I. Tacite, Arm.j
*. Étudiez le caractère d'Euthyphron dans Platon,
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sur la scène tuaient quelquefois. Ils tuèrent Socrate; ils faillirent tuer Alcibiade. Anaxagore, Protagoras, Théodore l'Athée, Diagoras de Mélos, Prodicus de Céos, Stilpon, Aristote, Théophraste, Aspasie, Euripide S furent plus ou moins sérieusement inquiétés. La liberté de penser fut, en somme, le fruit des royautés sorties de la conquête macédonienne. Ce furent les Attales, les Ptolémées, qui les premiers donnèrent aux penseurs les facilités qu'aucune des vieilles républiques ne leur avait offertes. L'empire romain continua la même tradition. Il y eut, sous l'Empire, plus d'un acte arbitraire contre les philosophes ; mais cela venait toujours de ce qu'ils s'occupaient de politique ^ . On chercherait vainement , dans le recueil des lois romaines antérieures à Constantin , un texte contre la liberté de penser; dans l'histoire des empereurs, un procès de doctrine abstraite^ Pas un savant ne fut iliquiété. Des hommes que le moyen âge eut brûlés, tels que Galien , Lucien, Plotin, vécurent tranquilles, protégés par la loi. L'Empire inaugura une période de liberté, en ce
1. Diog. Lacrce, II, 101, 116; V, 5, 6, 37, 38; IX, 52; Athénée, XIÏI, 92; XV, 32; Élien, Var. lllst.. Il, 23; lïl, 36; Plutarque, Périclès, 32; De plac. philos., I, vu, 2; Diod. Sic, XIIÎ, vi, 7 ; Scol. d'Aristophane, in Aves, 1073.
2. En particulier, sous Vespasien ; fait d'Uelvidius Priscus.
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sens qu'il éteignit la souveraineté absolue de la famille, de la ville, de la tribu, et remplaça ou tempéra ces souverainetés par celle de l'Etat. Or, un pouvoir absolu est d'autant plus vexatoire qu'il s'exerce dans un cercle plus restreint. Les républiques anciennes, la féodalité tyrannisèrent l'individu bien plus que ne l'a fait l'État. Certes, l'empire romain, à certaines époques, persécuta durement le christianisme*; mais du moins il ne l'arrêta pas. Or, les républiques l'eussent rendu impossible; le judaïsme, s'il n'avait pas subi la pression de l'autorité romaine, eut sufli pour rétoutîer. Ce qui empêcha les pharisiens de tuer le christianisme, ce furent les magistrats romains 2.
De larges idées de fraternité universelle, sorties pour la plupart du stoïcisme ^ une sorte de sentiment général de l'humanité, étaient le fruit du régime moins étroit et de l'éducation moins exclusive auxquels l'individu était soumis^*. On rêvait une nouvelle
1. Nous essayerons cependant de montrer plus tard que ces persécutions, au moins jusqu'à crlle de Dèce, ont été exagérées.
2. Les premiers chrétiens sont, en effet, très - respectueux pour l'autorité romaine. Rom,, xiii, 1 et suiv.; I Pétri, iv, 14-16. Pour S. Luc, voyez ci-dessus, Introd., p. xxii-xxiii.
3. Diogène Laërce, VII, i, 32, 33; \ii\soho.\Prepar. évaiifj.,\\\ 45; et, en général, le De legibiis et le De o/ficiis de Cicéron.
4. Térence, lleautont,, I, i, 77; Cic, De finibiis bon, et mal..
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ère et de nouveaux mondes ^. La richesse publique était grande, et, malgré l'imperfection des doctrines économiques du temps, l'aisance fort répandue. Les mœurs n'étaient pas ce qu'on se figure souvent. A Rome, il est vrai, tous les vices s'affichaient avec un cynisme révoltant ^ ; les spectacles surtout avaient introduit une aflreuse corruption. Certains pays, comme l'Egypte, étaient aussi descendus à la dernière bassesse. Mais il y avait dans la plupart des provinces une olasse moyenne, où la bonté, la foi conjugale, les vertus domestiques, la probité, étaient suffisamment répandues^. Existe-t-il quelque part un idéal de la vie de famille, dans un monde
V, 23; Partit, orat., 16, 24; Ovide, Fastes, II, 684; Lucain,
VI, 54 et suiv.; Sénèqu*, Epist.,\\.\\\u xcv, ol el suiv.; De ira, I, 5; III, 43; Arrien , Dissert. d'Épict., I, ix, 6; II, v, 26, PIutarque. De la fort, des Rom., 2; De la fort. d'Alexandre, I, 8,9.
i. Virgile, Égl., iv; Sénèque, Médèe, 375 et suiv.
2. Tac, Am., II, 85; Suétone, 7*6., 35; Ovide, Fast., U, 497-514.
3. Les inscriptions de femmes contiennent les expressions les plus touchantes. « Mater omnium hominum, parens omnibus subvenions, » dans Renier, Inscr. de l Algérie, n° 1987. Comp. ibid., n° 2756; Mommsen, Inscr, R. N„ n° 1431. « Duobus virtulis et castitatis exempiis, » Not. et mém. de la Soc. de Constantine, 1865, p. 158. Voir Tinscription d'Urbanille, dans Guérin, Voy. archëoL dans la rég. de Tunis, I, 289 et la délicieuse inscription Orelli, n" 46 i8. Plusieurs de ces textes sont postérieurs au premier siècle; mais les sentiments qu'ils expriment n'étaient pas nouveaux, quand on les écrivît.
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d'honnêtes bourgeois de petites villes, plus charmant que celui que Plutarque nous a laissé? Quelle bonhomie ! quelle douceur de mœurs! quelle chaste et aimable simplicité ^ ! Ghéronée n'était évidemment pas le seul endroit ou la vie fiit si pure et si innocente.
Les habitudes, même en dehors de Rome, avaient bien encore quelque chose de cruel, soit comme reste des mœurs antiques, partout si sanguinaires, soit par Tinfluence spéciale de la dureté romaine. Mais on était en progrès sous ce rapport. Quel sentiment doux et pur, quelle impression de mélancolique tendresse n'avaient pas trouvé sous la plume de Virgile ou de TibuUe leur plus fine expression? Le monde s'assouplissait, perdait sa rigueur antique, acquérait de la mollesse et de la sensibilité. Des maximes d'humanité se répandaient 2; l'égalité, l'idée abstraite des droits de l'homme, étaient hautement prêchées par le stoïcisme \ La femme, grâce au sys-r tème dotal du droit romain, devenait de plus en plus maîtresse d'elle-même; les préceptes sur la manière
1. Propos de table, 1, v, I; Vie de Démoslh., 2; le dialogue de V Amour y 2, et surtout la Consolation à sa femme.
2. «Caritas generls humani, » Cic, De finiOus, V, 23. «Homo sacra res homini, » Sénèque, Episl., xcv, 33.