‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 105 sur 143 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le mauvais succès de l'expédition conduite par Dâtis et Arta.pb.erne Prfpu«uh trouvaune faible compensation dans la réussite de leurs attaques contre Érétrie. La ruine de cette ville avait suffisamment vengé l'empire perse de l'insulte faite à sa majesté. Aussi, quand les captifs érétriens parurent devant Darius, ce monarque se contenta de les reléguer à Arderica, village des Cissiens; mais l'événemen t de Marathon enflamma doublement sa colère contre Athènes. Au lieu de tirer un enseignement salutaire de ce désastre, il en conclut que sa puissance avait été impunément défiée par cette seule raison qu'elle ne s'était pas montrée dans tout son éclat. Il résolut en conséquence de faire sentir toute la pesanteur de son "bras à ce peuple insolent qui avait envahi son territoire, violé la personne de ses messagers et contraint ses généraux ù une honteuse fuite. Il avait employé une année entière à préparer la dernière campagne: La nouvelle expédition qu'il méditait, devant être faite sur une échelle beaucoup plus vaste, exigeait plus de temps encore. Chaque nation assujettie à l'empire dut contribuer dans une plus forte proportion que la première fois au nouvel armement ; elle dut envoyer la fleur de ses guerriers et fournir, suivant ses moyens, un contingent extraordinaire de vaisseaux, de chevaux et de munitions. Pendant trois années, l'Asie entière fut agitée ; dans la quatrième, d'autres soucis détournèrent l'attention de Darius. Il s'agissait d'une querelle survenue dans sa famille, et d'une insurrection en Egypte. Deux de ses fils, Artahazane, l'aine des enfants qu'il avait eus pendant qu'il était simple particulier, et Xerxès, l'atné de ceux que lui avait donnés Atossa, fille de Cyrus, qu'il épousa après son avènement, se disputaient la succession au trône. Le plus Agé fondait ses droits sur la loi commune ; le plus jeune, sur sa descendance du fondateur de la monarchie. Démarate, le roi de Sparte exilé, aidant Xerxès de ses conseils, lui suggéra un autre argument emprunté à la loi de succession à Lacédémone. Ce règlement établissait qu'un fils, né après l'avènement d'un roi, devait obtenir la préférence sur son frère aîné, Darius se décida en sa faveur et le nomma son héritier, entraîne peut-être plutôt par la grande influence d'Aïossa que par la raison ou l'usage. L'année suivante, avant qu'il eût fini ses

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préparatifs contre l'Egypte, il mourut, et le règne de Xerxès commença

(485 ans avant Jésus-Christ).

11 Ainsi le sceptre sortait des mains d'un prince qui l'avait acquis par sa hardiesse et sa prudence, pour tomber entre celles d'un Jeune homme né dans le palais, le fils favori de la reine favorite, qui depuis son enfance était accoutumé à regarder le royaume comme son héritage, et peut-être à croire que le sang de Cyrus coulant dans ses veines le mettait au-dessus de son père. Élevé au sein du luxe, parmi les esclaves et les femmes, au milieu de leurs intrigues et de leurs flatteries, il n'avait pas l'expérience que Darius avait acquise à l'époque de sa vie où le manteau de Syloson avait été pour lui un don précieux. Il était probablement inférieur à son père en habileté ; mais la différence qui signala leur fortune et leur éducation laissa plus de traces dans leur histoire qu'aucune autre opposition de nature. L'ambition n'était pas le trait distinctif du caractère de Xerxès : s'il avait suivi son propre penchant, il se serait peut-être contenté de diriger contre les Égyptiens les préparatifs de Darius ; il aurait abandonné l'expédition contre la Grèce, vers laquelle aucun ressentiment personnel ne le poussait; mais il comptait autour de lui des hommes passionnés et intéressés a le' voir suivre les plans de vengeance de son père. Mardonius était impatient de renouveler une entreprise dans laquelle 11 avait été plus malheureux qu'incapable. Il avait une réputation à rétablir, et H enviait la possession d'une grande satrapie européenne, qui, à une telle distance de la cour, eut

| fait de lui presqu'un souverain absolu. Les Grecs attirés a Suse par la nouvelle de l'invasion projetée contre leur pays, et qui cherchaient un soutien pour accomplir leurs desseins, l'appuyèrent chaudement. La famille thessalienne des Aleuades, désirant affermir son pouvoir, ou espérant l'accroître sous le vasselage du roi de Perse, lui envoya des émissaires pour l'engager à conquérir la Grèce. Les Pisistratidcs exilés n'avaient pas d'autre chance pour recouvrer leur puissance à Athènes.

