I Cor., I, 26 et suiv.; Jac, 11, 5 et suiv
avaient perdu toute importance depuis que l'empire romain, en conquérant le monde, était devenu la chose des peuples vaincus, ces races, dis-je, étaient moins solides que les nôtres, mais plus légères, plus vives, plus spirituelles, plus idéalistes. Le pesant matérialisme de nos classes déshéritées, ce quelque chose de morne et d'éteint, effet de nos climats et legs fatal du moyen âge, qui donne à nos pauvres une physionomie si navrante, n'était pas le défaut des pauvres dont il s'agit ici. Bien que fort ignorants et fort crédules, ils ne l'étaient guère plus que les hommes riches et puissants. Il ne faut donc pas se représenter l'établissement du christianisme comme analogue à ce que serait chez nous un mouvement partant des classes populaires et finissant (chose à nos yeux impossible) par obtenir l'assentiment des hommes instruits. Les fondateurs du christianisme étaient des gens du peuple, en ce sens qu'ils étaient vêtus d'une façon commune, qu'ils vivaient simplement, qu'ils parlaient mal, ou plutôt ne cherchaient en parlant qu'à exprimer leur idée avec vivacité. Mais ils n'étaient inférieurs comme intelligence qu'à un tout petit nombre d'hommes, survivants chaque jour plus rares du grand monde de César et d'Auguste. Comparés à l'élite de philosophes qui faisaient le lien entre le siècle d'Auguste et celui des x^ntonins,
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les premiers chrétiens étaient des esprits faibles. Comparés à la masse des sujets de l'Empire, ils étaient éclairés. Parfois on les traitait de libres penseurs; le cri de la populace contre eux était : « A mort les athées * î » Et cela n'est pas surprenant. Le monde faisait d'effrayants progrès en superstition. Les deux premièî-es capitales du christianisme des gentils, Antioche et Ephèse, étaient les deux villes de l'Empire les plus adonnées aux croyances surnaturelles. Le II" et le 111' siècle poussèrent jusqu'à la démence la soif du merveilleux et la crédulité.
Le christianisme naquit en dehors du monde officiel, mais non pas précisément au-dessous. C'est en apparence et selon les préjugés mondains que les disciples de Jésus étaient de petites gens. Le mondain aime ce qui est fier et fort; il parle sans affabilité à l'homme humble; l'honneur, comme il l'entend, consiste à ne pas se laisser insulter; il méprise celui qui s'avoue faible, qui souffre tout, se met au-dessous de tout, cède sa tunique, tend sa joue aux soufflets. Là est son erreur; car le faible, qu'il dédaigne, lui est d'ordinaire supérieur; la somme de vertu est chez ceux qui obéissent (servantes, ouvriers.
1. Aipe Tcùç àôeouç. Voir la relation du martyre de saint Polycarpe, § 3, 9, 12, dans Ruinart, Acta sincera, p. 31 et suiv.
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LES APOTRES
soldats, marins, etc.) plus grande que chez ceux qui commandent et jouissent. Et cela est presque dans l'ordre, puisque commander et jouir, loin d'aider à la vertu , sont une difficulté pour être vertueux.
Jésus comprit à merveille que le peuple a dans son sein le grand réservoir de dévouement et de résignation qui sauve le monde. Yoilà pourquoi il proclama heureux les pauvres, jugeant qu'il leur est plus aisé qu'aux autres d'être bons. Les chrétiens primitifs furent, par essence, des pauvres. « Pauvres » fut leur nom ^. Même quand le chrétien fut riche, au if et au m* siècle, il fut en esprit un tenuior^; il se sauva grâce à la loi sur les collegia tenuiorum. Les chrétiens n'étaient certes pas tous des esclaves et des gens de basse condition ; mais l'équivalent social d'un chrétien était un esclave; ce qui se disait d'un esclave se disait d'un chrétien. De part et d'autre, on se fait honneur des mêmes vertus, bonté, humilité, résignation, douceur. Le jugement des auteurs païens est à cet égard unanime. Tous sans exception reconnaissent dans le chrétien les traits du caractère servile, indifférence pour les grandes affaires, air triste et contrit, jugement morose sur
1. Ebioniîn. Voir Vie de Jésus, p. 179 et suiv., en rapprochant Jac, II, o et suiv. Gomp. les «twxoI tw Tr/eufxan. Matth., v, 3.