‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 62 sur 1128 · Jos., Ant.j XVI, VI, 2, 3; XVIII, i · texte numérisé non relu

Jos., Ant.j XVI, VI, 2, 3; XVIII, i

pour rien dans les grands mouvements fanatiques. L'Algérie, aux premiers temps de l'occupation française, voyait se lever, chaque printemps , des inspirés, qui se déclaraient invulnérables et envoyés de Dieu pour chasser les infidèles; l'année suivante, leur mort était oubliée, et leur successeur ne trouvait pas une moindre foi. Très-dure par un côté, la domination romaine, peu tracassière encore, permettait beaucoup de liberté. Ces grandes dominations brutales, terribles dans la répression, n'étaient pas soupçonneuses comme le sont les puissances qui ont un dogme à garder. Elles laissaient tout faire jusqu'au jour où elles croyaient devoir sévir. Dans sa carrière vagabonde, on ne voit pas que Jésus ait été une seule fois gêné par la police. Une telle liberté, et par-dessus tout le bonheur qu'avait la Galilée d'être beaucoup moins resserrée dans les liens du pédantisme pharisaïque, donnaient à cette contrée une vraie supériorité sur Jérusalem. La révolution, ou en d'autres termes le messianisme, y faisait travailler toutes les têtes. On se croyait à la veille de la grande rénovation; l'Écriture, torturée endos sens divers, servait d'aliment aux plus colossales fîspérances. A chaque ligne des simples écrits de l'Ancien Testament, on voyait l'assurance et en <îueIquQ sorte le programme du règne futur qui devait appor-

M OUIGIiNES DU CUUISTIANISMlE.

ter la paix âuX justes et sceller à jamais l'œuvre de

Dieu.

De tout temps, cette division en deux parties opposées d'intérêt et d'esprit avait été pour la nation hébraïque un principe de force dans Tordre moral. Tout peuple appelé à de hautes destinées doit être un petit monde complet, renfermant dans son sein les pôles contraires. La Grèce offrait à quelques lieues de distance Sparte et Athènes, les deux antipodes pour un observateur superficiel, en réalité sœurs rivales, nécessaires Tune à Tautre. 11 en fut de même de la Judée. Moins brillant en un sens que le développement de Jéi^usalem , celui du Nord fut en somme aussi fécond ; les œuvres les plus vivantes du peuple juif étaient toujours venues de là. Une absence totale du sentiment de la nature , aboutissant à quelque chose de sec, d'étroit ,Jle^farouche, "^ a "IR^appriêTleiOTè^^^^ hiérosolymites d'un

caractère grandiose, mais triste, aride et repoussant. \< Avec ses docteurs solennels, ses insipides canonistcs, \'^ ^ / ses dévots hypocrites et aU;abilaires, Jérusalem n'eût V A v' pas conquis l'humanité. Le Nord a donné au monde ^ ^«^ !a naïve Salamite, l'humble Chananéenne, la pas- ^ sionnée Madeleine, le bon nourricier Joseph, la vierge Marie. Le Nord seul a fait le christianisme ; Jérusalem, au contraire, est la vraie patrie du

VIE DE JÉSUS

judaïsme obstiné qui , Jbadâ^iacJÊS^^^har^ fixé par JgJïalmud^ a traversé le moyen âge et est venu jusqu'à nous.

Une nature ravissante contribuait à former cet esprit beaucoup moins austère, moins âprement monothéiste, si j'ose le dire, qui imprimait à tous les rêves de la Galilée un tour idyllique et charmant. Le plus triste pays du monde est peut-être la région voisine de Jérusalem. La Galilée , au contraire, était un pays très-vert, très-ombragé, très-souriant, le vrai pays du Cantique des cantiques et des chansons du bien-aimé*. Pendant les deux mois de mars- et d'avril, la campagne est un tapis de fleurs, d'une franchise de couleurs incomparable. Les animaux y sont petits, mais d'une douceur extrême. Des tourterelles sveltes et vives, des merles bleus si légers qu'ils posent sur une herbe sans la faire plier, des

•1. Jos., B. J.j Ilf, m, 2. L'hornblc olat où le pays est réduit, siMlout près du lac de Tibériade, ne doit pas faire illusion. Cts l»ays, maintenant brûlés, ont été autrefois des paradis terrestres. Les bains de Tibériade, qui sont aujourdhui un affreux séjour, ont été autrefois le plus bel endroit de la Galilée (Jos., Ant., XVIII, II, 3). Josèpho [Bell. Jitcl.j III, x, 8) vante les beaux arbrbd de la plain,, de Génésareth, où il n'y en a pî: un seul. Antonin Martyr, vers Tan 600, cinquante ans par conséquent avant l'invasion musulmane, trouve encore la Galilée couverte de plantations délicieuses, et compare sa fertilité à celle de l'Egypte [Itin-, § 5).

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alouelles huppées, qui viennent presque se mettre sous .les pieds du voyageur, de petites tortues de ruisseau , dont l'œil est vif et doux , des cigognes à Tair pudique et grave, dépouillant toute timidité, se laissent approcher de très-près par l'homme et semblent rappeler. En aucun pays du monde, les montagnes ne se déploient avec plus d'harmonie et n'inspirent de plus hautes pensées. Jésus semble les avoir particulièrement aimées. Les actes les plus fmportants de sa carrière divine se passent sur les montagnes : c'est là qu'il était le mieux inspiré ' ; c'est là qu'il avait avec les anciens prophètes de secrets entretiens, et qu'il se montrait aux yeux de ses disciples déjà transfiguré*.

Ce joli pays, devenu aujourd'hui, par suite de fénorme appauvrissement que l'islamisme turc a opéré dans la vie humaine , si morne , si navrant , mais où tout ce que l'homme n'a pu détruire respire encore l'abandon, la douceur, la tendresse, surabondait, à l'époque de Jésus, de bien-être et de gaieté. Les Galiléens passaient pour énergiques , braves et laborieux ' . Si l'on excepte Tibériade, bâtie par An tipas

-1. Matth., V, 1; xiv, 23; Luc, vi, ^î.

2. Matth., XVII, i et suiv.; Marc, ix, 4 et suiv.; Luc, ix, 28 et suiv.

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