•■ Ils amenèrent a la cour un homme nomméOnomacrite, qui tut parmi les Grecs un des premiers à se servir de l'art, si souvent pratiqué dans la suite, de forger des prophéties et des oracles. A l'époque où leur famille gouvernait Athènes, cet individu avait composé des vers qu'il avait insérésdans uneceuvre attribuée à l'ancien prophète Musée ; et Hipparque, auparavant son protecteur, le bannit de la ville. Mais les exilés comprirent l'usage qu'ils pouvaient faire de ses talents et le prirent à leur service. Ils le recommandèrent à Xerxès comme un homme possédant un trésor de science prophétique, et le jeune roi écouta avec confiance les prédictions encourageantes de ce devin. Toutes ces intrigues l'emportèrent a la fin. L'imagination de Xerxès s'enflamma à l'idée d'égaler, ou de surpasser, les glorieuses actions de son prédécesseur, et d'étendre sa domination jusqu'aux extrémités de la terre (î). Il décida l'invasion de la Grèce ; toutefois, dans la seconde année de son régne, il conduisit d'abord une armée' contre l'Egypte, qu'il replaça sous ion

(1) rSvrni nifoi5««itoSJ5i|ii>(Ti A& alflfpi JfKOf foiion*. Hér., tu, 8.

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CHÀP. XV. — XERXÈS. 4T(

joug devenu plu» lourd qu'auparavant. 1 1 confia les affaires de ce pays aux soins de son frère Aehémène, et retourna eu Perse. Dès lors II dirigea toutes ses pensées du coté de l'Occident.

Un de ses conseillers, ton oncle Artabane, fut le seul, dit-on, qui se Amb«us. montra assez sage pour essayer de le détourner de son entreprise, et surtout pour le dissuader de la conduire lui-même. Si l'on pouvait ajouter quelque confiance à l'histoire racontée par Hérodote, au sujet des délibérations engagées surcette question dans le conseil perse, nous soupçonnerions que les artifices des prêtres mages, fort en crédit sous cej règne, furent mis enjeu par les adversaires d'Artabane pour contre-, balancer son influence sur l'esprit de son neveu, et pour encourager; les dispositions belliqueuses de Xerxès. On continua avec un renouvellement d'activité les grands préparatifs qui devaient compléter un .armement digne de la présence du roi. Le but de ce prince n'étâitpaj seulement de rassembler des forces suffisantes pour assurer le succès de . son entreprise, et pour défier toute espèce de résistance; Il désirait aussi étaler son énorme puissance, en jouir par ses propres yeux, et l'exposer à l'admiration du monde. Pendant quatre années encore l'Asie ne cessa pas d'être agitée; il ne fallait pas moins de temps pour préparer les moyens de subsistance nécessaires à l'innombrable année qui allait se précipiter sur l'Europe. Outre les provisions qu'on devait emmener sur la flotte destinée à accompagner les troupes, il fallait encore disposer des magasins sur toute la ligne qu'on allait suivre, et cela jusqu'aux frontières de la Grèce. On compléta ces prudentes précautions L'AAoi et en exécutant deux ouvrages qui n'avaient d'autre but peut-être que de dMÉWtfaire éclater la puissance sans bornes de Xerxès, et de prouver qu'aucun obstacle ne saurait retarder sa marche. Il eut été facile de transporter ses troupes sur l'Hellespont au moyen de vaisseaux ; mais 11 parut plus conforme a la dignité du monarque qui allait réunir les deux continents sous sa domination, de les lier ensemble par un pont jeté sur le canaL-qui les sépare, et de le traverser ensuite comme une route v royale. La tempête qui avait détruit la flotte dont Mardonius s'était faft accompagner dans sa malheureuse expédition, avait valu à la côte de l'Athos un renom formidable parmi les Perses. La manière la plus simple d'éviter ce cap redoutable, c'eût été de transporter les vaisseaux par-dessus l'étroite langue de terre qui joint la montagne au continent. Mais Xerxès préféra laisser un monument de sa grandeur, en creusant a travers l'isthme un canal d'un mille et demi environ (deux kilom. et demi]. Cette oeuvre occupa une multitude d'hommes pendant trois années. Le monarque dut à l'habileté des Phéniciens et des Égyptiens la construction des deux ponts jetés sur l'Hellespont. Lorsque ces préparatifs approchèrent de leur terme, Xerxès se rendit à Sardes, où il avait dessein de passer l'hiver et où il attendit les renforts avec lesquels il devait rejoindre l'armée principale (481 ans avant Jésus-Christ).

