus
cruelles.
L'année de la mort d'Etienne pouvant flotter entre les années 36, 37, 38, on ne sait si Raïapha doit en porter la responsabilité. Raïapha fut déposé par