CHAP. XIV. — BATAILLE DE MARATHON
thon et Hercules, et le héros Échétlus aimé d'un soc de charrue et écrasant les barbares en fuite. Voilà pourquoi jusqu'à nos jours on a cru que la plaine de Marathon était hantée, comme au temps de Pausanias, par des spectres guerriers, et que pendant la nuit les pâtres y sont épouvantés par les cris de ces fantômes et le hennissement deleurs coursiers.
Les Athéniens ne firent donc que se rendre justice en décernantes honneurs extraordinaires aux héros de Marathon, et en élevant des monuments pour perpétuer leur triomphe. On confia à une tombe obscure les cadavres ennemis, mais on réunit sous un sépulcre magnifique, orné de dix colonnes sur lesquelles étaient inscrits les noms des morts, les Athéniens qui avaient succombé pour défendre leur pays. Ce mausolée s'élevait sur le champ de bataille que les victimes avaient consacré par leur courage. On ensevelit lesPlatéens et les esclaves dans un autre tombeau. Lorsque Milliade eut succombé sous les efforts de la haine, on honora ses grands talents par uue sépulture particulière dans le même lieu. Ce général et le polémarque Callimaque obtinrent seuls une place à part parmi les combattants représentés sur les murs du Pcecile, tous deux figurant dans le groupe des dieux tutélaires et des Jtéros.
Les monuments, les trophées, les offrandes votives, lés processions, les peintures el les sculptures, les hymnes et les harangues louangeuses, qui célébrèrent la victoire, servirent non-seulement à en constater l'importance, mais eD partie aussi à l'augmenter. Ils conservèrent vivant le souvenir d'une action qui avait révélé, pour la première fois, sa puissance au peuple athénien, en le mettant aux prises avec la nation qui avait subjugué la plus grande partie du monde connu. Le sentiment public, ainsi éveillé, déterminait sa nature et sa destinée ; il allait donner naissance à d'autres grandes actions, et à des entreprises ambitieuses. Eu égard à ces conséquences éloignées, l'absence des Spartiates était un événement important. Ils arrivèrent à Athènes au moment où le champ de bataille était encore jonché de cadavres. Ils avaient marché avec la rapidité d'hommes impatients de réparer une lenteur que ni la loi ni leur intérêt ne pouvait justifier même à leurs propres yeux. Leur troupe se composait seulement de deux mille hommes. Ce nombre est si petit qu'il donne une certaine valeur à l'assertion de Platon, ordinaiment assez mal informé, assertion qui nous représente les Lacédémoniens occupés alors à réprimer quelque insurrection en Messénie (i). Quoique venus trop tard pour partager la gloire de la journée, ils désirèrent voir le champ de bataille et ces fameux barbares qui venaient d'être vaincus dans ce lieu pour la première fois. Ils se rendirent à Marathon, contemplèrent la plaine, félicitèrent les Athéniens de leur courage, et retournèrent chez eux.
Le nouvel esprit que - la victoire répandit parmi les vainqueurs se t "^"pjj^ manifesta, presque Immédiatement, dans une circonstance où Miltiade joue un rôle pour la dernière fois. Dès que la crainte du nom perse se fut dissipée, ce général commença à insinuer à ses concitoyens des idées
(!) DtLtg., m, p. 698.
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d'agression et de conquête. Il obtint facilement une flotte de soixantedix vaisseaux, dont on luidonna le commandement sans qu'il eût même fait connaître le but de l'expédition. On se contenta de l'entendre assurer qu'il allait enrichir sa patrie. 11 avait le dessein secret d'attaquer l'ile de Faros, où demeurait un de ses ennemis particuliers, qui lui avait jadis reproché ses rapports avec les Perses. Ce pays, ayant envoyé une trirème a Datis, s'était ainsi exposé à une vengeance. Plusieurs autres iles du voisinage avaient sans doute commis la même faute; Milliade ne At cependant que ravager leurs champs tandis qu'il assiégea Paros. Cette ville était alors la plus florissante des Cyclades. Le général athénien exigeait le payement d'une grosse amende. Au lieu de le satisfaire, les assiégés fortifièrent leurs murailles, et bravèrent ses attaques avec tant de succès qu'il désespéra de réussir et qu'il recourut, dit-on, à des pratiques superstitieuses. On rapporte qu'il reçut une blessure dangereuse nu moment où il cherchait à pénétrer dans une enceinte sacrée. Finalement, il fut contraint -de revenir sur ses pas, sans avoir rempli les -promesses qu'il avait faites au peuple. Les ennemis de Milliade prirent avantage de l'irritation que causa dans le public ce désappointement. Xantlppe, fils d'Ariphron, chef de la maison rivale des Alcméonides, porta une accusation capitale contre lui pour avoir trompé le peuple. La gangrène s' étant mise dans sa blessure, il fut incapable de défendre sa cause. On le porta sur un lit au milieu de l'assemblée du peuple, à la fois juge et souverain, devant laquelle son frère Tisagoras plaida pour lui. 11 fut condamné; mais, à cause des services qu'il avait rendus à Marathon et à Lemnos, on commua la peine capitale en une amende de cinquante talents. Comme il n'était pas en mesure de payer «- cette somme, on le jeta' en prison, où il mourut bientôt de sa blessure. Un monarque absolu, qui aurait ainsi condamné à une peine aussi dure le général victorieux auquel il aurait dû la sûreté et l'honneur de sa couronne, eût à coup sûr encouru le reproche d'ingratitude. Aussi ceux qui ne sont pas disposés à voir sous un jour favorable la conduite d'un gouvernement populaire, n'ont-ils pas hésité à lancer cette, accusation sur le peuple athénien; d'autres, plus indulgents, ont considéré la sentence rendue contre Milliade comme un exemple ordinaire de la légèreté du peuple, qui maltraite ses favoris aussi facilement qu'il les adopte, et qui se décide aisément à jeter dans un cachot le même homme qu'il encensait la veille. Si Miltiade tomba victime dés artifices d'une faction ennemie, qui égara ses juges, nous le plaignons sans trouver ceux-ci coupables d'inconstance ou de caprice; Nous pensons qu'ils réparèrent le mal qu'ils lui firent involontairement, en lui accordant plus lard des honneurs proportionnés à la haute idée qu'ils avaient de sou mérite. D'ailleurs, pour "apprécier à quel degré ils auraient mérité le reproche d'ingratitude, il faudrait encore savoir jusqu'à quel point ils se croyaient obligés envers lui. Darius pouvait bien supposer que le service'qu'il avait reçu d'Histiée était assez grand pour faire oublier'ses fautes. Mais Miltiade n'était pas le bienfaiteur des Athéniens de. la même manière. S'ils comprirent qu'aucune de ses actions ne devait lé -
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