‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 807 sur 1128 · Urbem... quo cuncta undique atrocia aut pudenda confluunt · texte numérisé non relu

Urbem... quo cuncta undique atrocia aut pudenda confluunt

celebranturque. Tacite, Ann,, XV, 44.

,g- ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 51]

l'assaut des grandes villes où elles viennent chercher fortune, ils étaient serviables et humbles. Avec eux débarquaient des troupes de Grecs, d'Asiates, d'Égyptiens, tous parlant grec. Rome était à la lettre une ville bilingue'. La langue du monde juif et du monde chrétien de Rome fut pendant trois siècles le grec K Le grec était à Rome la langue de tout ce qu'il y avait de plus méchant et de plus honnête, de meilleur et de plus bas. Rhéteurs, grammairiens, philosophes, dignes pédagogues, précepteurs, domestiques, intrigants, artistes, chanteurs, danseurs, proxénètes, artisans, prédicateurs de sectes nouvelles, héros religieux, tout ce monde parlait grec. L'ancienne bourgeoisie romaine perdait chaque jour du terrain , noyée qu'elle était dans ce flot d'étrangers.

Il est infiniment probable que, dès l'an 50, quel- ques juifs de Syrie, déjà chrétiens, entrèrent dans la capitale de l'empire et y semèrent leurs idées. En

I. L'épigraphie de la ville de Rome en fait foi; la littérature,

plus encore. . , . ^i •

î Pour les juifs, voir Garrucci, Cimitero degli antxchi Ebrex. p 63; Dissert, arch., II, p. 06-177, etc. Le quart seulement des inscriptions juives de Rome est en latin. - Pour les chrétiens, voir de Rossi, Inser. christ, urbis nomœ, I.- Juifs et chrétiens écrivaient souvent le latin en caractères grecs. Garrucci , Cim., p. 67, et Dissert., II , p. 164, 176, 1 80, 181, 183, 184.

[An 51] SAINT PAUL. 99

effet, parmi les bonnes mesures administratives de Claude, Suétone place la suivante : « Il chassa de Rome les jutfs, qui se livraient à de fréquents tumultes sous l'impulsion de Chrestus *. » Certainement, il est possible qu'il y ait eu à Rome un juif du nom de Chrestus % qui ait excité des troubles parmi ses coreligionnaires et amené leur expulsion. Mais il est bien plus vraisemblable ^ que ce nom de Chrestus n'est autre chose que le nom du Christ luimême*. L'introduction de la foi nouvelle provoqua

4. Suétone, Claude, ^^\ .^c^^xviii, 2. Les mesures de précaution que Claude prit contre les juifs d'après -Dion Cassius, LX, 6, n'ont rien de commun , ce semble , avec le fait rapporté par Suétone. Elles paraissent se rapporter à une date antérieure.

2. Ce nom est assez commun, surtout comme nom d'esclave ou d'affranchi; Orelli , 2414, etc.; Cic, Epist, fam„ II, 8. Voir van Dale, De orac, p. 604-605 ( 2* édit.). H était particulièrement porté par les juifs : Corp. inscr, gr., 21 U hh ; Lévy, Epigr. Beitr.j p. 301, 313; Ant. du Bosph. cimm., inscr. n» 22; Mél. gréco-rom. de l'Acad. de Saint-Pétersbourg, I, p. 98. Cf. Martial, VII, Liv; de Rossi, Roma soU.jl, tav. xxi, n» 4.

3. Ce qui fait de cette hypothèse presque une certitude, c'est la comparaison de Act., xviii, 2, et de Tacite, Ann., XV, 44. Tacite, en effet, suppose que les chrétiens avaient été réprimés avant Néron. Il est vrai que Tacite (ibid.) et Suétone lui-même ailleurs l Néron, 16) parlent plus exactement des chrétiens. Mais on peut supposer que Suétone copie, dans la vie de Claude, une relation ou un rapport de police du temps.

Page 1