Matth., XXIV, 15; Marc, xiii, U
%. La légende de Daniel était déjà formée au vii« siècle avant J.-C. (Ézéchiel, xiv, U et suiv.; xxviii, 3). Pius tard, on supposa qu'il avait vécu au tenips do la captivité de Babylone.
des derniers temps. Son auteur, vrai créateur de la philasophie de Thistoire, avait pour la première fois osé ne voir dans le mouvement du monde et la succession des empires qu'une fonction subordonnée aux destinées du peuple juif. Jésus , dès sa jeunesse, fut pénétré de ces hautes espérances. Peut-être lut-il aussi les livres d'Hénoch , alors révérés à Tégal des livres saints * , et les autres écrits du même genre , qui entretenaient un si grand mouvement dans Timagination populaire. L'avènement du Messie avec ses gloires et ses terreurs, les nations s'écroulant les unes sur les autres , le cataclysme du ciel et de la terre furent l'aliment familier de son imagination, et, comme ces révolutions étaient censées prochaines, qu'une foule de personnes cherchaient à, en supputer les temps, l'ordre surnaturel où nous transportent de telles visions lui parut tout d'abord parfaitement naturel et simple.
4. Epist. Judœ, 6, U et suiv.; II Pétri, ii, 4, 41 ; Testant, des douze pair., Siméon, 5; Lévi, 10, 44, 16; Juda, 18; Zab., 3; Dan, 5; Benj., 9; Nephthali, i^y Epist. Bamahœ,c. 4, 16 (d'après le Codex Sindilicus). Voir ci- dessus, introd., p. xlii-xliii. Le m livre d'Hénoch » forme encore une partie intégrante de la Bible éthiopienne. Tel que nous le connaissons par la version éthiopienne, il est composé de pièces de différentes dates. Quelques-unes de ces pièces ont de Tanalogie avec les discours de Jésus. Comparez, par exemple, les ch. xcvi-xcix à Luc, vi, 24 et suiv.
VIE DE JÉSUS
Qu'il n'eût aucune connaissance de l'état général du monde, c'est ce qui résulte de chaque trait de ses discours les plus authentiques. La terre lui paraîl encore divisée en royaumes qui se font la guerre ; il semble ignorer la « paix romaine » , et l'état nouveau de société qu'inaugurait son siècle. Il n'eut aucune idée précise de la puissance de l'Empire; le nom de « César » seul parvint jusqu'à lui. Il vit bâtir, en Galilée ou aux environs, Tibériade, Juliade, Diocésarée, Césarée, ouvrages pompeux des Hérodes, qui cherchaient, par ces constructions magnifiques, à prouver leur admiration pour la civilisation romaine et leur dévouement envers les membres de la famille d'Auguste, dont les noms, par un caprice du sort, servent aujourd'hui, bizarrement altérés, à désigner de misérables hameaux de Bédouins. Il vit aussi probablement Sébaste, œuvre d'Hérode le Grand, ville de parade, dont les ruines feraient croire qu'elle a été apportée là toute faite, comme une machine qu'il n'y avait plus qu'à monter sur place. Cette architecture d'ostentation, arrivée en Judée par chargements, ces centaines de colonnes, toutes du même diamètre, ornement de quelque insipide « rue de Rivoli )), voilà ce qu'il appelait « les royaumes du monde et toute leur gloire » . Mais ce luxe de commande, cet art administratif et officiel lui déplai-
saient. Ce qu'il aimait, c'étaient ses villages galiléons, mélange confus de cabanes, d'aires et de pressoirs taillés dans le roc, de puits, de tombeaux, de figuiers, d'oliviers. Il resta toujours près de la nature. La cour des rois lui apparaît comme un lieu où les gens ont de beaux habits ^ Les^charmantes impossibilités dont fourmillent ses paraboles, quand il met en scène les rois et les puissants», prouvent qu'il ne conçut jamais la société aristocratique que comme un jeune villageois qui voit le monde à travers le prisme de sa naïveté.
Encore moins connut-il l'idée nouvelle, créée par la science grecque, base de toute philosophie, et que la science moderne a hautement confirmée, l'exclusion des forces surnaturelles auxquelles la naïve croyance des vieux âges attribuait le gouvernement de l'univers. Près d'un siècle avant lui, Lucrèce avait exprimé d'une façon admirable l'inflexibilité du régime général de la nature. La négation du miracle, cette idée que tout se produit dans le monde par des lois où l'intervention personnelle d'êtres supérieurs n'a aucune part, était de droit commun dans les grandes écoles de tous les pays qui avaient reçu la science
VIE DE JÉSUS
grecque. Peut-être même Babylone et la Perse n^y étaient-^lles pas étrangères. Jésus ne sut rien de ce progrès. Quoique né k une époque où le principe de la science positive était déjà proclamé , il vécut en plein surnaturel. Jamais peut-être les Juifs n'avaient été plus possédés de la soif du merveilleux. Philon, qui vivait dans un grand centre intellectuel , et qui avait reçu une éducation très-complète, ne possède qu'une science chimérique et de mauvais aloi.
Sur ce point , Jésus ne différait nullement de ses compatriotes. Il croyait au diable, qu'il envisageait c,omme une sorte de génie du mal \ et il s'imaginait, avec tout le monde, que les maladies nerveuses étaient l'effet de démons, qui s'emparaient du patient et l'agitaient. Le merveilleux n'était pas pour lui i'exceptiQnnel ; c'était l'état normal. La notion du surnaturel, avec ses iiupossibilités, n'apparaît que le jour où naît la science expérimentale de la nature. L'homme étranger à toute idée de physique, qui croit qu'en priant il change la marche des nuages, arrête la maladie et la mort même, • ne trouve dans le miracle rien d'extraordinaire, puisque le cours entier des choses est pour lui le résultat de volontés libres de la Divinité. Cet état intellectuel fut toujœirs celui