Durant son séjour à Sardes les ingénieurs phéniciens et égyptiens achevèrent leurs ponts, mais l'ouvrage ne fut pas assez solide pour résister a une violente tempête qui les mit en pièces aussitôt qu'ils furent

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terminés. On ne sait pas s) ce désastre fut le résultat de quelques défauts de construction qu'une habileté et une prévoyance ordinaires auraient pu éviter. Quoi qu'il en soit, cet accident excita nu plus haut point, dit-on, la colère de Xerxès, qui fit mourir les architectes. Un tel emportement n'a rien d'incroyable in lui-même, mais il est rendu douteux par les fables extravagantes accréditées à ce sujet parmi les Grecs. Dans les opérations effectuées sur PHelletpont taeri, ce peuple vit commencer une langue carrière d'impiété audacieuse, et peu à peu il transforma les liens, au moyen desquels le passage fut enfin assuré, en chaînes et en fouets dqnt le monarque insensé aurait voulu se servir pour châtier la violence des flots rebelles (l). On confia la construction des nouveaux ponts à d'autres ingénieurs, ides Grecs peut-être; mais leurs noms n'ont pas survécu comme celui de Mandrociès, Ils établirent deux larges et solides chemins s'étendant d'un lieu voisin d'Abydos à un petit promontoire situé sur le rivage opposé de la Chersonèse, s'appuynnt Chacun sur un rang de vaisseaux protégés contre la violence du courant par des ancres et par des cables fixés aux deux côtés du canal . Ces chaussées avaient près d'un mille de longueur (1600 mètres.)

A«.m i. c. ï-0|'*que tout fut prêt, la puissan te expédition entra en campagne. Dès le «o. commencement du printemps (480ans avant Jésus-Christ], Xerxès quitta

M:.rrh-4I Sardes et se mit en route, environné d'une pompe royale. Les bagages alxe-ié). latent en avant. Lu première division, fournie par les nations tributaires, venait ensuite. C'était une foule bigarrée, renfermant d'étranges varié- V tés de races, de costumes et de langages; elle était commandée par des généraux perses; mais chaque tribu conservait ses armes nationales et sa manière de combattre. A une certaine distance s'avançaient mille cavaliers perses suivi d'un nombre égal de lanciers, dont les piques dirigées vers la terre se terminaient par des houppes d'or. On apercevait derrière celte brillante troupe dix chevaux sacres de la race de Misée, couverts , de somptueux caparaçons, qui eux-mêmes précédaient le char du Jupi-

ter perse traîné par huit coursiers blancs, que leur conducteur accompagnait à pied. Venait alors le char royal, aussi traîné ,par des chevaux deNisée; Xerxès y était assis sous un dais. De temps en temps le monarque se relirait dans une voiture plus commode où il trouvait un abri contre le soleil et les changements de température. Il éiait suivi par deux troupes de cavaliers et de fantassins pareilles à celles qui le précédaient immédiatement, et par un corps d'infanterie perse de dix mille hommes. Ces soldats étaient la fleur de l'armée, et on les appelait les Immortels parce qu'ils étaient toujours maintenus au complet. Mille soldats, entre ceux qui occupaient les rangs extérieurs, portaient des lances aux houppes d'or; le reste portait des houppes d'argent. Une troupe égale de cavalerie perse les suivait de près. Le surplus de l'armée formait l'errière-garde.

L'armée atteignit Abjdos.et Xerxès, assis sur un troue élevé, se donna

(1) Comme tes commentateurs rTEnclijIe et d'Hérodote l'ont remarqué, l'origine de ce coule s'explique suffisamment par les vers du poète Péri., 371 ; &miki.- \imwtvt iipii S;ùU» ùç itotit'jfiamv fAinn <r/jiani pi-,ï:i Jiôonopn fi.ii Hkû.

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