Édit de Justinien
[An 53]
tocratie des penseurs se souciait peu des besoins sociaux qui se faisaient jour sous le coutert de tant de cultes grossiers. Un tel divorce est toujours puni. Quand la philosophie déclare qu elle ne s'occupe pas de religion, la religion lui répond en l'étouffant, et c'est justice, car la philosophie n'est quelque chose que si elle montre à l'humanité sa voie, si elle prend au sérieux le problème infini qui est le même pour tous. L'esprit libéral qui régnait à Athènes assurait à Paul une pleine sécurité. Ni juifs ni païens ne tentèrent rien contre lui; mais cette tolérance même était pire que la colère. Ailleurs, la doctrine nouvelle produisait une vive réaction, au moins dans la société juive ; ici , elle ne trouvait que des auditeurs curieux et blasés. Il paraît qu'un jour les auditeurs de Paul, voulant obtenir de lui une exposition en quelque sorte officielle de sa doctrine, le conduisirent à l'Aréopage, et, là, le sommèrent de dire quelle religion il prêchait. Certes, il est possible que ce soit ici une légende, et que la célébrité de l'Aréopage ait porté le narrateur des ActeSy qui n'avait pas été témoin oculaire, à choisir cet auditoire illustre pour y faire prononcer h son héros un discours d'apparat, une harangue philosophique \ Cependant, cette hypothèse
\ , Voir ci-dessous, p. 526, 545.
Il»
ORIGINES DU CHRISTIANISME. (An 53]
n'est pas nécessaire. L'Aréopage avait conservé sous les Romains son ancienne organisation '. Il avait même vu ses attributions s'accroître par suite de la politique qui porta les conquérants h supprimer en Grèce les anciennes institutions démocratiques et a les remplacer par des conseils de notables. L'Aréopa<^e avait toujours été le corps aristocratique d'Athènes; il gagna ce que perdit la démocratie. Ajoutons qu'on était à une époque de dilettantisme littéraire et que ce tribunal, par sa célébrité classique, exerçait un grand prestige. Son autorité morale était reconnue du monde entier'. L'Aréopage redevint ainsi, sous la domination romaine, ce quil avait été à diverses reprises dans l'histoire de la république athénienne , un corps poUtique, presque dégagé de fonctions judiciaires, le vrai sénat d'\thènes, n'intervenant qu'en certains cas et constituant une noblesse conservatrice de fonctionnaires retraités». A partir du i" siècle de notre ère, l'Aréopage figure dans les inscriptions en tète des pou-