Carm. sibylL, livre lll
4. Estner,\h 13; vu, 10; viii,7,11-17; ix, 1-22. Comparez dan» IlÉ parties apocryphe» : ix, 1M4 ; xiv, 43 et suiv.; IVi, 20, 24.
VIE DE JÉSUS
rien désabusé qui a écrit l'Ecclésiaste pense si peu a l'avenir, qu'il trouve même inutile de travailler pour ses enfants; aux yeux de ce célibataire égoïste, le dernier mot de la sagesse est de placer son bien à fonds perdue Mais les grandes choses dans un peuple se font d'ordinaire par la minorité. Avec ses énormes défauts, dur, égoïste, moqueur, cruel, étroit, subtil, sophiste, le peuple juif est cependant l'auteur du plus beau mouvement d'enthousiasme désintéressé dont parle l'histoire. L'opposition fait toujours la gloire d'un pays. Les plus grands hommes d'une nation sont souvent ceux qu'elle met à mort. Socrate a illustré Athènes, qui n'a pas jugé pouvoir vivre avec lui* Spinoza est le plus grand des juifs modernes, et la synagogue l'a exclu avec ignominie. .
( Jésus a été l'honneur du peuple d'Israël , qui l'a"^ ^
l crucifié.
Un gigantesque rêve poursuivait depuis des siècles le peuple juif, et le rajeunissait sans cesse dans sa décrépitude. Etrangère à la théorie des récompenses individuelles, que la Grèce a répandue sous le nom d'immortalité de l'âme, la Judée avait concentré sur son avenir national toute sa puissance d'amour et de
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1. Ecd., I, 11 ; II, la, 18-24; m, 19-22; iv, 8, 45-16;, v, 17-18. VI, 3, 6; viii, 15; i\, 9, 10.
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désir. Elle crut avoir lec promesses divines d'une destinée sans bornes, et, comme Tamère réalité qui, à partir du ix* siècle avant notre ère, donnait de plus en plus le royaume du monde à la force, refoulait brutalement ces aspirations, eile se rejeta sur les. alliances d'idées les plus impossibles, essaya les volteface les plus étranges. Avant la captivité, quand tout l'avenir terrestre de la nation se fut évanoui par la séparation des tribus du Nord, on rêva la restauration de la maison de David, la réconciliation des deux fractions du peuple, le triomphe de la théocratie et du culte de Jéhovah sur les cultes idolâtres. A l'époque de la captivité, un poète plein d'harmonie vit la splendeur d'une Jérusalem future , dont les peuples et les îles lointaines seraient tributaires , sous des couleurs si douces, qu'on eut dit qu'un rayon des regards de Jésus l'eût pénétré à une distance de six siècles *.
La victoire de Gyrus sembla quelque temps réaliser tout ce qu'on avait espéré. Les graves disciples de l'Avesta et les adorateurs de Jéhovah se crurent frères. La Perse était arrivée, en bannissant les dévas multiples et en les transformant en démons (divs) , h tirer des vieilles imaginations ariennes, essentiellement naturalistes, une sorte de monothéisme. Le ton
prophétique de plusieurs des enseignements de l'Iran avait beaucoup d'analogie avec certaines compositions d'Osée et d'Isaïe. Israël se reposa cous les Achéménides S et, sous Xerxès (Assuérus), se fit, dit-on, redouter des Iraniens eux-mêmes. Puis l'entrée triomphante et souvent brutale de la civilisation grecque et romaine en Asie le rejeta dans les rêves. Plus que jamais , il invoqua le Messie comme juge et vengeur des peuples. Il lui fallut un renouvellement complet, une révolution prenant la terre à ses racines et l'ébranlant de fond en comble, pour satisfaire l'énorme besoin de vengeance qu'excitaient chez lui le sentiment de sa supériorité et la vue de ses humiliations*. ' |
Si Israël avait eu la doctrine, dite spiritualiste, qui coupe l'homme en deux parts, le corps et l'âme, et trouve tout naturel que, pendant que le corps pourrit, l'âme survive, cet accès de rage et d'énergique protestation n'aurait pas eu sa raison d'être. Mais une telle doctrine, sortie de la philosophie grecque, n'était
I. Tout le livre d'Esther respire un grand attachement à cette dynastie. L'Ecclésiaste , qui paraît avoir été écrit vers la môme époque, montre dans les idées juives un singulier relâchement.
S. Lettre apocr. de Baruch, dans Fabricius. Cod. pseud. V. T,, II, p. U7 et suiv., et dans Ceriani, Monum, sacra et prof. j 1^ fiasc. I, p. 96 et suiy.